Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

La parole aux Amis


La Complainte de Karim Deya

Karim Deya est un jeune ivoirien. Ses textes sont des joyaux. Je n'ai pas hésité à poster celui-ci qui n'est qu'un bri de l'immense et interminable hurlement qui s'échappe de tout son être pour dire Non à l'esclvage des noirs en Libye, et aussi Non aux réactions aux allures de deux poids, deux mesures!

 

"Une déchirure dans le ciel d'Ouest

Un accroc des lumières en soufre

Ou une fantaisie de la terreur là-bas

Et surfent les coeurs sur la vague

À l'unisson comme des feux follets

Sur les domaines solidaires du songe

Mais que tangue le monde à Garissa

Le poids de l'ombre recouvre les mots

De silence arides deviennent les mains

Une chape de plomb sape les encriers

Et le poids de l'ombre recouvre les maux

Aux viles enchères nos sangs et peaux

Noires solitudes au clair de l'indifférence

Dans la variable de cette terre froide

Très près du dérisoire est la vie au Sud

Loin de la douceur farouche du partage

Les rêves noirs sont au rabais des écrins

De l'impénétrable noirceur congénitale."

 

Karim Deya

 


04/12/2017
0 Poster un commentaire

Angela Merkel ou le dernier échantillon d'une race de politiciens en voie de disparition

Un ami, le Pasteur Jean Fils-Aimé a  amicalement accepté que je poste sur mon blog ce texte de son cru! Le Pasteur Jean Fils-Aimé est théologien, philosophe, spécialiste des religions médiévales et des religions comparées.  C'est dire que rares sont les aspects de la spiritualité qui lui sont inconnues: du vodou africain et haïtien aux religions révélées (abrahamiques) jusqu'à l'hindouisme et au bouddhisme, l'oeil du Pasteur Jean Fils -Aimé furette tous les recoins. 

Aujourd'hui, le théologien -philosophe nous livre sa pensée sur une dame politicienne et pas des moindres....Angela Merkel.

-----------------

 

"Comment réfléchir à la politique internationale contemporaine sans consacrer une large part, sinon la part léonine à Angela Dorothea Kasner, dite Angela Merkel? Cette femme de 62 ans fait solidement partie de l’échiquier politique mondial depuis plus de dix ans. Et pendant plus de 10 ans, le magazine Forbes l’a élue la femme la plus puissante du monde et le magazine Time l’a désignée la personnalité de l’année en 2015.

Très peu d’entre nous savent cependant que cette physicienne de profession, qui en est à son troisième mandat (depuis novembre 2005), en sa qualité de chef de gouvernement d’Allemagne, avec le titre officiel de Chancelière Fédérale d’Allemagne (une première en Allemagne), se destinait à tout, sauf à la politique. Fille de pasteur, elle se préparait à enseigner les langues et la physique. À cet égard, elle a soutenu avec brio (magna cum laude) sa thèse de doctorat en physique en 1986, sur l’«Étude du mécanisme des réactions de décomposition avec rupture de la liaison simple et le calcul de leurs constantes de vitesse sur la base de la chimie quantique et des méthodes statistiques ». Chercheuse au sein de l’Académie des Sciences, elle a refusé toutes les offres à saveur politique, jusqu’à ce que Helmut Kohl la nomme Ministre Fédérale des Femmes et de la Jeunesse en 1990. Ce fut le début d’une carrière politique fulgurante qui devait la conduire jusqu’aux cimes des affaires de l’État, en sa qualité de chef de gouvernement, et cela depuis plus de 11 ans. Quand on se rappelle que la politique demeure aujourd’hui encore (2017!) un métier pratiqué en majorité par des hommes, on se pâme d’admiration devant l’habileté de Madame Merkel dans ce mâle milieu, et on a envie d’applaudir ses exploits et de lui demander ses secrets.

 

Sous ce rapport, ses biographes sont unanimes sur quelques-uns des traits de caractère de la Chancelière allemande. Nous en retenons 5 par souci de synthèse:

 

1-Une femme dotée d’une intelligence hors du commun

Dans les couloirs du Bundestag (Parlement allemand), on raconte à la blague qu’Angela Merkel demeure une scientifique même dans sa manière de faire la politique. En effet, la rigueur de son argumentaire force souvent l’admiration de ses adversaires politiques les plus féroces.

