Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

Nécrologie


SALUT L'ARTISTE!

HOMMAGE AU GRAND ARTISTE CONGOLAIS PAPA WEMBA

 

Jules Shungu Wembadio Pene Kukumba mondialement connu sous le nom de Papa Wemba a tiré sa révérence en grand Artiste qu’il a toujours été ! Papa Wemba est parti en réalisant ainsi le rêve de nombreux artistes de renom dont le désir de « mourir sur scène » a été si bien exprimé dans ces paroles de Dalida s’adressant à la grande faucheuse:

« Viens, mais ne viens pas quand je serai seule

Viens, si tu veux danser avec moi

Choisis plutôt une soirée de gala

Tous les deux on se connaît déjà

On s’est vu de près souviens-toi

Viens, mais ne viens pas quand je serai seule

Quand le rideau tombera

Je veux qu’il tombe sur moi.

Moi qui ai tout choisi dans ma vie

Je veux choisir ma mort aussi !

Moi je veux mourir sur scène fusillée de laser

Oui je veux mourir sur scène

Devant les projecteurs

Le cœur ouvert tout en couleurs

Moi, je veux mourir sur scène

Mourir sans la moindre peine

D’une mort bien orchestré.

Moi, je veux mourir sur scène

Au dernier rendez-vous

Moi, je veux mourir sur scène

En chantant jusqu’au bout.

Moi je veux mourir sur scène

C’est là que je suis née ! »

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L’artiste au Grand Cœur s’en est allé, il est sorti par là où il était monté sur scène: "l'entrée des Artistes". Il laisse derrière lui tant de trésors de la rumba congolaise, mais surtout ce sourire innocent d'un homme qui a su garder vivant en lui ce côté "éternel enfant." J'ai rencontré Papa Wemba un jour au siège de l'UNESCO, dans le bureau de Marie José Lallart Arnaud, coordonnatrice des Ecoles de l'Espoir. Il avait accepté, à l'époque, d'être le parrain des « Shégué », enfants des rues de Kinshasa, pour lesquels Marie José venait d'obtenir de la Hollande qu'une tulipe soit baptisée "Shégué".

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En ce dimanche, toute l'Afrique, et bien au-delà de l'Afrique, le monde entier pleure Papa Wemba alors que ses chansons envahissent la toile.

 

Adieu Papa Wemba ! Que cette couronne de tulipes soit l'expression du humble hommage que te rend "Ewur'Osiga"! Salut Papa Wemba! Chapeau l’Artiste pour cet ultime exploit!  

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LLK


24/04/2016
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Avec le Dr Joseph Dieffen Azor disparaît une des belles plumes d’Haïti, par Eddy Cavé

Avec le Dr Joseph Dieffen Azor disparaît une des belles plumes d’Haïti

 

Par Eddy Cavé
eddycave@hotmail.com

 

Ottawa, le 3 octobre 2015


À la réception du message de Menfis Geoffrey Azor m’annonçant le décès de son père Joseph Dieffen, j’ai été envahi par ce sentiment, bien connu des expatriés, de n’avoir pas tout fait pour essayer de maintenir un contact permanent
avec un vieil ami resté au pays. Dans ce cas-ci, il s’agit d’un sentiment bien étrange où se mêlent, en parfaite harmonie, le regret des occasions à jamais perdues d’échanger régulièrement avec Dieffen; la satisfaction d’avoir renoué avec l’ami après plus de 50 ans d’éloignement; l’admiration vouée à cet être hors du commun; le respect dû à cet ami à qui la nature n’a jamais fait de cadeaux. Aujourd’hui, je me découvre le plus humblement possible devant la mémoire de cet ancien camarade de promotion qui a su préparer, contre vents et marées, un destin où, hélas, les fruits n’ont pas toujours tenu la promesse des fleurs.

 

 

D’Argentine où il vit depuis plus de 50 ans, notre ami commun, le Dr Jean-Claude Samedy, m’a demandé d’associer son nom à tout hommage que je voudrais rendre à ce lutteur infatigable. Il y a plus de 60 ans, Dieffen avait partagé avec lui, dans sa modeste chambre d’écolier éloigné de sa famille, ses rêves grandioses pour le pays et pour lui-même. De confidences en confidences, Dieffen lui avait raconté sa vie de privations et les premières stations de son long calvaire. Profondément touché par la nouvelle du décès, Jean-Claude m’a dicté cette phrase qui résume à merveille tout le bien qu’il pense encore de cet ami commun : « Dieffen était un homme total qui, par sa force de caractère, sa volonté de fer et son acharnement au travail, a réalisé tout ce qu’il avait voulu faire de sa vie. Et ce, en dépit de tous les interdits de la société haïtienne de son temps. »

 

L’adolescence à Jérémie

 

Fils du directeur de chapelle de Desormeaux, le village natal qu’il a immortalisé dans son grand roman Danièle Desormeaux, Dieffen est arrivé assez tard à Jérémie pour ses études primaires. Il fréquente l’école Cléverin Hilaire, où il saute classe sur classe. Son assiduité au travail et sa détermination à satisfaire les attentes de sa famille lui valent à 18 ans un grand succès scolaire. Il est lauréat aux examens du Certificat d’études primaires de 1952, forçant l’admiration de l’inspectrice à l’enseignement primaire Mme Helda Pierre, Cette grande dame de la société jérémienne sera son mentor et sa première alliée. Elle l’aidera ainsi dans les combats à armes inégales qu’il devra livrer à la fois contre un destin féroce et contre une société totalement insensible à ses aspirations de fils de paysan sans fortune.

 

Dans un pays et à une époque où l’appréciation de l’autre repose en général sur des critères qui n’on rien à voir avec la valeur personnelle, on ne devait pas être surpris d’entendre toutes sortes d’inepties sur Dieffen. Par exemple qu’il

mémorisait continuellement et qu’il était un livresque. À ce compte-là Rabelais l’était aussi, et on ne le lui a jamais reproché. De son côté, Frankétienne n’a-t-il pas raconté avec son panache habituel que, dans sa soif insatiable de
connaissances et son désir de tout apprendre, il avait mémorisé un dictionnaire entier? 

