Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

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Points de vue


Carjo Mouanda, l'indigné

« Le chant des indignés" est le titre du recueil de poèmes de Carjo Mouanda publié chez « l’éditeur militant La Doxa Editions. »

 

 

 

 

« Carjo est un poète francophone, né à Pointe-Noire en République du Congo. Il découvre dès son entrée au collège l’univers poétique et y trouve une forme d’expression libre pour exprimer l’indignation, la révolte et le désir ardent de vérité. » Telle est la présentation de Carjo qui figure à la quatrième page de couverture de son livre.

 

J’ai connu Carjo, il n’y a pas si longtemps par le miracle du « virtuel ». Je le sais bosseur, sérieux, respectueux des délais fixés dans le cadre d’un travail et surtout possédant l’esprit d’équipe. Bref, le profil de personnes que j’aurais recrutées sans peine lorsque j’étais encore dans mes activités professionnelles.

Quelle ne fut mon agréable surprise lorsque, hier 30 septembre 2017, à la Foire du Livre de Charleroi (Belgique), lorsque je découvrais, en bonne place sur le stand de La Doxa Editions, le recueil de poésie de Carjo que je me suis procuré !

 

Les vers s’y égrènent tels des grains de chapelet ou tels des petits cailloux qui conduisent de la profondeur d’une douleur singulière à une douleur plurielle qui ne connaît pas de frontières comme cela ressort dans les deux extraits suivants:

 

« Mon cœur se trouble au regard

Du chagrin des vies poignardées

Par le cataclysme d’une misère

Fabriqué par le venin de nos

Dirigeants. » (p.10)

 

« …De Gaza défiguré, se lève un cri inoffensif

D’un peuple sans terre et sans identité

Abandonné aux sentiments insincères

Du monde

Qui accable le dialogue par des

Bombardements.

Voilà un monde où les humains ne se

Comprennent

Chacun croit habiter le cœur de la

 Vérité invisible

Oubliant la fibre naissante de nos

Amours fraternels

Sans s’inquiéter de nos

Comportements sanguinaires. » (p.14-15)

 

Révolté, Carjo l’est ! Rebelle, il l’est aussi ! Indigné encore plus : 

 

« Mes larmes refusent de tomber pour

La justice

Ma voix refuse de se taire dans la luminosité

Ma force dénonce ce jeu débile qui

Laisse sur la langue

Un goût amer du sans humilié et

fusillé. » (p.10)

 

Mais, aussi grandes que soient ses souffrances, le poète dans un effort presque surhumain ne se laisse pas dominer par ces états et lance ces paroles d’espoir:

 

« Disons non à la barbarie,

Oubliant toutes nos divergences

Pour créer un nouveau monde sans

Frontières

Un monde sans haine ni complexe,

Un espace vivable pour tous. (p. 18)

 

« Sur les cimes

Des géants du Congo profond

Un même cri se lève

Paix, paix, paix. » ( p. 24)

 

« Je serai la rose d’un ciel sans

Ordonnances

Aussi fraîche qu’une nuée d’idée. » (p.43)

 

« Au regard d’un Congo si fort

Je serai debout à la croisée des vies

Avec un poème à la main

Et un vers sur mes épaules lassées

Pour cerner la profondeur de laCruauté terrestre. » (p.58)

 

À signaler que Carjo est l’auteur de « Cri de douleurs », recueil de poèmes paru en 2013 ainsi que des « Cygnes de l’Aube » et «  Sourds à l’appel de la Nature » parus dans deux anthologies de poètes du monde en 2011 et 2014.

Et comme on dit en Haïti : « Kenbe fenm, pa lage » Carjo ! (Tiens bon, ne lâche pas) Carjo !

 

Nyelenga

 


01/10/2017
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Le Berceau des dictatures

Yahya Jammeh a quitté ! La CEDEAO a réussi. Mon neveu Diallo est content au point de me dire « Maman, l’Afrique de l’Ouest avance, mais l’Afrique  centrale demeure le berceau des  dictatures ! » J’ai eu envie de lui donner une paire de gifles mais ces mots retinrent l’élan de ma main : « La vérité blesse !» Pourquoi gifler mon neveu Diallo alors qu’il n’a fait que dire la vérité ? Quand on regarde bien ce qui se passe en Afrique centrale comparée à l’Afrique de l’Ouest, l’honnêteté nous oblige a reconnaître que mon bougre de neveu n’a pas du tout tort !

