Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

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Konesans Vodou / Connaissance Vodou


Guédé - Toussaint - Halloween (suite et fin)

Quand il s’agit des cultures africaines en Afrique et à travers le monde, perpétuées par les Afro -descendants, certains personnes bien pensantes mettent en berne leurs capacités de cogitation.

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On verra dans la fête des Guédés (surtout les cérémonies qui se déroulent dans les cimetières) des manifestions « sataniques »  et on fermera les yeux sur le fait qu’à la Toussaint les catholiques convergent aussi vers les cimetières pour y déposer des fleurs, allumer des bougies, entonner des cantiques ou des psaumes. Et bien sûr, personne ne se souvient plus des origines païennes de la Toussaint depuis qu’un certain pape Boniface IV « catholisait » la fête des « Lemuria » de la Rome antique célébrée alors pour conjurer les actes du « malin ». Il convient toutefois de noter que la fête des Lémuria était célébrée au mois de mai et que pour bien marquer sa christianisation et camoufler ses origines païennes, le pape Grégoire IV décala sa date au 1er novembre.

L’historienne Nadine Cretin signale en Europe une « croyance bretonne qui aurait perduré jusqu’au debut du XXe siècle, selon laquelle les âmes des morts revenaient à la veille de la Toussaint. Avant d’aller se coucher, on leur laissait de la nourriture sur la table et une bûche allumée dans le four pour qu’ils puissent se chauffer. » Mais cette pratique, personne ne l’assimilera au satanisme !!!

Quant à Halloween, c’était une fête qui se déroulait chez les Druides pendant sept jours. Au cours de cette période les humains pouvaient communiquer avec les esprits (démons ou divinités). Les Gaulois quant à eux se rassemblaient autour du feu « sacré » pendant la nuit d’Halloween et veillaient pour échapper aux attaques des esprits maléfiques qui pouvaient se faufiler dans les demeures.

Pour terminer, voici un conte irlandais qui explique l’origine de l’utilisation de la citrouille lors des célébrations d’Halloween. La citrouille représente la tête d’un certain « Jack à la lanterne (Jack- o’-lantern) qui aurait été un ivrogne, avare, méchant et égocentrique. Jack demanda alors au diable de lui offrir d’abord à boire, un dernier verre avant de partir pour l’enfer.

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Le diable accepta et se transforma en pièce de six pence. Jack la saisit et la plaça immédiatement dans sa bourse. Cette dernière ayant une serrure en forme de croix, le diable ne put s’en échapper. Finalement, Jack accepta de libérer le diable, à condition que ce dernier lui accorde dix ans de plus à vivre. Dix ans plus tard, Jack fit une autre farce au diable, le laissant en haut d’un arbre (sur lequel il avait gravé une croix grâce à son couteau) avec la promesse qu’il ne le poursuivrait plus. Lorsque jack mourut, l’entrée au paradis lui fut refusée, et le diable refusa également de laisser Jack entrer en enfer. Jack réussit néanmoins à convaincre le diable de lui donner un morceau de charbon ardent afin d’éclairer son chemin dans le noir.

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Il place le charbon dans une citrouille (d’aucuns disent qu’il s’agissait d’un navet) creusée en guise de lanterne et se retrouve condamné à errer sans but, jusqu’au jugement dernier. Jack à la lanterne réapparaît chaque année, le jour de sa mort, à Halloween pour demander quelques pièces qui lui serviront à s’offrir encore un verre.

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Fêter la Toussaint, fêter Halloween et condamner les Guédés ? À chacun de juger !

 

LLK


01/11/2016
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Guédé - Toussaint - Halloween

La fête des Guédés a lieu généralement les 1er et 2 novembre de chaque année coïncidant ainsi avec la Toussaint des chrétiens, fête de tous les saints que l'on confond souvent avec celle des Morts, et Halloween (la fête des "diab" héritée des Celtes et des Gaulois). Selon les propos de feu Max Beauvoir recueillis chez lui à Mariani lors de mes visites, les guédés peuvent être célébrés durant tout le mois de novembre et parfois même au-delà.

Les guédés sont des loas. Les loas sont des êtres immatériels, invisibles dont l’existence remonte à la nuit des temps, aussi loin que remonte notre humanité.

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Franck Désiré, déguisé en Guédé

 

Très souvent les guédés sont définis comme les loas ou esprits de la mort. On oublie alors de préciser qu’ils sont aussi les loas de la vie puisque la vie et la mort vont de pair. La vie ne peut se concevoir sans la mort et la mort ne peut se concevoir sans la vie.