2- Une femme de compromis

Puisqu’elle s’impose dans le paysage politique depuis de si longues années, on oublie que dans les faits, Madame Merkel ne dirige pas un gouvernement majoritaire à proprement parler, mais s’est retrouvée à la tête de trois gouvernements de coalition pendant 11 années d’affilée. Quand on sait que la politique est un rapport de force, on comprend que pour réaliser un tel exploit, il faut savoir faire preuve de compromis et de tact.

3-Une femme de conviction

Même si elle est reconnue pour sa très grande capacité d’écoute et pour son aptitude à ne pas laisser transparaitre ses opinions personnelles (une leçon amèrement apprise dans sa jeunesse), Angela Merkel sait défendre ses convictions, quitte à se retrouver seule (la proverbiale solitude du chef) dans certaines prises de position. C’était notamment le cas durant toute la saga de la crise financière grecque. C’est aussi une femme pondérée. Ce trait est particulièrement observable dans la crise diplomatique turque.

4- Une gestionnaire hors-pair

Même si certains problèmes sociaux importants persistent en Allemagne, notamment, l’écart entre riches et pauvres s’est élargi pendant les 10 dernières années, il n’en demeure pas moins vrai que l’Allemagne accuse l’un des taux de chômage les plus faibles d’Europe. En outre, ce n’est un secret pour personne, l’Union Européenne, dès lors menacée par le Brexit, repose jusqu’à maintenant sur l’axe franco-allemand. Toutefois, avec la possible élection de Marine Le Pen à l’Élysée, tous les regards sont tournés vers Berlin. Cela est d’autant plus vrai que l’on sait que la reprise économique française est fragile et que François Hollande n’est plus— selon la formule consacrée en sciences politiques— qu’un canard boiteux, alors tout le poids politique et managérial de l’architecture européenne et de ce qui reste d’un certain Occident modéré repose sur les épaules d’Angela Merkel. À cet égard, elle rayonne de tous ses feux. Ses biographes (non autorisés!) sont unanimes à saluer son style de gestion pragmatique, caractérisé par un difficile équilibre de prudence, de fermeté, d’humanisme et d’ouverture.

 

5- Une grande humaniste

La crise des migrants syriens (2015-2016) a mis en exergue un trait fondamental d’Angela Merkel, un trait rarissime chez les politiciens, marqués de plus en plus à droite: son humanisme. Elle a ouvert, malgré le très peu d’appuis de sa population, des ses collègues politiciens et de ses homologues étrangers, les frontières de son pays pour accueillir près d’un million de réfugiés syriens, avec tous les risques que cela comporte en matière de sécurité pour l’Allemagne. Elle s’est tenue debout malgré la baisse de son taux de popularité. Cela est d’autant plus honorable qu’elle devra faire face à son électorat dans quelques mois. Eu égard à tout cela, on comprend mieux que Barack Obama lui ait décerné la médaille présidentielle de la liberté.

Une question demeure cependant: par son humanisme, sa modération, son ouverture à l’immigration, Angela Merkel serait-elle le denier échantillon d’une race de politiciens en voie de disparition? Mon coeur saignant d’observateur de la politique internationale tend à croire que oui. Hélas!"

 

Dr Jean Fils-Aimé, Ph.D.

 


15/03/2017
0 Poster un commentaire

Le plaisir de lire "Makandal dans mon sang"

Un grand merci à l'ami Matéo pour ce texte paru sur son site Web!

 

Le plaisir de lire : "Makandal dans mon sang", un fabuleux livre de nouvelles à découvrir !

August 3, 2016

Makandal.jpg

 

Comment une "tête pensante" africaine, qui a du exceller dans les organismes internationaux, en vient  à sa retraite à "revisiter" sa riche culture pour faire oeuvre de création littéraire ?  Mystère mais le défi est réussi ! Comme quoi le formatage des grandes écoles peut laisser intacte une belle sensibilité et une approche humaine des réalités.

 

 

"Makandal dans mon sang" est un très beau recueil de nouvelles qui se lisent et se relisent avec délectation ; elles sont également riches de réflexions sur le monde tel qu'il va et sur les souffrances des populations.

 

Alfoncine Nyélénga Bouya a un énorme talent et il est sûr que d'autres ouvrages suivront !

 

Une de ces nouvelles décrit de façon très "excitante" une description de ce que l'on pourrait appeler l'érotisme ésotérique  ; dans "Danse avec le tambour", l'auteure vous propulse vers le féminin sacré dans sa rencontre avec le sacré dans l'homme : c'est extraordinairement envoûtant !

