Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

La Complainte de Karim Deya

Karim Deya est un jeune ivoirien. Ses textes sont des joyaux. Je n'ai pas hésité à poster celui-ci qui n'est qu'un bri de l'immense et interminable hurlement qui s'échappe de tout son être pour dire Non à l'esclvage des noirs en Libye, et aussi Non aux réactions aux allures de deux poids, deux mesures!

 

"Une déchirure dans le ciel d'Ouest

Un accroc des lumières en soufre

Ou une fantaisie de la terreur là-bas

Et surfent les coeurs sur la vague

À l'unisson comme des feux follets

Sur les domaines solidaires du songe

Mais que tangue le monde à Garissa

Le poids de l'ombre recouvre les mots

De silence arides deviennent les mains

Une chape de plomb sape les encriers

Et le poids de l'ombre recouvre les maux

Aux viles enchères nos sangs et peaux

Noires solitudes au clair de l'indifférence

Dans la variable de cette terre froide

Très près du dérisoire est la vie au Sud

Loin de la douceur farouche du partage

Les rêves noirs sont au rabais des écrins

De l'impénétrable noirceur congénitale."

 

Karim Deya

 


04/12/2017
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Extrait de "Cyclone" d'Emilie Flore Faignond

«  Un cyclone qui a tout dévasté après son passage ! Que va-t-il se passer dans les jours, les semaines, les mois, les années à venir pour sa famille anéantie ? Que sera notre destin après Samantha ? Pour le moment je porte ma vie comme on porte un fardeau ; il y a des jours où cette existence me révulse ; je me dis que nous ne sommes rien que de la chair destinée à la putréfaction ! À quoi bon se battre pour respirer, alors que nous serons tus livrés à cette putrescence. Samantha se décompose déjà dans les entrailles sonégiennes parmi tant d’êtres inconnus dans ce cimetière lointain. Ma fille, si jeune, si belle livrée aux vers ! L’horreur !

Que sommes-nous venus faire sur Terre ? Que sommes-nous venus faire sur cette Terre, sinon souffrir. Toujours et encore plier sous le poids des épreuves auxquelles vous confronte la vie. Comme il me semble irréel, le monde de mon enfance, celui d’une enfant qui pensait que la vie était un cadeau et la terre un paradis. Il me semble que j’ai rêvé mon enfance ! Le monde enchanteur de cendrillon d’ébène.

Quand les idées morbides me traversent l’esprit, je m’efforce de juxtaposer à son beau visage figé ceux vivants de mes trois fils, de mon époux et de mes deux petits-enfants. Je les aime aussi d’un amour puissant, incommensurable, mais d’une façon bien différente de celle dont j’aime ma fille. Avec Samantha, mon unique fille, nous avions tissé des liens différents, ceux que tissent  dans la plus grande complicité une fille et sa mère. Toutes les mères vous le diront, toutes les mères comprendront si elles lisent mes mots. Quelle belle trame d’amour ! Elle était mon autre. Au fil des années, elle était devenue, en plus de mon enfant, mon amie, ma confidente, ma complice, la légataire de ma mémoire, de mes racines africaines combien précieuses. Nous étions les deux femmes de notre foyer. Quand mes yeux se posaient sur elle avec tendresse, c’était comme si je me retrouvais plus jeune à travers elle. Notre ressemblance, le reflet de l’une dans le miroir de l’avenir. Miroir brisé ! Visage balafré !

Comme elle me manque, ma Samantha ! Où est-elle ?

Si son âme a le don de nous voir vivre humainement, elle doit encore mieux se rendre compte de mon amour infini pour elle et connaître la lutte que je dois mener pour ne pas céder à la tentation d’aller la rejoindre là où j’espère la trouver…là où elle m’attend peut-être. »

 

 

Si pas toutes, en tout cas beaucoup de mères comprennent ce cri du coeur!

 

"Cyclone" est paru aux éditions Paulo Ramand.