Dans le panthéon du vodou haïtien il y a plusieurs guédés dont les plus connus sont les Barons parmi lesquels on peut citer Baron Samedi, Baron La Croix, Baron Cimetière auxquels s'ajoutent Brave Guédé, Guédé Nibo Guédé Fouyé, Guédé Loraj, etc. Outre les barons qui sont masculins, la famille des guédés compte aussi des guédés féminins comme Grann Brijit qui serait l’épouse de Baron Cimetière. Baron Cimetière représente en fait le premier homme enterré dans un cimetière et Grann Brijit représente la première femme enterrée dans le même cimetière. C’est ici que la croyance haïtienne rejoint une croyance congolaise de mon enfance, hélas aujourd’hui disparue.

En effet, dans les années 50 - 60 quand la ville de Brazzaville n’avait que deux grands cimetières : celui de La Tsiémé et celui de Moukoundji Ngouaka, il était inconcevable de se rendre au cimetière pour un enterrement, pour une construction de tombeau ou pour un simple dépôt de fleurs le jour de la Toussaint sans s’arrêter devant la tombe du premier homme et de la première femme enterrés dans ce cimetière, pour leur demander l’entrée des lieux en leur offrant des fleurs mais surtout en faisant une petite libation avec du vin de palme. Le premier homme et la première femme étaient souvent enterrés non loin l’un de l’autre. Leur tombe était reconnaissable au drapeau national qui y flottait. On ne pouvait même pas se rendre au cimetière ne serait-ce que pour désherber la tombe d’un parent ou d’un ami sans faire de même sur celles des deux premiers occupants des lieux. Hélas, cette pratique est complètement perdue aujourd’hui à Brazzaville où les cimetières privés ont fleuri, où les tombes sont envahies par les hautes herbes et où les profanations des tombes sont devenues monnaie courante. Au Congo, nous avons coupé le contact avec nos morts, nous les avons légués dans l’oubli, eux et le respect qui leur était du, et nous avons, de ce fait, perdu le vrai sens de la vie qui ne se comprend que dans la relation avec la mort.

En Haïti, contre les vents et marées des condamnations du vodou, en dépit des campagnes anti-vodou, la fête des Guédés est une des grandes fêtes du vodou qui ramènent les fils et filles de la diaspora au pays. Les 1er et 2 novembre, outre les cérémonies organisées dans les hounfὸ (temples), les rues des villes et des villages/ habitations/localités/bourgs ainsi que les cimetières sont pris d’assaut par les populations, toutes croyances confondues : les chrétiens, principalement les catholiques se rendent au cimetière ou sur les tombes des parents disparus pour y déposer des gerbes et couronnes de fleurs, allumer des bougies ou repeindre les tombes et caveaux familiaux. Les vodouisants quant à eux s’adonnent à des rituels très particuliers : vente des bougies et autres objets sacrés à l’entrée des cimetières, allumage des bougies sur les tombes de Baron Cimetière et Gran Brijit, libation et consommation de rhum, de cigarettes et cigares, chants et danses, consultations des esprits sur différents aspects de la vie, offrandes, etc.

Les rues sont sillonnées par des personnes adeptes des /ou incarnant les guédés pour la circonstance dont l’accoutrement n’échappe à personne : grosses lunettes teintées, pantalons bouffants souvent de couleur noire ou mauve, chemise, veste ou cravate de couleur violette ou blanche, la tête recouverte d’un feutre ou d’un haut de forme ; ils tiennent généralement un bâton, une sorte de canne à la main sur laquelle elles s’appuient pour exécuter des mouvements de danse érotiques, malencontreusement jugés obscènes alors qu’en réalité ces danses guédés ne sont que la révélation de l’étroite et multimillénaire relation de Éros et Thanatos, que la psychanalyse traduit par la dualité des deux pulsions de vie et de mort. En tout cas, la choréhraphie des guédés d'Haïti a quelque chose de commun avec celle des Laobés du Sénégal.

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Guédé s'appuyant sur sa canne.

 

Dans le vodou comme dans la vision africaine du monde et de l’univers, la vie et la mort s’imbriquent de façon intrinsèque à la manière du Yin et du Yang chinois. L’une ne peut s'appréhender qu'à la lumière de l'autre. L'une  ne se laisse jamais saisir hors de l'autre.

La fête des Guédés est donc la célébration de la vie et de la mort, célébration qui perdure encore dans beaucoup de sociétés africaines et qui a lieu essentiellement quand survient une naissance ou un décès. À Haïti cette célébration est la somme d’un double héritage : l’héritage des Indiens Taïno et l’héritage Africain de la fusion desquels émerge une singularité bien haïtienne. (à suivre…)

 

Nyélénga


31/10/2016
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Le Vodou Haïtien: Origine et croyances

Entretien avec l’Ati Max Beauvoir, hougan, chimiste de formation et chef suprême du vodou en Haïti qui présente "Lapriyè Ginen" et "Le Grand Recueil Sacré, ou Répertoire des chansons du vodou haïtien" à « Kiskeya, l’île mystérieuse », une émission hebdomadaire culturelle animée par Marie-Alice Théard depuis juin 2011 sur Canal Bleu (chaînes 38 et 89) en Haïti.