 

En se réappropriant la figure de Makandal, ce héros haïtien de la lutte contre le colonialisme, Alfoncine Nyélénga Bouya montre des situations parfois banales où les souffrances de l'esclavagisme et du colonialisme sont encore bien vivantes.  Pour les générations africaines en route vers leur émancipation et leur affirmation, les obstacles sont encore nombreux à franchir pour espérer que la misère et la pauvreté pourront faire place à une vie digne et respectueuse du droit au travail et à la solidarité.

 

Ce serait un beau défi à relever pour la franc-maçonnerie africaine, loin des tentations du pouvoir, en communion avec les populations en souffrance !

 

PS : Le livre est vendu 15 € - On peut se le procurer auprès de l’éditeur www.ladoxa-editions.com , en librairie et sur les sites spécialisés (Amazon, FNAC, etc.)

 

Matéo Simoita

http://www.idealmaçonnique.com

 


17/08/2016
1 Poster un commentaire

Faut-il avoir peur de l’évaluation ? par Wilfrid Azarre

En cette période des examens et autres évaluations des connaissances des élèves, Bric-a-Brac Ewur'Osiga donne la parole à Wilfrid Azarre du Ministère de l'éducation nationale et de la formation professionnelle d'Haïti, actuellement Doctorant à l'Université Laval au Canada.

I-                    Introduction

Les êtres humains sont porteurs d’un ensemble de valeurs qu’ils ont acquises au cours de leur existence et qu’ils utilisent pour porter un jugement sur la valeur des objets, des situations, des comportements, etc. L’évaluation est présente dans toutes les sphères de la vie quotidienne et permet de mesurer, de contrôler, de vérifier et d’interroger des domaines variés dont les politiques éducatives, sujet qui nous intéresse particulièrement. Faut-il avoir peur de l’évaluation ? Ma réponse est non. L’examen qui suit se propose de projeter un éclairage sur cette problématique.

II-                  Développement

Pourquoi nous ne devons pas avoir peur de l’évaluation ?

a)-L’évaluation d’un dispositif éducatif comme démarche aide les acteurs à connaître l’état d’avancement du processus de l’éducation. Elle renseigne évaluateurs et évalués sur leur progrès et leurs échecs et permet de revenir en arrière à des fins de remédiation. Elle peut éviter que la routine s’enracine dans les pratiques de l’évaluation ainsi que la mise en application d’un programme si on ne dispose pas d’informations pertinentes. Elle une source d’information qui oriente le jugement des acteurs (gouvernants, communauté et gouvernés).

Selon Bégin, Joubert et Turgeon (1999) et le Conseil scientifique de l’évaluation (1996) cités par Potvin (1998), l’évaluation des politiques consiste à produire des connaissances dont la visée est d’appuyer les processus de gouvernance et de gestion des politiques.  Cette définition rejoint en quelque sorte celle donnée par Pierre Stoecklin (n.d), directeur général des services de l’INSA de Toulouse. Pour celui-ci, l’évaluation des politiques est une opération qui vise à produire des connaissances sur les actions publiques. Généralement, on évalue toute sorte de chose et cette évaluation peut prendre deux formes, selon Nadeau (1978) : informelle et formelle. L’évaluation informelle réfère au jugement porté, par exemple, sur un déjeuner, sur le service d’un garagiste, sur un produit que l’on veut acheter. L’évaluation formelle, plus systématique, utilise des instruments élaborés qui servent à fournir des informations pertinentes afin d’apporter les améliorations nécessaires. C’est le cas des évaluations des travaux d’élèves, de l’évaluation de la réussite d’une classe sociale, de l’évaluation des résultats des établissements scolaires, de l’évaluation des phénomènes sociaux comme la délinquance juvénile ainsi que de l’évaluation des politiques éducatives.

 

 Généralement, nous avons besoin d’apprécier la rentabilité que génèrent les investissements des actions publiques. Les actions publiques sont des enjeux d’une extrême importance sur le plan de la cohésion sociale, de la compétitivité (Stoecklin (n.d). En tout état de cause et en tant qu’acteur social, les citoyens ont le droit de connaître si ces actions sont convenables pour l’État mais aussi si elles s’accommodent aux attentes des utilisateurs qui espèrent voir l’utilité de l’action publique.