 

Et Dieffen ne mémorisait pas plus qu’un autre, sauf que, sa mémoire étant beaucoup moins rapide que celle des surdoués de sa génération, il devait répéter dix fois et à haute voix ce que d’autres parcouraient rapidement une seule fois. Mais l’homme était bien conscient de ses forces, de ses faiblesses, des exigences des combats à livrer et des tares du milieu auquel le destin l’avait enchaîné. Prenant le taureau par les cornes, il commença dès le primaire à réunir toutes les cartes dont il aurait besoin pour se bâtir un avenir solide. Notamment en mémorisant jour et nuit sous les yeux des voisins, des amis, des curieux.

 

Les Jérémiens qui ont grandi avec lui ou qui l’ont vu grandir se souviennent de ce gringalet vêtu de kaki, se baladant continuellement avec un sac d’écolier plein à craquer, martelant inlassablement des vers des grands classiques français. Ils se souviennent aussi l’avoir vu traîner sa solitude sous les lampadaires de son quartier qu’il préférait aux pique-niques dansants de Buvette, aux soirées mondaines de Versailles, aux épisodes à 50 kob du Ciné Rex ou du Ciné Fox. Guy Cupidon, d’une quinzaine d’années son cadet, se souvient de l’avoir vu régulièrement étudier de grand matin, perché sur un arbre du quartier. 

 

Même scénario dans la cour du collège Saint-Louis, à Rochasse, où il fuit visiblement les condisciples avides de loisirs pour plonger dans sa vie intérieure ou déclamer des alexandrins classiques de ses auteurs favoris. C’est d’ailleurs en l’écoutant que j’ai découvert, au hasard d’une dérobade, l’extraordinaire musicalité des sonnets de José Maria de Heredia. Ce matin-là, Dieffen faisait les cent pas dans la cour de l’école, les yeux fixant une foule imaginaire, les bras ouverts et articulant avec l’aisance d’un acteur accompli ces vers célèbres des « Conquérants » qu’il aimait particulièrement :

 

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,
Fatigués de porter leurs misères hautaines,
De Palos de Moguer, routiers et capitaines
Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal.

Ils allaient conquérir le fabuleux métal
Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,
Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
Aux bords mystérieux du monde occidental

 

Aujourd’hui encore, je ne parviens pas à m’expliquer le cheminement que ce jeune garçon pratiquement livré à lui-même à la fin des années 1940 a dû suivre pour s’élever au dessus de son milieu et de son époque. C’est ainsi d’ailleurs qu’il écrivit en 1957 un très beau poème à l’intention de Clément Jumelle, son candidat aux élections présidentielles de 1957. C’étaient les premières élections qu’il perdait, et il se retrouvera toujours dans le camp des perdants.

 

Nos retrouvailles au lycée Pétion

 

Comme la plupart des autres camarades de classe, j’étais sans doute trop jeune, trop insouciant et probablement trop choyé par le destin pour comprendre ce camarade de promotion qui était de six ans notre aîné. Au lycée Pétion où nous nous sommes retrouvés en rhéto, Joseph D. était encore pour moi une énigme. C’est seulement à l’âge adulte que j’ai saisi la complexité du personnage, ainsi que les multiples difficultés de son combat. Ce qui était chez moi une curiosité ou un paradoxe s’est mué alors en respect absolu et admiration pour ses choix. En particulier ceux qui étaient différents des miens ou que je ne comprenais pas. 

 

Tandis que ceux d’entre nous qui se voulaient des progressistes se jetaient à corps perdu dans le marxisme et le matérialisme athée, Dieffen était, comme Jean-Claude Samedy, profondément croyant et il resta attaché au personnalisme chrétien d’Emmanuel Mounier. Sur le plan politique, il se tenait à distance prudente des militants marxistes de sa génération, ce qui lui vaudra une grande indifférence de la part de plusieurs d’entre nous. Mais il n’en a cure. Le grand solitaire qu’il est préfère de toute façon la compagnie de ses manuels de cours et la fréquentation de ses auteurs préférés. Je le perds de vue durant la grève des étudiants de 1960-1961 et nous n’avons jamais communiqué depuis lors que par le courrier électronique.

 

L’homme et l’oeuvre

 

Contrairement à l’ami Jean-Claude Samedy, je ne suis pas convaincu que Joseph D. Azor ait pleinement réalisé ses rêves. Il voulait être poète, il a fini dans la peau d’un romancier, ce qui, soit dit en passant, n’a rien d’une déchéance. Il voulait être prêtre, il a été médecin : ne pouvant sauver des âmes, il s’est évertué à sauver des vies humaines, ce qui est aussi bien. Après l’incendie de sa résidence en 1999, il se redresse en véritable héros cornélien, mais la clinique populaire qu’il a montée à Carrefour est aplatie durant le séisme de 2010, anéantissant en un clin d’oeil tout ce dont il avait osé rêver.

 

La seule pensée qui vient à l’esprit quand on prend connaissance de la suite infinie des déboires qui ont marqué la vie de Joseph D. Azor, c’est le présage mille fois évoqué au sujet des malheurs du poète port-au-princien Coriolan
Ardouin né en 1812 : « Le jour de sa naissance, un papillon noir se posa sur son berceau, tandis que son frère de deux ans mourait dans la chambre voisine…» De loin plus chanceux, Ronsard serait « tombé dans les fleurs le jour de son baptême » (Berrou et Pompilus). 

 

Arrivé à Jérémie d’abord, puis à Port-au-Prince, sans les carnets d’adresses qui garantissent le succès, Dieffen a toujours dû se contenter de peu. Nommé professeur suppléant au lycée Pétion en 1961, il habitera au dortoir des pensionnaires jusqu’à ce qu’il termine ses études de médecine. Pressenti pour la résidence en chirurgie qui lui revenait de droit, il est écarté par suite d’une manoeuvre déloyale d’un camarade de promotion. Aussi dut-il opter pour la résidence rurale qui, selon ses propres dires, était pour lui « un passeport pour la pauvreté ».