 

LLK

 


20/10/2017
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Carjo Mouanda, l'indigné

« Le chant des indignés" est le titre du recueil de poèmes de Carjo Mouanda publié chez « l’éditeur militant La Doxa Editions. »

 

 

 

 

« Carjo est un poète francophone, né à Pointe-Noire en République du Congo. Il découvre dès son entrée au collège l’univers poétique et y trouve une forme d’expression libre pour exprimer l’indignation, la révolte et le désir ardent de vérité. » Telle est la présentation de Carjo qui figure à la quatrième page de couverture de son livre.

 

J’ai connu Carjo, il n’y a pas si longtemps par le miracle du « virtuel ». Je le sais bosseur, sérieux, respectueux des délais fixés dans le cadre d’un travail et surtout possédant l’esprit d’équipe. Bref, le profil de personnes que j’aurais recrutées sans peine lorsque j’étais encore dans mes activités professionnelles.

Quelle ne fut mon agréable surprise lorsque, hier 30 septembre 2017, à la Foire du Livre de Charleroi (Belgique), lorsque je découvrais, en bonne place sur le stand de La Doxa Editions, le recueil de poésie de Carjo que je me suis procuré !

 

Les vers s’y égrènent tels des grains de chapelet ou tels des petits cailloux qui conduisent de la profondeur d’une douleur singulière à une douleur plurielle qui ne connaît pas de frontières comme cela ressort dans les deux extraits suivants:

 

« Mon cœur se trouble au regard

Du chagrin des vies poignardées

Par le cataclysme d’une misère

Fabriqué par le venin de nos

Dirigeants. » (p.10)

 

« …De Gaza défiguré, se lève un cri inoffensif

D’un peuple sans terre et sans identité

Abandonné aux sentiments insincères

Du monde

Qui accable le dialogue par des

Bombardements.

Voilà un monde où les humains ne se

Comprennent

Chacun croit habiter le cœur de la

 Vérité invisible

Oubliant la fibre naissante de nos

Amours fraternels

Sans s’inquiéter de nos

Comportements sanguinaires. » (p.14-15)

 

Révolté, Carjo l’est ! Rebelle, il l’est aussi ! Indigné encore plus : 

 

« Mes larmes refusent de tomber pour

La justice

Ma voix refuse de se taire dans la luminosité

Ma force dénonce ce jeu débile qui

Laisse sur la langue

Un goût amer du sans humilié et

fusillé. » (p.10)

 

Mais, aussi grandes que soient ses souffrances, le poète dans un effort presque surhumain ne se laisse pas dominer par ces états et lance ces paroles d’espoir:

 

« Disons non à la barbarie,

Oubliant toutes nos divergences

Pour créer un nouveau monde sans

Frontières

Un monde sans haine ni complexe,

Un espace vivable pour tous. (p. 18)

 

« Sur les cimes

Des géants du Congo profond

Un même cri se lève

Paix, paix, paix. » ( p. 24)

 

« Je serai la rose d’un ciel sans

Ordonnances

Aussi fraîche qu’une nuée d’idée. » (p.43)

 

« Au regard d’un Congo si fort

Je serai debout à la croisée des vies

Avec un poème à la main

Et un vers sur mes épaules lassées

Pour cerner la profondeur de laCruauté terrestre. » (p.58)

 

À signaler que Carjo est l’auteur de « Cri de douleurs », recueil de poèmes paru en 2013 ainsi que des « Cygnes de l’Aube » et «  Sourds à l’appel de la Nature » parus dans deux anthologies de poètes du monde en 2011 et 2014.

Et comme on dit en Haïti : « Kenbe fenm, pa lage » Carjo ! (Tiens bon, ne lâche pas) Carjo !

 

Nyelenga

 


01/10/2017
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Ma Mère disait (12)

Ma mère disait: 

 

« De même qu’on ne peut aimer un chien sans aimer ses aboiements, qu’on ne peut aimer un cabri sans aimer ses bêlements, on ne peut aimer un enfant et ne pas aimer le ventre qui l’a porté, le sein qui l’a nourri, la main qui l’a pétri. »

 

Je ne sais pas à quoi elle pensait, ma Mère, en me disant cela !

