Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

CA VIENT D’AFRIQUE ? Hum !!!…

Tout le monde en parle. Au téléphone le traditionnel «bonjou, koman ou ye » (bonjour, comment vas-tu ? )  a cédé la place à « bonjou ou te gen sa ? » (bonjour, tu l’as eu ?). Sous-entendu le Chik, diminutif du Chikungunya, mot le plus utilisé en ce moment en Haïti.

C’est qu’une épidémie sévit en Haïti depuis un peu plus d’un mois. La confirmation de la présence de la maladie a été faite le 6 mai dernier par la Ministre de la Santé Publique et de la Population, lors d’une conférence de presse au cours de laquelle elle a précisé « qu’après analyse par le laboratoire Carfa de Trinidad et Tobago,  de 17 spécimens de moustique prélevés en Haïti, 14 se sont révélés positifs au chikungunya » (Haïti Libre).

Le chikungunya, est une maladie infectueuse tropicale, causée par un arbovirus, Alphavirus de la famille des Togaviridae, transmise par des moustiques du genre Aedes.  Seules les moustiques femelles piquent. Le nom chikungunya est d’origine makondée (une langue parlée en Tanzanie). (Le nom « courant », comme on le voit est bien différent du nom scientifique) du virus. Plusieurs traductions sont données au mot chikungunya: « maladie qui brise les os », « qui se recourbe, qui se recroqueville », « maladie de l’homme courbé ». Le terme aurait été trouvé pour la première fois dans une publication anglaise en 1954.

C’est dire que le chikungunya n’est pas une maladie nouvelle.  Dans un article datant de février 2010, Jean-Charles Batenbaum écrit que « le virus a été isolé pour la première fois en 1952-1953 lors d’une épidémie de fièvre qui sévissait sur le plateau du Makondé dans la province de Newala au Tanganyika (actuelle Tanzanie) et au Nord du Mozambique. Isolé ne veut pas dire fabriqué ou créé ! La maladie s’est répandue  en zones rurales d’Afrique subtropicale, et sous forme endémique dans des populations non immunes, en particulier urbaines, aussi bien en Afrique qu’en Asie du sud (Inde, Vietnam) ».

Le journal « Le Monde » souligne que le chik est arrivé en Europe en 2007 alors que, selon « Le Figaro » du 30 avril 2013, le moustique porteur du chik, originaire d’Asie,  est apparu en France métropolitaine en 2004, notamment  dans les Alpes-Maritimes avant d’être aperçu en Corse et dans le Var en 2007, puis dans les Alpes –de-Haute-Provence et certains quartiers de Marseille en 2010. En 2011, il s’est installé dans l’Hérault, le Gar et le Vaucluse.

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Un des moustiques vecteurs du Chikungunya. 

 

C’est dire que la maladie est en train de faire le tour du monde en avion, mais aussi en bateau de croisière, comme on le verra un peu plus loin. De l’île de la Réunion où le chik s’est fait connaître  entre 2005 et 2006 en touchant plus de 200 000 personnes, le virus avance à grands pas dans les îles de la Caraïbe, des Antilles et jusqu’en Guyanne où il a déjà été détecté.

D’après Le Monde du 9 avril 2014, le chikungunya qui progresse rapidement dans les Antilles, a été détecté pour la première fois dans la région début décembre 2013.  « La situation (dans les îles de l’Océan Atlantique) ne peut être comparable à celle de la Réunion (Océan Indien), poursuit l’article du Monde,  car il ne s’agit pas de la même souche. Le virus  est arrivé fin novembre à Saint- Martin par un homme revenu infecté d’un voyage en Asie, et probablement à nouveau piqué sur place par un moustique vecteur de la maladie. Son évolution n’est pas la même dans les  îles antillaises car il y a eu un décrochage dans le temps. Et l’épidémie n’a pas affecté toutes les îles au même moment : Saint-Martin avait plusieurs semaines d’avance, le virus est arrivé ensuite en Martinique car les bateaux de croisière y font d’abord escale avant d’aller en Guadeloupe ».

En France, la surveillance du moustique vecteur du chik avait commencé en mai 2006 dans 17 départements français situés dans le sud. En 2012, la liste des départements à surveiller s’est étendue incluant 8 nouveaux départements  où le moustique est désormais implanté. Des affiches sont depuis placées sur les murs des aéroports de la Métropole et d’Outre-Mer pendant la période estivale pour la sensibilisation des voyageurs sur le chik !  Mais qui, de nos voyageurs, d’ici et d’ailleurs, se préoccupent de la prévention ? L’important pour eux c’est plutôt ce qu’ils vont ramener au pays, « au bled » pour éblouir les « locaux » et leur montrer des preuves « bling bling » que, eux, viennent des pays « civilisés » où le moustique n’existe pas ! C’est ignorer que le monde aujourd’hui est un petit village ! Même le moustique l’a compris !

La question que l’on est en droit de se poser, est de savoir, si même les moustiques ont compris que la planète-terre est un petit village,  pourquoi donc les dirigeants de nos pays ne le comprennent pas et n’anticipent pas la sensibilisation et l’information des populations ?  La réponse peut se trouver dans la réaction de cet ami qui répondait à la question que se posait à haute voix un autre ami sur l’origine du chik : « ça vient de l’Afrique ! ». Et paf ! En effet, vu que le virus avait été détecté en Afrique et porte un nom africain, son origine ne peut être qu’africaine ! Ce que l’article du Figaro d’avril 2013 dément !

Mais, ne nous prenons pas la tête ! L’Homme le plus ancien ayant été trouvé en Afrique, il est tout à fait normal que l’origine de certains êtres vivants, y compris les moustiques-tigres, vecteurs du chik se trouve en Afrique ! Hier c’était le virus du SIDA, aujourd’hui c’est celui du chikungunya ! Ceci étant dit, n’est-il est pas grand temps que les humains comprennent ce que les moustiques ont compris !

Il convient de rappeler que jusqu’à présent aucun laboratoire n’a trouvé le vaccin contre le paludisme ! Mais les médicaments anti-rétroviraux ont vite été trouvés une fois que le monde a compris que le SIDA n’était pas d’origine africaine ! Par contre, le paludisme ? Bof, c’est une maladie d’Afrique, la Dèngue c’est une maladie des Amériques centrale et du Sud ! Et comme le moustique a décidé de nous donner une bonne leçon, il a traversé les Océans !

Et maintenant…Panique à bord !

Laissons le mot de la fin à Jean-Charles Batenbaum, déjà cité plus haut : « Aucun médicament n'a été mis au point à ce jour (contre le chikungunya) (dire que le virus a été isolé depuis 1952 !); seul un vaccin expérimental a été développé par l'Institut de recherche de l'armée des États-Unis. La souche vaccinale (souche thaïlandaise datant de 1962 atténuée par passages successifs sur cellule vero de singes) (sacrés singes ! encore eux !), a été cédée par l'Institut de recherche de l'armée des États-Unis à l'INSERM qui travaille actuellement sur la préparation d'essais de phase III chez l'homme (requalification en cours - mi 2007). La souche vaccinale est en cours de requalification en France sous l'égide de l'INSERM. En cas de requalification positive, des essais vaccinaux pourraient être menés en 2007 en métropole (essais de tolérance), puis ultérieurement en période d'épidémie dans un territoire français d'outremer (essais d'efficacité).

Nous sommes en 2014 ! Et le moustique-tigre continue de voyager ! Par avion ou en bateau de croisière !

Nyélénga.



16/06/2014
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