 

À cet égard, je me rappelle avoir entendu le docteur Métellus sermonner un médecin revenu de France et qui s’obstinait à circuler dans une minuscule Dauphine grise, tandis que lui-même roulait dans une rutilante Mercury Cougar beige :

 

« Confrère, tu fais fausse route. Ce n’est pas la clinique qui va te donner une belle voiture. C’est l’inverse. C’est plutôt une Mustang ou une Benz qui va t’emmener la clientèle qu’il te faut.»

 

Joseph Dieffen a-t-il été un grand médecin ? Probablement non, s’il faut juger par le nombre de voitures de luxe qu’on voit à l’entrée des cliniques des grands médecins ou par la publicité que leur font les patients satisfaits. Mais cela ne saurait être un critère suffisant de compétence. 

 

A-t-il été un grand écrivain? Sans aucun doute, oui. Je vais même jusqu’à affirmer qu’il a été une des plus belles plumes de ce pays. Mais à voir le faible écho qu’a eu au pays et à l’étranger un roman comme Danièle Desormeaux ou Le grain de blé, je suis fort tenté de réviser mon jugement par trop hâtif sur le médecin. Abstraction faite de la discrète préface où le professeur Pradel Pompilus écrit : « Ce roman se laisse lire, se fait lire », il n’y a eu, à ma connaissance qu’Arthur Rouzier pour souligner la percée de Joseph D. Azor dans les lettres haïtiennes. Dans Les belles figures de l’intelligentsia jérémienne du temps passé et présent, Rouzier a résumé le parcours de l’auteur et salué en lui « un grand romancier grand’anselais ». Il a en outre tiré du roman un extrait illustrant à la perfection la justesse de ce jugement. Je n’ai trouvé ni dans la presse écrite, ni sur le réseau Internet, une seule ligne sur cet auteur de grand talent. Et pourtant, Danièle Desormeaux est une peinture du milieu rural et de la paysannerie haïtienne qui, mise à part la dimension idéologique, n’a pas beaucoup à envier à Gouverneurs de la rosée. Selon les confidences de l’auteur, on lui aurait reproché de faire parler un trop beau français aux paysans de Desormeaux! 

 

La première et la seule personne à m’avoir signalé, il y a une dizaine d’années, l’existence de ce chef d’oeuvre, c’était notre ami commun Théo Achille qui ne tarissait pas d’éloges sur le sujet. En dehors de ce témoignage d’un fin lettré, c’est le silence absolu. De même, on ne trouve aucun commentaire sur son deuxième roman, Le grain de blé. Si la contribution du Dr Azor aux soins de santé en Haïti a été traitée avec autant d’indifférence que celle du romancier Joseph D., on ne pourra jamais déterminer la juste place qui revient à cet homme dans la société haïtienne. Que ce soit à titre de médecin ou d’écrivain.

 

Une passion commune pour Jérémie

 

En relisant la très belle lettre que Dieffen m’a adressée à la sortie de mon livre De mémoire de Jérémien — Ma vie ma ville, mon village, je me suis rendu compte d’une évidence : aucun hommage posthume, aucun rappel des grands moments de sa vie ou de notre amitié ne pourrait dire autant sur ces sujets que les trois premiers paragraphes de cette lettre que je garde précieusement.

 

« Port-au-Prince, le 31 mars 2010

 

Très cher ami,

 

Vous souffrirez que je vous presse très fort contre moi, dans la cordiale sincérité d’une amitié retrouvée. Cinquante deux ans ! On aurait pu mourir entretemps tous les deux. À Dieu ne plaise! 

 

J’ai bien envie de vous dire que j’ai dévoré votre livre. Un thriller. Chaque ligne fait palpiter mon âme, pince mon coeur, depuis la description de Nan-Goudron jusqu'au rappel douloureux de la mort subite de Toto Fénelon, notre condisciple, notre ami, l’homme au sourire franc, à la poignée de main chaleureuse. La mort est un passage naturel. Aucune dérobade possible. 

 

Je ne suis pas sûr qu’un lecteur non Jérémien puisse ressentir à ce point un tel impact ; cette vaste fresque panoramique qui me dévoile au frais toute mon adolescence, toute ma jeunesse, tout mon passé. J’expérimente ici une occasion privilégiée de remettre mes pas dans mes propres pas. C’est merveilleux. S’en dégage alors une volupté multiforme qui distille un tel délice que l’adulte vieillissant que je suis offrirait l’univers entier pour gommer le présent et recommencer la vie. Mais le temps inexorablement nous bouscule sans répit, sans aucun respect pour l’attrait irrésistible de nos traces indélébiles.

 

Notre quête instinctive, consciente ou inconsciente, de bonheur affectif, économique et social nous pousse sans cesse vers le large, quoique notre subconscient, sauvegarde lucide et vigilante de notre ego, reste constamment orienté vers nos racines. C’est un paradigme, une réalité comevas – aucun homme normal ne saurait chercher à y échapper… »

 

Un attachement indéfectible à la terre natale

 

Au moment où Dieffen arrive sur le marché du travail, fin des années 1960, la fuite des cerveaux bat son plein en Haïti. La décolonisation a ouvert des débouchés alléchants en Afrique francophone, tandis que le Canada et les États-Unis ouvrent bien grandes leurs portes à nos diplômés. Dieffen refuse de sauter dans le train en marche, convaincu que le devoir le retient parmi les siens. À un ami qui le voyait 20 ans plus tard comme chercheur dans une
grande université nord américaine, il répondit : « Je suis déjà trop vieux et je n’ai plus la force de lutter… Je reste parmi les miens. »

 

Dieffen, j’aurais voulu te dire que tu as fait le bon choix. Mais comment puis-je en avoir la certitude? Je sais seulement qu’en prenant cette décision, tu as agi à l’instar de tes héros favoris des tragédies grecques et des drames cornéliens. Ne serait-ce que pour cette raison, tu as droit non seulement à la considération et à l’admiration des membres de ta famille, mais aussi à l’affection et au respect de tous les anciens camarades de classe, compagnons d’infortune et autres témoins de tes succès et de tes grandes réalisations.

