Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

Ma Mère disait (12)

Ma mère disait: 

 

« De même qu’on ne peut aimer un chien sans aimer ses aboiements, qu’on ne peut aimer un cabri sans aimer ses bêlements, on ne peut aimer un enfant et ne pas aimer le ventre qui l’a porté, le sein qui l’a nourri, la main qui l’a pétri. »

 

Je ne sais pas à quoi elle pensait, ma Mère, en me disant cela !

 

Nyélenga

 


20/09/2017
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Causeries en Cuisine: Monoka et les législatives (suite)

  • Allô Alfa ?
  • Oui, Honorable, comment ça va ?
  • C’est de moi que tu te moques, Alfa ? Après toutes ces années de fidèle amitié, c’est aujourd’hui que je te connais !
  • Qu’y a-t-il donc, Honorable, ai-je prononcé un mot déplacé ?
  • Pourquoi m’insultes-tu alors que je viens de passer une nuit terrible dans l’avion : diarrhée, toux, étouffement, brûlures d’estomac ! Je n’ai pas fermé l’œil durant tout le vol ! Je n’ai pas avalé une seule goutte d’eau ! J’atterris à peine. Avant même de récupérer ma valise, je t’appelle, toi mon amie de toujours pour te dire que le « scrotin» était un « scrotin des zombis » et toi, tu m’insultes ?
  • Comment ça je t’insulte ? En partant d’ici tu m’as affirmé que tu allais mettre la « Parenté» en marche et que tu étais déjà élue Honorable Député avant même que le « Scrotin » comme tu dis, ait eu lieu. J’ai attendu tes nouvelles depuis cette dernière conversation ; je me suis même dit qu’ayant accédée à la « Sale » des Grands tu m’avais déjà oubliée. En plus je ne savais pas par quel moyen te joindre, jusqu’à maintenant !
  • Je suis fatiguée Alfa, découragée, déçue ! « Mwen bouké» comme tu as l’habitude de le dire pour me montrer que tu sais parler Créole ! Ces élections étaient vraiment des « scrotins », de vraies élections –cacas, des élections-borlettes, comme on dit là-bas chez tes amis haïtiens. Les dés étaient pipés avant mon départ d’ici. Sur place mon nom avait été barré de la liste des candidats avec un stylo rouge ! Je te dis ROOUUGGE ! C’est-à-dire qu’ils ne se sont même pas donné la peine de masquer leurs « mavuanga », leurs tricheries, leurs tromperies. Ils ont même gardé la caution que j’avais payée ! J’étais la première arrivée au hangar de vote ! Surprise ! Le hangar était désert ! J’ai trouvé seulement deux dames qui m’ont dit que j’étais en retard et que le vote était déjà clos. J’ai ouvert grand les yeux. « Comment ça le vote est déjà clos alors qu’il n’est que 7 heures du matin ? Ils ont voté la nuit ou quoi ? Les hangars de vote devaient s’ouvrir à 7h et demi. Je suis en avance pour m’assurer qu’il n’y aura pas d’irrégularités et vous me dites que le scrotin est clos ? C’est quoi cette magouille-là encore ? » Une des deux dames m’a regardée et m’a répondu que c’était comme ça, point barre ! L’autre dame ne disait rien, se curant les dents avec un « sotchou » (bâtonnet dont se servent les femmes pour se curer les dents) en faisant gicler sa salive juste à quelques mètres de là où je me tenais, pour me signifier que je ne comprenais rien aux réalités de ce pays et que je n’étais rien à leurs yeux. J’ai demandé la liste des candidats, elles m’ont présenté l’unique bulletin qui se trouvait encore dans le hangar ! Puis, elles se sont levées pour me signifier que leur travail était fini et que le « scrotin » était clos. J’ai regardé ma montre, il était exactement 7h30 du matin.  Alfa, tu es là ?
  • Oui, oui je t’écoute !
  • Attends-moi, je récupère ma valise, je saute dans un taxi et je sonne chez toi dans trente minutes !
  • Non, non, non, Monoka, je dois partir à l’hôpital ! Je suggère qu’on se voit plus tard ! Rentre d’abord chez toi et en revenant de l’hôpital je te retrouve chez toi.
  • Non, mais Alfa tu veux ma mort ou quoi ? Il me faut te donner les détails sur comment j’ai été battue sans même avoir participé au scrotin ? Si je ne te raconte pas tout, je ferais une crise cardiaque avant de sortir de cet aéroport. Tiens voilà ma valise. J’arrive, Alfa, j’arrive ! Attends-moi !
  • Wooye ! Sama Ndeye ! Ndeketoyo ! (En langue Wolof : aïe ma mère ! S j'avais su! Ca m'apprendra!)