 

Nyélenga

 


20/09/2017
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Causeries en Cuisine: Monoka et les législatives (suite)

  • Allô Alfa ?
  • Oui, Honorable, comment ça va ?
  • C’est de moi que tu te moques, Alfa ? Après toutes ces années de fidèle amitié, c’est aujourd’hui que je te connais !
  • Qu’y a-t-il donc, Honorable, ai-je prononcé un mot déplacé ?
  • Pourquoi m’insultes-tu alors que je viens de passer une nuit terrible dans l’avion : diarrhée, toux, étouffement, brûlures d’estomac ! Je n’ai pas fermé l’œil durant tout le vol ! Je n’ai pas avalé une seule goutte d’eau ! J’atterris à peine. Avant même de récupérer ma valise, je t’appelle, toi mon amie de toujours pour te dire que le « scrotin» était un « scrotin des zombis » et toi, tu m’insultes ?
  • Comment ça je t’insulte ? En partant d’ici tu m’as affirmé que tu allais mettre la « Parenté» en marche et que tu étais déjà élue Honorable Député avant même que le « Scrotin » comme tu dis, ait eu lieu. J’ai attendu tes nouvelles depuis cette dernière conversation ; je me suis même dit qu’ayant accédée à la « Sale » des Grands tu m’avais déjà oubliée. En plus je ne savais pas par quel moyen te joindre, jusqu’à maintenant !
  • Je suis fatiguée Alfa, découragée, déçue ! « Mwen bouké» comme tu as l’habitude de le dire pour me montrer que tu sais parler Créole ! Ces élections étaient vraiment des « scrotins », de vraies élections –cacas, des élections-borlettes, comme on dit là-bas chez tes amis haïtiens. Les dés étaient pipés avant mon départ d’ici. Sur place mon nom avait été barré de la liste des candidats avec un stylo rouge ! Je te dis ROOUUGGE ! C’est-à-dire qu’ils ne se sont même pas donné la peine de masquer leurs « mavuanga », leurs tricheries, leurs tromperies. Ils ont même gardé la caution que j’avais payée ! J’étais la première arrivée au hangar de vote ! Surprise ! Le hangar était désert ! J’ai trouvé seulement deux dames qui m’ont dit que j’étais en retard et que le vote était déjà clos. J’ai ouvert grand les yeux. « Comment ça le vote est déjà clos alors qu’il n’est que 7 heures du matin ? Ils ont voté la nuit ou quoi ? Les hangars de vote devaient s’ouvrir à 7h et demi. Je suis en avance pour m’assurer qu’il n’y aura pas d’irrégularités et vous me dites que le scrotin est clos ? C’est quoi cette magouille-là encore ? » Une des deux dames m’a regardée et m’a répondu que c’était comme ça, point barre ! L’autre dame ne disait rien, se curant les dents avec un « sotchou » (bâtonnet dont se servent les femmes pour se curer les dents) en faisant gicler sa salive juste à quelques mètres de là où je me tenais, pour me signifier que je ne comprenais rien aux réalités de ce pays et que je n’étais rien à leurs yeux. J’ai demandé la liste des candidats, elles m’ont présenté l’unique bulletin qui se trouvait encore dans le hangar ! Puis, elles se sont levées pour me signifier que leur travail était fini et que le « scrotin » était clos. J’ai regardé ma montre, il était exactement 7h30 du matin.  Alfa, tu es là ?
  • Oui, oui je t’écoute !
  • Attends-moi, je récupère ma valise, je saute dans un taxi et je sonne chez toi dans trente minutes !
  • Non, non, non, Monoka, je dois partir à l’hôpital ! Je suggère qu’on se voit plus tard ! Rentre d’abord chez toi et en revenant de l’hôpital je te retrouve chez toi.
  • Non, mais Alfa tu veux ma mort ou quoi ? Il me faut te donner les détails sur comment j’ai été battue sans même avoir participé au scrotin ? Si je ne te raconte pas tout, je ferais une crise cardiaque avant de sortir de cet aéroport. Tiens voilà ma valise. J’arrive, Alfa, j’arrive ! Attends-moi !
  • Wooye ! Sama Ndeye ! Ndeketoyo ! (En langue Wolof : aïe ma mère ! S j'avais su! Ca m'apprendra!)

 LLK

 


03/08/2017
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