 

**********

Cet itinéraire cahoteux rétabli dans l’atmosphère de deuil où tout paraît très sombre pourrait laisser l’impression que l’ami disparu n’a connu que des déboires. Cela est certainement faux, car ses réalisations ont dû lui apporter de grandes joies. Il a décroché le diplôme de docteur en médecine pour lequel il a lutté de toutes ses forces. Il a monté une clinique et s’est bâti une clientèle dans le milieu qu’il voulait servir. Il a publié deux excellents romans et laissé
plusieurs bons manuscrits. Il a épousé une femme qu’il a beaucoup aimée et qui lui a donné six enfants.

 

Si le présage du papillon noir l’a poursuivi jusqu’à son dernier souffle, le fervent chrétien qu’il a été n’a jamais perdu la foi. Tel que je l’ai connu, il a dû affronter tous les déboires de l’existence en murmurant : « Seigneur, que ta volonté soit faite et non la mienne. » Très jeune, il avait lu et relu le livre de Job dans L’ancien testament et c’est sans doute là qu’il a puisé l’extraordinaire détermination qui a été son image de marque.

 

Dieffen, pour le grand latiniste que tu as été, je reprends le refrain que nous avons si souvent marmonné en l’écoutant des lèvres du révérend père Péron et du soliste Ti-Louis Moreau à l’église Saint-Louis et au cimetière de Jérémie :


Requiescat in Pace…

 

Que ton âme repose en paix!

 

 

Références bibliographiques
AZOR, Joseph D. (1982). Danièle Desormeaux, Imprimerie
Deschamps, Port-au-Prince.

 

CAVE, Eddy (2009). De mémoire de Jérémien — Ma vie ma ville, mon
village, CIDIHCA, Montréal. Une deuxième édition, revue et augmentée, a été
réalisée en 2011 chez Les éditions Pleine Plage, Pétion-Ville.

 

BERROU, Raphaël F., et POMPILUS, Pradel (1982). Histoire de la
littérature haïtienne illustrée par les textes, tome 1, Éditions Caraïbes,
Port-au-Prince.


ROUZIER, Arthur Rouzier (v. 1984). Les belles figures de l’intelligentsia
jérémienne du temps passé et présent, Imp. Service Multi-Copies. Sans
références bibliographiques.


18/11/2015
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Un baobab s'est assis! Un Mapou s'est incliné!

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MAX, JE NE TE DIS PAS ADIEU !

Je ne te dis pas Adieu parce que plus que jamais tu es près de moi.

Tu m’as accueillie comme une Amie, dès mon arrivée dans ton pays.

Une année plus tard, tu t’offrais à moi comme un Grand-frère.

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Une autre année encore, tu devins mon Conseiller, mon Guide, la Canne sur laquelle je prenais appui,

La Lumière qui éclairait mes tâtonnements, sur les chemins sinueux de ma recherche de moi-même.

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Puis tu fis de moi ta fille spirituelle, ta dernière-née, devant Dieu, les Ancêtres et nos Esprits.

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Dans l’éloignement physique, tous les matins, au réveil, ta voix jaillit du petit magnétophone

Et me donne la force d’affronter les journées qui s’enchaînent.

Il y a moins d’une semaine, surmontant la fatigue, la faiblesse et la maladie qui minaient ton enveloppe charnelle,

Tu m’as offert, encore une fois, un présent inestimable : celui d'entendre ta voix !

Nous avons parlé, échangé, et, comme d’habitude, tu as conclu : « Très bien !»

Je ne pleure pas. Je ne pleurerai pas.

Parce que tu  n’auras pas voulu que je le fasse.

Parce qu'une seule certitude m'habite à présent: plus que jamais tu es là, ici, présent à tout instant.

Et plus que jamais, tu me tiens par la main comme tu savais le faire

Tu me donnes la force, le courage de continuer à avancer

Sur le chemin que tu as tracé pour moi,

Ce chemin sur lequel tu as placé mes pas.

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Non, Max, je ne pleure pas, je ne pleurerai pas!

Puisque tu es là ! Dans la Force Forte de toutes Forces!

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Et je te dis : Ayibobo !

Et tu réponds : Ayibobo !

 

Alphonsine, ta fille spirituelle pour l’éternité des éternités.


13/09/2015
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Serge Picard est vraiment parti (par Eddy Cavé)

SERGE EST VRAIMENT PARTI!

Par Eddy Cavé

Ottawa, Le 14 août 2015

La nouvelle est tombée comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu. Pris une première fois au piège des rumeurs circulant sur cet ami que j’appelais  affectueusement Capitaine Fracasse, je refusai dans un premier temps d’en croire

mes oreilles. Les confirmations se sont ensuite déroulées de minute en minute de sorte qu’il n’était plus question de douter. Paresse, lassitude, refus de me redire, je ne sais, j’ai sorti du dossier Souvenirs de mon disque dur une page écrite le 25 décembre 2010, le lendemain d’une première annonce du décès du Capitaine.

Connaissant son sens de l’humour et son mépris de tout ce qui s’appelle danger, je n’avais pas hésité à la lui envoyer pour le taquiner… et aussi pour le rappeler gentiment  à l’ordre.  Peine perdue, car cet homme n’était né ni pour la monotonie de la vie de bureau ni pour l’ennui dans lequel s’enlisent la plupart des retraités de notre âge.  En guise de condoléances, je  partage aujourd’hui ce texte avec Nelly, Johanne et Tanya, avec Milo et Fanfan, avec Eddy L., Colette, Carlier et Yves,  membres de la famille élargie, et au cercle des amis qui connaissaient nos sentiments réciproques…

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                                     Notre dernier petit-déjeuner au domaine Kay Benn à Patte-Large

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APRÈS MAÎTRE PARNELL, SERGE PICARD…

Par Eddy Cavé,

Ottawa, ce samedi 25 décembre 2010

 

Au moment où je faisais fiévreusement mes dernières courses de la veille de Noël, j’ai reçu sur mon portable une mauvaise nouvelle que je souhaite être au moins la dernière du genre pour 2010. Le même ami Cécil Philantrope qui m’avait annoncé le décès de Parnell au début de la semaine m’appelait de New York pour me dire que notre ami d’enfance Serge Picard venait de décéder à Miami. Quel choc!

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                                                                   Le visage d’un homme heureux!