 LLK

 


03/08/2017
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Causeries en Cuisine: Monoka et les législatives

  • Allô Alfa !
  • Oui Monoka, tu avais disparu où comme ça ?
  • Ah ma chère, laisse ! J’étais coincée dans la campagne électorale !
  • Vraiment ?
  • Oui, tu n’as pas vu que j’étais candidate ? On a dit qu’on doit faire la parenté entre les hommes et les femmes donc nous les femmes on devait se présenter, alors je me suis présentée !
  • Je ne comprends rien à ton jargon, Monoka, la parenté entre les hommes et les femmes c’est quoi ça encore ? N’est-ce pas que nous sommes déjà parents, nous les femmes et les hommes ?
  • Ah non Alfa, toi aussi, tu ne comprends rien ! Il faut venir au pays faire la Politique au lieu de perdre ton temps là-bas en Europe ! La parenté entre les hommes et les femmes, c’est 50 / 50 ! C’est-à-dire si tu mets 50 hommes ici, tu dois aussi mettre 50 femmes là. Tu comprends. Il y a même un ministère pour créer cette parenté. Donc, comme il y avait la campagne électorale et ce sont toujours les hommes qui se présentent, moi aussi je suis allée me présenter pour faire la parenté et manger un peu ! Je veux être député puis sénateur ! Il faut que moi aussi je goûte, même si c’est pour m’asseoir et fermer les yeux !
  • Ah, ok ! Donc tu te présentes aux législatives ! Dans quel département ?
  • Toi aussi ! Tu veux que je me présente où d’autre sinon dans les départements de mes parents ? Comme mon papa est du Sud et ma maman du Nord, je me présente dans les départements du Sud et du Nord comme ça les parents de mon papa et de ma maman vont voter pour moi.
  • Oui oui j’ai compris !
  • Ok Alfa, dans deux semaines tu m’appelleras « Honorable » ou « Respectable » ou encore « Vénérable » !
  • Hum, si tu es élue !
  • Bien sûr que je serai élue ! Je le sais déjà ! Allez bye bye, je raccroche car je ne veux pas que tu gâches ma joie !
  • Sacrée Monoka!

  

 LLK

 


16/07/2017
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Extrait de: Née blanche de parents noirs d’ Annie Cécile Mokto

 

Elle est née au Cameroun, dans une région où comme elle l’écrit « naître blanche de parents noirs est une catastrophe car la dépigmentation est tenue pour le signe d’une malédiction qui conditionne d’avance votre existence. »

Malvoyante à cause de son albinisme, elle est exclue de l’école dans son pays. Arrivée en Belgique, elle reprend son instruction auprès de la Ligue Braille et décroche les « parchemins » qui lui ouvriront les voies de l’acceptation et de la reconnaissance dans des sociétés qui lui ont fait subir, dans son enfance, stigmatisation, exclusion, discrimination, et multiples traumatismes.

Combattante et combative, elle est entrée en politique d’abord dans le Centre Démocrate Humaniste, puis au Mouvement Réformateur (MR) du Premier Ministre actuel.

Voici ce que nous livre la « femme de lettres » et la « femme politique. »  

Extraits :

« En Afrique, la naissance d’un enfant est un événement qui donne libre cours à la liesse de parents comblés, prompt à partager leur bonheur avec la famille au sens large et, au-delà, avec la communauté…Mais qu’en est-il de moi, ce 13 mars 1980, lorsque je pointe le bout de mon nez ? Je suis toute blanche. Et pourtant bien « fille de ma mère et de mon père ». Quelle tête mes parents font-ils en me voyant ? Ce n’est pas tous les jours qu’une frimousse couleur ivoire se faufile hors des entrailles de parents noirs !...

…Le premier jour d’école se passe si mal que ne m’en souviens comme si c’était hier. Le cauchemar débute lorsque les camarades font le vide  autour de moi, refusant de s’asseoir à mes côtés. Aujourd’hui, sous le prisme de mon regard d’adulte, je peux comprendre que des enfants aient eu cette réaction face à une enfant « différente ». En revanche, ce que je ne comprendrai jamais, c’est que les parents eux-mêmes cautionnent un comportement aussi dévastateur. Encourager leur progéniture revient à permettre que, en grandissant, leurs enfants soient encore plus durs envers les personnes atteintes d’albinisme. Cela nourrit le rejet de la diversité. Mes compagnons se crachaient dessus à mon massage pour conjurer le mauvais sort, ils me pinçaient la peau pour voir si du sang circulait dans mes veines…

…Aujourd’hui, je me suis engagée en politique. J’ai la conviction que la cause des marginalisés et des stigmatisés doit être prise à bras-le-corps…

…Mon engagement doit donc s’étendre. De nouveau, une personne que je vénère va influencer mon choix. Mon père. J’ai toujours admiré son travail d’écrivain, je rêvais de marcher dans ses pas. Mais dans le contexte de mon enfance, cela m’était impossible. Sans mots, je n’avais que des maux. Papa était surnommé « citoyen ». Il s’était engagé en politique, non pas pour embrasser une carrière politique, mais par idéologie. Il n’y est pas resté longtemps mais cette vision de lui va m’orienter dans ma quête, ma contribution à un monde meilleur. La politique se présente à moi tel un incontournable, une façon de donner du rayonnement à mon travail de démystification de la différence. On pourrait se dire « La politique !... »