Yahya Jammeh est parti et comme par hasard, il est parti en Afrique centrale. Là où il se sent en sécurité, là où personne n’ira le dénicher pour le traîner devant une quelconque cour : car tôt ou tard, en Afrique de l’Ouest la justice finit par vous dénicher ! Hissène Habré en sait quelque chose ! Donc l’Afrique centrale, berceau de toutes les dictatures, est le seul refuge sûr pour les dictateurs déchus.

Diallo est mon neveu, donc et forcément plus jeune, beaucoup plus jeune que moi. Je ne pouvais donc pas le laisser exhiber devant moi son sourire triomphant  et triomphateur. Il me fallait tordre sa joie (ça aussi c’est très Afrique centrale…) car nous, en Afrique centrale, nous avons l’esprit tordu et nous savons tordre les choses. Je n’ai pas eu beaucoup de mal à dégoter ma trouvaille. Il m’a suffit de me pencher un peu, juste un peu sur l’Afrique de l’Ouest.

« Ok Diallo, tu as raison, l’Afrique centrale est le berceau des dictatures. Mais l’Afrique de l’Ouest n’est-elle pas la mère de la poudre aux yeux ? Car vois-tu cher neveu, la Gambie est un petit pays enserré dans la bouche du Sénégal, sans aucune possibilité d’échapper aux dents qui bordent cette bouche. La Gambie se traverse d’un bout à l’autre en une seule journée. Et puis l’armée gambienne se résume à quelques bouts de bois de Dieu, pour reprendre cette expression de Sémbène Ousmane qui m’est si chère ! Ma question est , cher neveu : est ce que la CEDEAO aurait agi avec autant d’agilité s’il s’agissait de la Côte-d’Ivoire, du Togo, et même de cette Mauritanie qui a joué les médiateurs et proposé à Yahya Jammeh un exil doré à Shinguetti dans les dunes du Sahara ? »

Mon neveu Diallo baissa les yeux mais garda son sourire en coin !

Nyélénga

 


24/01/2017
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Innovations africaines

On entend souvent que l’Afrique n’innove pas ! Mais quand elle se met à innover, ses innovations sont toujours de taille ! Tenez, par exemple, Yahya Jammeh qui ne veut pas quitter la douce chaise du pouvoir obligeant le président élu à prêter serment en terre étrangère, même si entre le Sénégal et la Gambie on peut se demander qui est l’étranger de qui ?

Qui se souvient encore que dès sa prise de pouvoir par un coup militaire en 1994, la première sortie officielle de celui qui n’était alors qu’un jeune officier de l’armée fut à Dakar, Sénégal. Le premier discours de celui qui avait chassé le « Père Diawara » et qui devint le deuxième président de la Gambie se résumait à : « We must fight corruption ! » Finalement au fil des ans, la corruption qu’il voulait combattre a fini par le terrasser. Comme quoi, il ne faut jamais vendre l’ivoire de l’éléphant avant d’en avoir abattu le porteur !

 

J’apprends à l’instant que le président  Abdoul Aziz de Mauritanie a offert à Yahya Jammeh un asile doré dans la ville historique de Chiguinti en plein désert du Sahara ! Acceptera ? Acceptera pas ? En tout cas on verra ce que nous réserve l’homme des revirements spectaculaires !

En tout cas, ce qui se passe en Gambie vient enrichir le palmarès des innovations politiques africaines : innovations qui se résument dans cette chanson de Salif Keita qui remonte à 1989 : « Nous pas bouger ! » !

 

LLK

 


20/01/2017
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Ta douleur, la mienne!

Beaucoup d’auteurs africains décrivent des situations tellement similaires qu’on en vient à se demander s’ils ont le don d’ubiquité. Ce qui est sûr (comme on dit en Côte d’Ivoire), c’est que l’Afrique c’est l’Afrique et les maux qui minent ce continent sont les mêmes d’un bout à l’autre.