 

J’ai revu ensuite notre enfance à Jérémie où Serge était le genre d’enfant que toutes les mères auraient voulu avoir : calme, assidu à l’école, attentif, ne faisant jamais d’escapades ni de folies. Après un début de carrière très prometteur aux États-Unis, il retourne au pays dans les années 1970 où on le retrouve dans l’humanitaire, plus précisément à la tête de Secours catholique. Dans les années 1980, nous vivons avec Jean-Claude Fignolé, Jean-Gérard Gelée, Kaptenn Julio et divers autres amis d’enfance d’intenses moments de bonheur à parcourir en bateau la baie de Port-au-Prince, les plages de La Gonâve, les Cayemite, les Basses, etc.

 

Établi avec son épouse Nelly à Patte Large, près de Corail, où il avait repris la direction des propriétés familiales, il mène la vie d’un gentleman farmer, s’achète un nouveau voilier et participe à toutes les activités sérieuses de relèvement de la Grand’Anse. Sans être un élu comme Jean-Claude Fignolé, il semble jouer un rôle des plus actifs dans les activités de l’Association des maires de la Grand’Anse (AGAMA), ainsi que dans la conception et la mise en œuvre d’un grand nombre de projets en cours dans l’arrondissement.

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                                                                      Entre Vilbrun et Gérard

 

Serge était sur tous les fronts en même temps, dans les projets de développement, les activités récréatives, la production agricole. Je venais de découvrir qu’il collaborait avec Francisque Mayas, à titre de membre du Comité de rédaction,  à Promo-Magazine, le bimestriel de l’association jérémienne Promo-Culture. Cet homme-orchestre parti, il faudra une infusion massive de sang neuf pour remettre le malade sur pieds. C’est par des actes concrets et non par des mots que nous, de la diaspora, devrons tenter de combler le vide créé par son départ.

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                   Vue partielle d’un souvenir de notre enfance à Jérémie. Serge est au centre de la deuxième rangée. De g. à dr. : Raymond René, Maurice Bontemps (†), Serge, Jean-Gérard Dégraff, Ripert Clermont (†),  Dac Cadet, Fred Vilaire.

1ère rangée : Eddy Lévêque, l’ami de toujours; Serge Bontemps; Jacques René; Charlie Roumer; Frère Pierre; Yves Bontemps, son compagnon des derniers jours; Francis Besson.

On voit aussi sur cette photo Guy Félix, Eric Girault, Eddy Cavé, Lockner Bourdeau, Jean Dimanche, Jean-Arthur Rouzier, Jean-Claude Jacob, Carl Alcindor, Serge Cabane, Serge Legagneur,  Rony Apollon, Carl alcindor, Ernst Pierre, Gérard Chassagne, etc.

On reconnaît à l’avant-dernière rangée Fred Sansaricq exécuté sous Duvalier en 1964 et son frère Daniel, tombé les armes à la main en 1968.

                                             MON COMPAGNON DE VOILE N’EST PLUS!

                                                                     Par Eddy Cavé

                                                        Ottawa, ce vendredi 14 août 2015

 

Par suite de la disparition soudaine de Serge, mes voyages au pays natal ne seront plus les mêmes. Si je perds en lui un ami d’enfance, un frère avec qui je passais des journées entières à parler de tout et de rien, je perds le seul compagnon de voile que j’avais au pays depuis le départ de Jean-Arthur pour le Mexique et de Jean-Claude pour l’Argentine. Je me rends compte aujourd’hui que, par-delà tous les souvenirs communs qui pouvaient nous unir, la passion de la mer et  de la voile était devenue au fil des décennies un des ciments de notre amitié. Que ce soit à Port-au-Prince ou à Jérémie, nous ne pouvions converser dix minutes sans qu’il ne me pose cette question-invitation classique : Ki lè nou pral bay de kout gouvènay?

 

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Toutes affaires cessantes, je partais avec lui en direction des Arcadins où il avait un ou deux voiliers. Une fois le voilier gréé, il s’installait au gouvernail et je suivais ses instructions. Le bonheur était alors parfait pour nous deux. Serge n’était pourtant pas, comme nous autres,  un gars du bord de mer. Mais de la colline de La Providence où il a grandi et d’où il avait le port et la mer à ses pieds, il observait au jour le jour  le va-et-vient des bateaux, les voyant même mieux que nous. C’est sans doute ainsi qu’il a développé une passion de la mer aussi forte que la nôtre. Et quand il a quitté les États-Unis dans les années 1970 pour œuvrer au pays dans le domaine de la coopération internationale, il a donné libre cours à son désir le plus profond : maitriser la mer, ses secrets, ses caprices. Il y a réussi puisqu’après avoir affronté en mer tous les dangers possibles et imaginables, il est tombé sur la terre ferme comme un arbre géant arraché par un ouragan.

 

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                                       À bord d’un de ses voiliers à Patte-Large en juillet 2011

 

Comme mon beau-frère Jean Martineau, terrassé par un arrêt du cœur à l’École des gardes-malades de Jérémie, Serge n’a pas eu le temps de souffrir et est parti en plein combat. Jean en sortant d’une salle de cours; lui, au lendemain d’une journée d’élections qui comptait beaucoup pour Corail, sa ville d’adoption. Un combat   pacifique pour ce pays  qu’ils ont aimé comme un être de chair et de sang. Pour la Grand’Anse à laquelle ils étaient viscéralement attachés…

À la nouvelle du décès de Jean Martineau en 2008 et de mon arrivée à Jérémie pour les funérailles, Serge était parti précipitamment de Port-au-Prince avec Donald pour aller assister notre famille. Un geste d’amitié que je ne suis pas près d’oublier… Trois ans après, il rentrait à Jérémie spécialement pour m’emmener en séjour chez lui à Patte-Large. Quel enchantement que ces journées passées dans le décor idyllique de Kay Benn rehaussé par la touche très personnelle qu’y apportait Nelly. Un autre moment inoubliable de mes séjours au pays natal!