 

b) -En connaissant l’état de la situation des politiques éducatives, en ayant les informations pertinentes, les acteurs peuvent prendre les meilleures décisions. Il peut s’agir de redéfinir une future politique ou d’améliorer une politique ancienne. L’évaluation peut également fournir les informations qui permettront ou participeront à la redéfinition d’un programme ou à la cessation d’une intervention dépassée, donc, ne répondant plus aux attentes (Hadjab et Vollet, 2008). En ce sens, elle aide les acteurs à poser des actes éclairés et informés. Ainsi, Baribeau (2012) mentionne que Hadji (2012) soutient la légitimité de l’évaluation dans la mesure où elle éclaire les acteurs sociaux pour qu’ils puissent décider en tout état de cause. L’évaluation des politiques éducatives, en fournissant des informations précises sur des critères définis, peut contribuer à harmoniser les actions de tous les acteurs qui interviennent dans le processus et favorise la mise au jour des enjeux liés au cheminement des élèves dans le processus de scolarisation (Morissette, 2009).

 

c)- Malgré tout, même si nous n’avons pas besoin d’avoir peur de l’évaluation, il faut faire attention aux choix des critères qui seront utilisés pour poser un jugement (efficacité, efficience, cohérence, impacts). Le choix des critères de l’évaluation doit être opéré avec prudence. L’évaluation sera utile et pertinente si elle est faite avec éthique. Et comme généralement l’évaluation des politiques amène des décisions, les évaluateurs doivent se préoccuper des conséquences de l’évaluation et des décisions qui en découlent et porter une attention particulière à ceux qui risquent de vivre une conséquence négative. Aujourd’hui, comme le soulignent plusieurs auteurs  dont Duru-Bellat et Jarousse (2001), Langlois (2004) et Hadji (2012) cité par Baribeau (2012), les responsables politiques mettent l’accent  sur l’efficience du système éducatif c’est-à-dire, sur la production de services et l’atteinte  des objectifs à moindre coût, sur son efficacité, c’est-à- dire l’impact de de la politique éducative sur les élèves issus de milieux défavorisés ou souffrants de handicap et sur son coût-efficacité, combien dépense-t-on pour mettre en œuvre l’évaluation de ces politiques. Il est juste, à ce propos, de faire la promotion d’une réflexion éthique pour pouvoir saisir les enjeux de l’évaluation dans le contexte scolaire actuel Et s’assurer que les politiques soient évaluées à des fins justes et de façon rigoureuse.

 

III- Conclusion

Bien que l’application de l’évaluation des politiques exige de la rigueur et de la probité des personnes qui la mènent, à défaut de quoi elle est susceptible de ne pas servir les fins pour lesquelles elle est mise en place, il reste que l’évaluation des politiques reste essentielle et positive. Elle amène les acteurs à opérer des choix en tout état de cause, grâce à des informations précises, pertinentes, choisies pour leur capacité à informer sur des critères utiles plutôt que de procéder sur la base d’un jugement arbitraire, à partir d’informations informelles et subjectives.  L’évaluation des politiques, en elle-même, est une pratique utile et importante.  Pour s’assurer de sa valeur, cependant, il reste essentiel de porter attention aux motivations et aux pratiques des évaluateurs.

 

 

Références

  Baribeau, A. (2012). Recension de [Hadji, C. (2012). Faut-il avoir peur de l’évaluation ? Bruxelles, Belgique : De Boeck.] Revue des sciences de l'éducation, 38 (3),  661-662.

Duru-Bellat, M., & Jarousse, J.-P. (2001). Portée et limites d'une évaluation des politiques et des pratiques éducatives par les résultats Éducation et Sociétés, 8(2), 97-109.

Langlois, L., & Lapointe, C. M. (2004). Gérer la réussite éducative : un processus responsable. Moncton, N.-B: Éditions de la Francophonie.

Nadeau, M. A. (1978). L’évaluation de l’apprentissage en milieu scolaire : un modèle d’évaluation continue. Revue des sciences de l'éducation, 4 (2), 205-221.

Morissette, J. (2009). Manières de faire l'évaluation formative des apprentissages selon un groupe d'enseignantes du primaire: une perspective interactionniste. Thèse de doctorat inédite.  Québec : Université Laval.

Stoecklin, P. (n.d). L’évaluation de politiques publiques. Directeur général des services de l’INSA de Toulouse. Extrait de : http://www.insa-toulouse.fr/bordeau/Rapport2009/pages/INSA_RA2009_OK180610.pdf

 

 

Wilfrid Azarre

Faculté des Sciences de l'Education

Université Laval.

Canada

 


28/06/2016
0 Poster un commentaire

Es ke yo pa moun ? (Ne sont-ils pas des humains?) par Monique Manigat et Alain L. Gustave

ès ke yo pa moun ?