Après In Koli Jean Bofane dans ses « Mathématiques congolaises », voici Abdourahmane Wabéri qui, dans « Balbala »  (qui est à Djibouti ce que Kibéra est à Nairobi), tient des propos qui s’appliqueraient aisément à des situations ou à des personnes connues ou « cachées » au Congo-Brazzaville .  Je mets le texte qui suit De Wabéri,  en hommage à Augustin Kalakala .

 

Kalakala.jpg

« Il se sent à nouveau envahi par les souvenirs des chairs brûlées par les cigarettes et le chalumeau à soudure, des bouches édentées criant les sept misères de la détention arbitraire, des os fracturés, des ongles arrachés, des gorges tranchées, des testicules éclatés ou des tétons écrasés. Le pénitencier de Moulhoulé (la Maison d’arrêt ou le cachot de la DGST) de Brazzaville ???!!!) résonne des cris d’oiseaux nocturnes suppliciés à tour de bras. On y confond allègrement victimes et coupables, tous ruinés de l’intérieur. Le périple balisé du camp de sûreté se perd dans les ténèbres et la souffrance, la torture y est un plat ordinaire, servi en toutes saisons…

 

On ne peut pas ôter la vie impunément, c’est prohibé par tous les Livres saints. Gog et Magog, les monstres qui accostent les humains le jour du jugement dernier, risquent d’avancer la date de leur entrée en jeu. Asraël, l’ange de la mort, n’aurait plus qu’à les imiter. Vous voyez la débandade, tous les démons se donnant rendez-vous du côté de chez nous. Le sauve-qui-peut généralisé, même les étoiles prendront leurs jambes à leur cou. »

LLK


22/10/2016
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Lire « Sirène des sables » : anthologie de nouvelles.

Connue dans le panthéon vodou comme l’esprit des sources et des rivières, la Sirène est l’esprit du bien-être, possédant toutes les richesses des océans.

Reine des fleuves et des mers, des lacs, des rivières et des marigots, elle gouverne aussi les chutes d’eau sur les rochers desquelles elle aime s’installer pour se mirer tout en brossant ses longs cheveux.

Toujours dans le vodou, on dit que les chants les plus populaires de la sirène relèvent du rite Kongo. Pas étonnant quand on sait que Congo renvoie avant tout au deuxième fleuve le plus puissant au monde en débit.

Mais quand la Sirène quitte son habitat naturel pour s’installer dans les sables, on pense tout de suite aux déserts du Sahara ou du Kalahari. On pense aux torrents souterrains qui jaillissent des roches du désert pendant la saison de l’hivernage. On pense au duvet de verdure qui recouvre les vastes espaces du Sahel ou qui se love entre deux dunes.

Quand les sirènes quittent les eaux pour élire domicile dans les sables, tout devient féérique, magique et…sorcier !

Et, quand on touche à la sorcellerie, on est enchaîné, attaché, impuissant… D’où cette difficulté indépassable, insurmontable de vouloir présenter un livre qui ne se présente pas, qui parle de lui –même, qui se présente lui-même, qui se mire lui-même comme se mire la sirène dans le miroir liquide des eaux ou des sables mouvants à l’instar des dunes du Sahara qui se déplace nuitamment.

L’anthologie de nouvelles « Sirène de sables » ne se résume pas, ne se présente pas, ne se commente pas. Il se lit, assis sur une « dodine » (rocking chair), face à la mer de corail ou à un océan de dunes, les yeux mi-clos en se laissant bercer ou masser les épaules et la nuque par : Lydia Evoni, Assia-Printemps Gibirila, Liss Kihindou, Binéka Danièle Lissouba, Evelyne Mankou, Pénélope –Natacha Mavoungou-Pemba, Marie-Françoise Moulady Ibovi, Gilda Rosemonde Moutsara-Gambou, Huguette Nganga Massanga, Jussie Nsana, Marie-Léontine Tshibinda.

 

Nyélénga

 


13/05/2015
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