Promenades à pied au lever du soleil pour explorer le domaine en humant l’air frais du matin, en écoutant le chant des oiseaux. En marchant sur les feuilles sèches ramollies par la rosée. Souvenirs d’enfance communs et expérience différentes de l’adaptation  à l’étranger, etc. Je découvre sans transition la majesté du domaine, la luxuriante végétation de ce coin de pays protégé des prédateurs par le mauvais état des routes…

 

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                                                          Au cœur du domaine Kay Benn

 Au détour d’un sous-bois, je découvre ce ruisseau qui coule sur les terres mêmes de cet ami d’enfance converti en gentleman farmer. Milo m’en avait parlé, mais je n’aurais jamais pu le visualiser… C’est en fait la seule fois de ma vie que je parcours le domaine privé d’un ami. Du Nikon acheté précisément pour ce voyage, je mitraille le paysage sans avoir la moindre idée de l’usage que je ferais un jour de mes clichés…

Après un délicieux déjeuner santé, c’est le moment fort du périple, l’appel du large. Le vent du matin est frais et promet une promenade tranquille. Tout se passe bien en effet et je joue les marins avec quelqu’un qui connaît la mer.

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                                                                               Avec le chien fidèle

Après une promenade dans les eaux de Patte-Large en compagnie de son chien fidèle Benn, nous partons visiter les amis retournés à Corail : Irène, qui devait nous quitter peu de temps après; Rolin retourné depuis à Ottawa; Christiane qui me fait parler à Georgia, à Pestel. La dernière escale est pour Michel qui nous fait un accueil réception dans la plus pure des traditions de Corail.

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                                     En compagnie de Michel, que je retrouve avec un grand plaisir

 

Une forte averse éclate pendant que nous mangeons chez Michel.  Mais, nous sommes en bonne compagnie, la bouffe est excellente et le Scotch fait des heureux goût. Sur le chemin du retour, je découvre l’un des plus beaux paysages de la vie. Après la forte averse qui vient de balayer la ville, Lacombe a pris les couleurs d’un film de répertoire. À travers les teintes de gris qui se reflètent dans une mer aux couleurs changeantes, je surprends le soleil couchant en train de se frayer timidement un  passage entre les nuages. Je saute de l’auto et je réalise les plus belles photos de ce voyage.

 

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D’expérience, je sais que les plus beaux couchers de soleil ne sont pas néces-sairement ceux des journées ensoleillées qui, en fin de compte, se ressemblent presque tous. Aussi ai-je pris depuis longtemps l’habitude de guetter ces moments très particuliers où le mélange de nuages gris et d’une forte humidité modifie le paysage de façon tout à fait inattendue : « Viens par ici », me dit Serge en m’entrainant vers un coin encore plus pittoresque.

 

La vue d’un groupe d’enfants jouant et chantant auprès de quelques épaves et l’amoncellement de « roches blanches » au premier plan  de ce paysage de rêve déclenchent chez moi une véritable euphorie. Je fais ainsi, du même coup, cinq ou six photos aussi belles les unes que les autres. Mieux encore je découvre que, dans les conditions de luminosité existantes, ma lampe-éclair part toute seule et accentue le blanc des roches, laissant le restant du paysage à la lumière du jour :

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Le lendemain matin, je visitais les installations de préparation et d’entreposage du riz produit sur la ferme. Cent vingt sacs par mois, me dit-il. Impressionnant! Blan Pika dans la peau d’un entrepreneur, jonglant habilement avec les charmes de la vie rustique, les plaisirs de la mer et les exigences concrètes de l’exploitation agricole. Difficile de concilier cette image avec celle du Capitaine Fracasse…

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                                                     Un dernier contrôle de qualité!

Pendant que nous dégustons une tasse de café produit sur les terres mêmes de Serge, nous entendons le ronronnement bien familier d’un moteur : « C’est Michel, me rappelle-t-il, qui vient te chercher pour le retour à Jérémie. » Sans trop y penser, on se dit un au-revoir devenu depuis deux jours le dernier adieu!

 

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                                                  À l’entrée du Domaine par la mer!


28/08/2015
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L'hommage d'Eddy Cavé à son Ami et Frère le Docteur Henri (Rico) Labrousse

EN SOUVENIR DU Dr HENRI (RICO) LABROUSSE

Par Eddy Cavé,

Ottawa, le 6 mai 2015

eddycave@hotmail.com

 

Après que le temps, qui transforme et efface tout sur son passage, aura accompli son œuvre destructrice, il restera dans la mémoire de celles et de ceux qui ont connu Rico le souvenir impérissable d’un être exceptionnel sous toutes ses coutures : érudition, entregent, intelligence naturelle habilement développée, compétences professionnelles et autres, franchise, intégrité. À quoi s’ajoutent des qualités telles qu’une élégance physique et morale naturelle, un sourire désarmant et une chaleur humaine hors du commun. Bref, des qualités que j’ai rarement vues réunies avec autant de bonheur chez un même être humain. J’arrête pour ne pas laisser l’impression de verser dans un panégyrique de circonstance. 

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Tommy et Dimitri, sous le regard captivant de Rico

De toute façon, tout a déjà été dit par les parents et amis qui se sont succédé,  le samedi 25 avril dernier, au lutrin du parloir funèbre Urgel Bourgie. Marita nous a surpris et profondément touchés en révélant, dans J’ai quitté mon pays, les talents de compositeur de son père.  On eût dit la grande chanteuse engagée du Chili Violetta Parra interprétant Gracias A La Vida la veille de sa disparition tragique. 

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Militante communautaire du Sud-Est d’Haïti et révélation du jour

 De son côté, Yanouchka était sublime dans le message d’adieu à son héros. La traduction créole  du poème anglais « If » de Rudyard Kipling faite par son jeune frère Robert, rentré lui aussi d’Haïti pour la circonstance, était en soi un éloge, indirect peut-être, mais complet. Enfin, je ne vois pas où Carole a  bien pu trouver  le courage nécessaire pour exécuter à la lettre le scénario des funérailles pensé jusque dans le détail par le cher Rico.

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Un des moments forts de la cérémonie

Si j’écris cette page aujourd’hui, c’est simplement pour partager avec les amis présents aux funérailles mes souvenirs personnels de cet ami commun pour qui semble avoir été écrite la chanson de Jean Ferrat que Malou a chantée à la demande de Carole :

« Tu aurais pu vivre encore un peu
Pour notre bonheur, pour notre lumière
Avec ton sourire, avec tes yeux clairs
Ton esprit ouvert, ton air généreux. »

 

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Malou, Yves-Marie, Max, Raymond et Dimitri interprétant la chanson.