Le Vodou Haïtien: Origine et croyances

HAITI REFERENCE – Le mot "Vodou" vient du language parlé par les communautés Fon du Dahomey. Né dans la clandestinité et, dans sa prime enfance, religion des esclaves noirs importés d’Afrique, le vodou intégra des éléments des religions africaines avec le culte des saints dans la religion catholique.

Le vodou joua un rôle primordial dans le combat quotidien que menait l’esclave transplanté d’Afrique pour conserver non seulement sa santé mentale dans un système, à tous les égards, déshumanisant, mais aussi et surtout pour rester connecter avec sa terre ancestrale. Sa pratique considérée subversive par le colon, devrait donc se faire dans la clandestinité. Plus tard, il devint le catalyseur dans l’organisation des révoltes contre les Français. Les historiens reconnaissent que la cérémonie du Bois-Caïman dans la nuit du 21 au 22 Août 1791 marqua le début de l’insurrection des esclaves de Saint-Domingue.

De cette époque jusqu’au mois d’avril 2003 quand un arrêté du gouvernement de Jean-Bertrand Aristide le déclara "religion à part entière", le vodou ne jouissait d’aucune reconnaissance légale. Plusieurs gouvernements ont essayé d’interdire sa pratique, y compris l’administration de Toussaint Louverture (Voir: 4 janvier 1800).

Il fut l’objet de persécutions ouvertes et officielles pendant la fameuse campagne anti-superstitieuse sous le gouvernement d’Elie Lescot, ou sournoises après la chute du gouvernement de Jean-Claude Duvalier et, sur une base presque quotidienne, par des ministres des cultes reformés. En 2011, les vodouisant, dans certaines régions, furent accusés d’être les agents de propagation du choléra. Certains furent assassinés par des ignorants. [Pendant que L’Université Yale affirme dans une étude que les Casques bleus népalais venus aider en Haïti ont apporté du Népal la source du choléra qui fait rage au pays encore aujourd’hui.]

Pendant l’occupation américaine, la machine de propagande de l’occupant fit du vodou un « obstacle à la civilisation » et un champ où s’épanouit le démon (1); une thèse qui sera reprise par Pierre Pluchon presqu’à la fin du 20è siècle, en y ajoutant l’élément perversion (2).

N’empêche que les vodouisants n’avaient cure de ces dangers ou des critiques, et continuaient de pratiquer leur culte en privé ou publiquement dans leurs woufò, les lieux sacrés et lors des fêtes propres. Alors que d’autres, pratiquants ou non, le célébraient à travers des expressions culturelles comme les danses folkloriques, la musique dite "racine". Certains gouvernements l’utilisaient même à des fins purement politiques.

Pendant cette même période et tout au cours du 20è siècle, le vodou fut l’objet d’études ethnographiques très avancées, certaines décrivant un système théologique extrêmement complexe. Les arguments et les recherches des académiciens ne changérent pourtant pas la perception de ses détracteurs.

L’arrêté du 4 Avril ne vint donc qu’entériner cette pratique religieuse, jusque là clandestine, en la plaçant sous la protection des lois et institutions du pays au même titre que toutes les autres religions.

  1. Voir le livre de William Buehler Seabrook, Voodoo Island : first eye-witness account of the secret rites of Voodoo (New York : Lancer Books, [©1929]) traduit plus tard en français sous le titre de Ile magique (Paris : Firmin-Didot, 1929).
  2. Pluchon, Pierre. Vaudou, sorciers, empoisonneurs : de Saint-Domingue à Haïti. Paris : Karthala, 1987.

Source : Parole en Archipel.com /Haïti – Référence 


24/07/2014
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Konesans Vodou / Connaissance Vodou

Hier, au cours de  mes pérégrinations littéraires, je suis tombée sur un livre qui vient de paraître et qui est intitulé " Konesans Vodou. Vision du monde". Malheureusement, aucune maison d'édition n'est mentionnée. Il y a seulement, indiqué à la dernière page: "mise en page Lys Ambroise, Promundia Haïti; Impression EXL Consulting Group". Intriguant et fascinant! J'ai alors décidé d'en reproduire quelques extraits, à commencer par la préface de notre renommée soeur Marie Laurence Jocelyn Lassègue, ancienne ministre de la Culture et de la Promotion de la Femme, qui a grandi au Congo et parle le lingala mieux que nombre de frères et soeurs congolais. Et voici:

" En Afrique, Haïti est considéré comme la diaspora du Bénin, terre d'origine de quatre-vingt pour cent de notre population. Elle est aussi appelée la fille aînée du Dahomey, pays du Vodoun. Je me suis souvent demandée pourquoi le Brésil, Cuba ou d'autres pays de la Caraïbe accordent une place prépondérante au Vodou, l'introduisant dans leur quotidien, alors que nous, en Haïti, l'avons systématiquement occulté, enfoui au plus profond de nous-mêmes."