 


03/07/2017
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Croustillante soirée avec Fatou Diome

 

Organisée par l’ONG Coopération par l’Education et la Culture (CEC), la rencontre avec Fatou Diome pour parler de son dernier livre « Marianne porte plainte »  valait bien la relégation au second plan de toutes douleurs rhumatismales et arthrosiques. La rencontre a eu lieu le jeudi 15 juin dans la salle de la musique de chambre de Bozar, un des hauts lieux bruxellois pour la culture où se succèdent expositions d’œuvres d’art, vernissages, présentations de livres, conférences, bref événements divers.

Bousculade à l’entrée. Contrôle des sacs à main ; sacs à dos déposés au vestiaire. File importante avant de faire scanner son ticket d’entrée. La salle est comble. Je n’ai jamais vu cette salle de Bozar aussi remplie. Le public patiente. Des retardataires tentent de dénicher une place vide avant de se faufiler entre jambes pliées et dossiers de siège pour s’installer aussi confortablement que possible.

Fatou Diome fait son entrée, accueillie par une salve d’applaudissements sous les spots qui diffusent lumière et chaleur. D’entrée de jeu, elle attaque : « Ouh là là il fait chaud !  Pourtant on est à Bruxelles et pas à Dakar ! Que ceux qui ont besoin de mouchoirs ne se gênent pas à m’en demander ; j’en ai plein dans mon sac ! »

Qui n’a pas assisté à une conférence de Fatou Diome devrait faire en sorte de ne pas la rater à la prochaine occasion. Quant à moi, c’était la deuxième fois que je voyais l’écrivaine de si près : une fois à Paris juste après la parution de son premier livre « Le ventre de l’Atlantique » et cette fois-ci à Bruxelles pour parler de son plus récent livre « Marianne porte plainte. » La première fois, elle était plutôt du genre « dame sérieuse ». Cette fois –ci, après un peu plus de dix années, j’ai retrouvé une écrivaine qui fait éclater d’un rire de fierté les Pangols (esprits) du pays Sérer là-bas dans le Sine Saloum de ses origines car, Fatou ne fait pas seulement dans la dérision en attribuant des sobriquets de son cru aux hommes politiques de son deuxième pays, la France, mais aussi dans l’auto-dérision, caractéristique des grands hommes et dames (quand elle dit à une dame du public : « Je vois qu’il y a une dame ici devant qui ne cesse de me filmer, mais je veux voir votre film avant que vous ne le mettiez sur Facebook pour vérifier que vous n’allez pas seulement montrer mes grandes dents comme le font certaines personnes qui postent des photos de moi sur Facebook ! » (Rires dans la salle).

Mais, savourons ensemble ce que Fatou Diome dit sur l’identité nationale, chère à la France :

Extrait :

« Avec la mondialisation, la gestion des migrations fait désormais partie de toute planification de l’avenir. Les puissances économiques, toutes concurrentes, s’adapteront à cette nouvelle donne, il faudra donc savoir accueillir ou refuser l’ouverture et rétrécir son influence internationale. Flatter des racines locales n’arrêtera pas la marche de l’humanité. Les retardataires qui appellent les Gaulois à leur secours n’ont qu’à s’acheter des jumelles, le rétroviseur ne gouverne pas…..Tout pour la France ! a dit Le Manipulateur –Gesticulant. Vraiment tout ? Y compris l’inadmissible ? Marianne porte plainte !  ….

« Pour communier avec Marianne, j’ai invité mes pangôls, esprits de mes ancêtres ceddos, voici mes masques animistes, mes calebasses de mil, mes jarres de lait caillé destinées aux libations, mes danses endiablées, mes polyphonies, ma musique composite, ma plume de pélican, mon encre mauve d’errance, ma franco-sénégalaise langue aux sept accents et même cette grosse fraise sous mon décolleté. Déposer de telles offrandes au pied de Marianne, qui peut juger cela coupable ? Hélas, pas que La –Marine-Marchande –de Haine et ses tristes matelots ! Comme L’Assimilationniste –gesticulant, récusé même par les siens, le miraculé, François-Fions-nous-à-Dieu, lui aussi, refuse la diversité. Tant pis ! Marianne applaudit la liberté, mon derrière sénégalais lui dédie un joyeux samtamouna, sous le nez du non-multiculturel François, qui agite un anachronique martinet assimilationniste pour empêcher notre plaisir à fraterniser. »

Lire Fatou Diome est un délice ! Ne vous en privez pas !

Nyélénga

 

 

Fatou Diome


18/06/2017
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