(On ne voit pas Tommy, mais il était là.)

 

« Tu aurais pu vivre encore un peu
Mon fidèle ami, mon copain, mon frère
Au lieu de partir tout seul en croisière
Et de nous laisser comme chiens galeux…
Tu aurais pu vivre encore un peu… »

Je ne sais pas combien de fois j’ai entendu cette chanson, mais c’était toujours de façon un peu distraite. Cette fois-ci, j’ai découvert, sous l’apparente simplicité du texte, la sensibilité à fleur de peau de Ferrat,  la profondeur du texte et la beauté de la mélodie. Et ce refrain, qui malgré la consigne de Rico, nous plongeait dans une tristesse bien légitime. Rico, tu ne voulais pas que nous soyons tristes, mais nous n’avions pas d’autre choix. Chacun a fait son possible, mais à un certain moment, c’était trop…

 

 

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« Tu aurais pu vivre encore un peu! »

 

En écoutant maintenant encore ce refrain, je ressens la tristesse – pour ne pas dire le remords – de n’avoir pas tout fait pour te visiter plus souvent à Sherbrooke, pour meubler mon esprit au contact du tien, qui était ouvert à tous les courants d’idées. Regret de n’avoir pas profité davantage de l’érudition qui faisait de la moindre conversation avec toi quelque chose d’aussi enrichissant qu’un cours magistral. Regret aussi des occasions perdues de blaguer des heures entières en écoutant les belles chansons haïtiennes d’autrefois que Carole et Nicolas connaissaient aussi bien que nous.

Chacune de nos rencontres était un plaisir renouvelé, une sorte de nouvelle découverte de l’autre. Comme ce matin d’été où nous avons épluché des blés d’Inde dans ta cuisine comme de vrais gens du pays! Je n’oublierai jamais la chaleur de l’accolade avec laquelle tu m’as accueilli l’été dernier à mon arrivée au pique-nique annuel de Sherbrooke. René, Toutousse et toi m’attendiez au portail. Comment aurais-je pu alors imaginer que neuf mois après, nous serions tous en train de fredonner :   

                             «  Tu aurais pu rêver encore un peu. »

 

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Avec Rico en compagnie des Duperval au pique-nique de 2014.

(Courtoisie de Fréro Léon)

 

Le sérieux professeur d’endocrinologie que Rico était à l’hôpital univer-sitaire de sa ville était dans l’intimité un farceur au grand cœur, qui savait profiter des choses les plus simples de la vie, rire aux éclats, mater le konpa comme n’importe quel jeunot. Qui savait aussi se laisser aller pour profiter pleinement des moments de bonheur que la vie nous réserve, même quand la maison mise en vente attend encore une reprise du marché pour partir ou que tout ne se passe pas comme nous l’aurions souhaité. Aucun témoignage, aucune photo ne peut mieux que ce cliché de Fréro témoigner du côté bon enfant que Rico a entretenu chez lui jusqu'à son dernier souffle. 

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Dans la chaleur de cette belle journée de l'été 2014, Rico observe!

 

***

J’ai connu Rico à Port-au-Prince, il y a plus de 50 ans, dans la tourmente des luttes démocratiques marquées par la création de L’Union nationale des étudiants haïtiens (UNEH). Rico militait activement dans cette fédération d’étudiants en qualité de membre de l’Association des étudiants en médecine (ADEM). De mon côté, je militais  dans l’Association inter-lycéenne d’Haïti, dont j’étais un des fondateurs. La rencontre mémorable de février 1960  au cours de laquelle le cortège des universitaires de la génération de Rico  a procédé à un échange de fanions avec les lycéens au Champ de Mars symbolisait la passation du flambeau de la lutte aux plus jeunes. Rico et moi avons souvent évoqué le souvenir de cette journée d’émotions intenses immortalisée par la photo qui suit (Collection du CIDIHCA).

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                Lycéens et universitaires fraternisant durant le carnaval 1960

Trois mois plus tard, le mouvement étudiant affirmait, toujours au Champ de Mars,  une indépendance farouche face à la dictature naissante  des Duvalier et  à l’ambassade américaine. C’était pendant la semaine de l’Université, et l’ami Guy Lominy lançait, au pied de la statue de Dessalines, les mots d’ordre de la lutte contre la dictature et l’impérialisme, ainsi que les slogans de l’autonomie universitaire et de l’amélioration du climat des études.

 

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Manifestations commémorant la création de l’UNEH, 18 mai 1960

Parmi les souvenirs, chers à notre mémoire, de cette période exaltante de l’apprentissage de la jeunesse universitaire au combat politique, j’ai retenu la photo ci-dessus et celle de la page suivante  que Rico connaissait et aimait beaucoup aussi.  Elles en disent long coup sur l’ampleur des défis de l’heure et sur le courage qu’il a fallu aux universitaires de l’époque pour affronter leurs tout-puissants adversaires.

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Étudiants se rendant au Champ de Mars le 18 mai 1960

 

Dans l’euphorie du succès apparent de ces mobilisations de masse, nous avions surestimé nos forces et engagé avec le pouvoir, en novembre de la même année, un bras de fer  qui allait nous être fatal. Une grève générale illimitée qui se solda par la fermeture de l’Université d’Haïti, la création de l’Université d’État d’Haïti, la dissolution de toutes les associations de jeunesse du pays, bref la militarisation du pays tout entier. La fuite des cerveaux, qui se poursuit encore, avait commencé. Dans les représailles qui suivirent, Philippe, le père de Rico, perdit  son emploi de fonctionnaire, et chaque membre de la famille Labrousse dut réorienter sa vie en fonction de la nouvelle donne. On connaît la suite.

 Pendant que Rico terminait sa résidence et entrait au Canada, je me repliais à Jérémie, puis je partais étudier au Chili. À mon retour au pays en 1967, il était déjà au Canada, de sorte que nous ne nous sommes revus que dans les années 1970. Rico était marié à Yannick et moi à Marie-Cécile.  Karine et Yanouchka étaient déjà nées, ainsi que mes enfants Johanne et Martin, qui sont du même groupe d’âge. Ils ont toutefois eu des occasions de jouer ensemble, en compagnie de Stéphanie, la fille de Serge Pierre, pendant des vacances d’été à Montréal. J’ai retrouvé  avec grand plaisir la photo ci-dessous de nos cinq enfants à Ville Saint-Laurent au début des années 1980. Dommage qu’ils ne se soient jamais revus par la suite!