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Marie Laurence, affectueusement appelée Mâ Lolo par ses proches.

A la question c'est quoi le Vodou, Mme Euvonie George Auguste, prêtresse vodou (mambo) répond: " C'est l'harmonie que nous développons entre nous-mêmes et tout ce qui a été créé: notre relation à Dieu, notre relation au cosmos, avec la nature...et tout ce qui existe. Le Vodou est un mode de vie et englobe tout cela."

Max Gesner Beauvoir, chef suprême du Vodou en Haïti (Ati national), (un ami personnel à moi), bio-chimiste qui a "tout laissé tomber" pour se consacrer au Vodou après avoir été choisi par son grand-père pour prendre sa succession comme Hougan (prêtre vodou) déclare: " Il y a une chose qui s'appelle "la dignité". Oh oui: Dignité! Cette dignité est une partie de vous-même. C'est une force spirituelle qui est en vous. Vous ne devez jamais la perdre. C'est cette dignité qui va vous montrer comment gagner votre respect. Il en est ainsi. Ceci est symbolisé par un Lwa (esprit) appelé Kouzin Zaka. C'est lui qui dit que quand vous avez la vie et la santé, la prochaine chose qu'il faut c'est un travail. Travailler? C'est l'un des enseignements de Dieu... Il n'y a pas de vie sans mort. Le jour de naissance nous entamons déjà le chemin vers la mort...Ces différents Lwa célèbrent les cérémonies pour les âmes dans la région appelée "sous les eaux"...C'est au cours de la cérémonie que les Lwa effacent notre mémoire récente: l'on oublie son père, sa mère...Mais l'on garde l'essence de son être ainsi que tous les événements importants de sa vie. Ces informations sont mises dans un sac qu'on porte sur le dos.

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Le djakout, sac utilisé dans le vodou.

Les moments importants de nos 16 vies sont tous déposés dans ce même sac qui constitue ce que nous appelons l'inconscient. C'est donc toute l'expérience d'une personne, toute la sagesse qu'elle a accumulée qui se trouve dans ce sac. La somme de ces connaissances aident Dieu à entretenir la vie dans tout l'univers. mais pas seulement dans la nôtre, qui est tout petit... Mais plutôt dans ce qu'on appelle le Multivers qui regroupe de nombreux univers. Voilà la vision Vodou du monde."

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Max G. Beauvoir, chef suprême du Vodou, Atin national. Photo: Le matin Haïti.

Beaucoup d'autres hougans s'expriment dans ce livre. Ce sont: Erol Josué, directeur général du Bureau National d'Ethnologie, Rachel Beauvoir Dominique, mambo, anthropologue chercheuse et écrivaine (fille de l'Ati Max Beauvoir), Eddy Lubin ex-Ministre de la Culture, chercheur dans le domaine du Patrimoine Culturel Haïtien, Jacques Casseus, hougan, Dorsainvil Estimé, serviteur à Lakou Badjo, Jessie Chancy Manigat, sociologue féministe, Ginette Pérodin Mathurin, ingénieur civil, chercheur, Fernand Bien-Aimé, serviteur au Lakou Souvenance Mystique, Peterson Dejeanson, empereur Bizango, hougan.

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Le livre est beau avec de belles images. Il aide à avoir une idée de ce qu'est le Vodou en Haïti, et pousse le lecteur à aller plus loin dans son désir de découverte. Notamment après avoir lu cette déclaration du Hougan Eddy Lubin: " A Soukri, j'ai trouvé des dimensions spirituelles qui très intéresantes, pas exactement pareilles à celles de Souvenance. Par exemple, la façon dont ils traitent les énergies n'est pas la même. Ils ont une façon de condenser l'énergie... Ils utilisent l'énergie des plantes, ils jettent des sorts...je trouve ces rituels, qui nous viennent du Congo, compliqués..." Huummm! Faudra demander à l'ethnologue et hougan congolais M. Dienguélé Matswa, qui vit en Haïti depuis des lustres ce qu'il en pense! 

 

Bien à vous.

LLK

 


26/01/2014
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