(Manifeste contre l’indifférence)

  

En septembre2013, la décision de la cour constitutionnelle de la République Dominicaine de déchoir de leur nationalité plusieurs centaines de milliers de citoyens (près de 500 000 selon certaines estimations) nés en République Dominicaine de parents étrangers, pour la plupart haïtiens, enremontant jusqu’à 1930,et de les déporter vers leur pays d’origine,a suscité de fortes protestations internationales. Les diverses séances de négociationsentre les deux pays,sous des apparences cordiales, portant sur leurs nombreux sujets de contentieux,notamment économiques, n’ont pas empêché la mise en œuvre de cette décision à partir du 17 juin 2015.

 

C’est une nouvelle catastrophe humanitaire massive qui commence dans une relative indifférence. C’est un drame effroyable qui s’annonce, en Haïti, pour ces centaines de milliers de personnes qui ne sont pashaïtiennes mais apatrides et qui souvent ne parlent ni créole, ni français.

 

Curieusement, les protestations semblent aujourd’hui moins fortes, ou moins audibles, qu’il y a deux ans. Le sujet est abordé anecdotiquement par les médias, comme le nième épisode anodin d’une longue série noire à laquelle on s’est lâchement habitué. On ne semble pas mesurer le drame humain que cela constituera pour chacune des ces personnes qui seront expulsées manu militari, du jour au lendemain, dans un pays qui n’est pas le leur, et dans lequel elles risquent fort d’être condamnées à la misère la plus sombre.

 

Le nombre de victimes risque d’être comparable à celui du tremblement de terre, mais l’émoi suscité est loin d’êtrecomparable. Le tremblement de terre était une catastrophe naturelle ponctuelle, imprévisible et irrésistible. La catastrophe d’aujourd’hui est d’origine humaine, elle a été prévue et même planifiée.Elle aurait donc pu et du être évitée ! Elle s’étalera dans le temps, mais ses conséquences sur les individus concernés seront tout aussi dramatiques que pour les victimes survivantes du séisme.

 

Comment ne pas s’étonner que si peu de gens semblent se sentir concernés par le sort de ces centaines de milliers de personnes, qui ne sont juridiquement ni haïtiennes nidominicaines, victimes de la folie des hommes et du racisme le plus cynique ?Es ke yo pa moun ?

 

Il n’y a pas de solution facile dans un dossier aussi complexe, dont les origines remontent à la création de ces deux pays, frères ennemis, sur la même île.Par ailleurs, il est peut-être utile de rappeler que depuis plusieurs décennies la prospérité économique de la République Dominicaine se construit grâce à l’exploitation dans des conditions proches de l’esclavage, là encore dans une relative indifférence, de cette main d’œuvre immigrée dont on expulse aujourd’hui les descendants. Cependant, le manque de réponses gouvernementales à la hauteur de l’ampleur de la crise est alarmant et les citoyens que nous sommes se sentent à la fois désabusés et désemparés.

 

Notre message est d’abord un cri d’indignation face à l’inacceptable !

Notre démarche vise ensuite à sensibiliser, à interpeler les citoyens, les politiques (si mobilisés et loquaces en cette période), l’opinion publique (c'est-à-dire chacun d’entre nous) et bien sûr les médias, sur ce sujet qui n’est pas anodin.

Il est urgent d’en parler et de continuer à en parler, car le silence est le meilleur allié des crimes les plus graves.

Notre appel est un manifeste contre l’indifférence individuelle et collective, car c’est l’indifférence individuelle qui permet l’indifférence collective !

 

 Nous souhaitons  conclure par une mise en garde.

Que nous soyons haïtien, martiniquais, français, américain, canadien, ou autre, nous avons tort de ne pas nous sentir concernés par le drame de ces dominicains noirs, pauvres, d’origine haïtienne, victimes d’un racisme extraordinaire dans leur pays, qui s’exprime au grand jour, à une échelle jamais connue et de surcroit sous un masque juridique officiel.

Car l’acceptation du racisme extraordinaire ailleurs participe à la banalisation du racisme ordinaire chez nous. Ce racisme qui fait déjà des ravages dans nos pays et qui continue àse développerdangereusement en ces temps de crise, avec la montée des idées et des partis politiques prônant l’exclusion de l’autre, jugé responsable de tous nos maux.

 

Chez nous comme ailleurs, ne soyons pas complices de l’inacceptable par notre silence et notre indifférence.

 

 

Monique MANIGAT et Alain LOUIS-GUSTAVE.


03/07/2015
2 Poster un commentaire