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De g. à dr. : Karine, Martin, Yanouchka, Stéphanie et Johanne

 

 Notre destin d’émigrés nous ayant projetés vers des villes différentes, Rico à Sherbrooke, moi à Ottawa, nos rencontres ont été très espacées au cours des dernières décennies. Toutefois, c’étaient chaque fois des moments d’émotion intense et  de joie profonde que Carole partageait avec nous avec la plus grande spontanéité.

 

Une anecdote chère à ma mémoire de septuagénaire. Je suis en Haïti en 2013 pour la promotion d’un de mes livres et je me rends le vendredi soir à mon night club préféré, le Presse Café. Pendant que je converse avec mes cousins Boy et Yanick, malgré les décibels étourdissants que le groupe Ju Kann projette dans la salle, je remarque sur la piste une étrangère en train de danser un konpa endiablé avec une aisance surprenante. Perdu dans mes pensées, je me contente de regarder distraitement les danseurs qui ont investi la piste de danse.

 

La chanson terminée, cette  dame s’assoit et l’instant d’après retourne sur la piste. Intrigué par le naturel avec laquelle elle danse et croyant voir en elle un visage familier, je m’approche d’elle et je la reconnais : « Mais c’est Carole! ».  Et une voix d’homme, bien familière elle aussi,  enchaîne: « Eddy, sa wap fè la a? » C’était Rico. Je n’en revenais pas. Ils étaient comme deux cégépiens en congé d’hiver sous les Tropiques, manifestement heureux et contents de se retrouver entre amis, frères, sœurs, cousins, cousines… Nicolas, lui, préparait son MBA et devait encore bucher dur. Le lendemain, Carole et Rico partaient pour Jacmel et moi, vers Jérémie de sorte que nous ne nous sommes pas revus en Haïti. Nous nous sommes toutefois repris à Sherbrooke durant l’été, avec René, Toutousse, Max, Gisèle et les autres. C’était toujours comme si nous nous étions quittés la veille.

 

Revenons à l’édition 2014 du pique-nique de Sherbrooke dont je garde le plus agréable des souvenirs. Activiste communautaire comme mes amis de Sherbrooke, je participe activement aux événements de ce genre à Ottawa et ils me procurent autant de plaisir. C’est donc avec une joie immense que j’ai vu les vieux amis Raymond, Rico, Carole, René, Toutousse, etc. se dépenser toute la journée du samedi et retourner sur le site le dimanche matin pour superviser le nettoyage et le remettre aux propriétaires tels qu’ils l’avaient reçu. Nous connaissons bien le vieux dicton :  Apre bal, tanbou lou!

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La relève semble assurée!

 

Avec le souci de l’avenir que Rico et son groupe ont toujours eu, ils ont bien préparé la relève. Après la génération de  Ti-Kabzy, qui entretient depuis longtemps déjà le flambeau allumé par les parents arrivés à Sherbrooke dans les années 1960, on voit déjà poindre la cohorte des petits-enfants. L’avenir leur appartient et nous n’avons aucun motif d’inquiétude. Déjà, une place très large est faite aux jeunes qui apportent des idées neuves d’année en année, et ils prennent de plus en plus d’initiatives. Les cheveux gris ou platine cèdent graduellement la place aux cheveux noirs et aux crânes rasés. Dans cinq ou dix ans, le paysage aura complètement changé. Pour le meilleur ou pour le pire!

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Ti-Kabzy pendant la soirée dansante 2014

 

Rico ne voulait pas qu’on soit triste à sa mort. Selon ses dernières volontés, le service funèbre devait être plutôt une célébration de la vie. Carole, Nicolas, Malou, Yves-Marie, Max, Raymond, Tommy, Dimitri et tous les proches ont tout fait pour respecter ce vœu. Rico avait lui-même demandé à Malou de chanter Amazing Grace et elle s’est acquittée avec brio de cette difficile tâche. Soprano dans le chœur de l’Orchestre métropolitain de Montréal, Malou était tout à fait à son aise dans cette célèbre hymne chrétienne composée par un capitaine de navire négrier devenu pasteur anglican après un naufrage.

 

Dans le  répertoire de Malou, il y a une chanson que Rico aimait beaucoup et demandait à chaque occasion. C’était Loraj Kale, l’adaptation créole faite par Jacqueline Scott-Lemoine de La graine d’ananar écrite par  Léo Ferré et popularisée par Toto Bissainthe. Elle n’était malheureusement pas de mise ce jour-là.

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DURANT LE TÉMOIGNAGE POIGNANT DE KARINE

 Et pour clôturer la cérémonie ponctuée d’éloquents témoignages de tendresse et d’affection, le groupe a interprété, à la demande de Carole, le chant d’inspiration africaine Papa Loko Ou Se Van, qui ne pouvait pas mieux tomber :

                   Papa Loko ou se van, pouse n ale

                   Nou se papiyon n a pote nouvèl bay Agwé…

 

J’ai appris ce jour-là par Fidèle, le beau-frère de Rico, que cette chanson est encore chantée telle quelle dans les rites funéraires du Cameroun.

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Durant l’interprétation de Papa Loko

  Adieu, mon frère Rico. Merci pour cette phrase lourde de sens écrite en pensant à nous : « À mes amis qui m'ont permis de donner un sens au mot fidélité ».  Mais face à un ami comme toi qui enseigne par l’exemple le sens des mots amitié, générosité et amour poussé jusqu’à l’oubli de soi, la fidélité cesse d’être un choix pour devenir un simple réflexe.

 « On aurait pu rire encore un peu
Avec les amis, des soirées entières,
Sur notre terrasse aux roses trémières
Parfumée d'amour d'histoires et de jeux. »

 

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ADIEU RICO! DANS LES LARMES

ET DES  SOURIRES DEVENUS BRUSQUEMENT TRISTES


23/05/2015
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