Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

CE BOKO HARAM QUI DEFIE LE GEANT DE L’AFRIQUE ET LES PUISSANTS DE CE MONDE!

Selon ce qu’écrit Alain Saint Robespierre dans l’Observateur Palaga de Ouagadougou (Burkina Faso) reprit par le Courrier International, le groupe islamiste Boko Haram fut créé en février 2002 par l’imam Mohamed Yusuf, théologien de l’Islam formé en Arabie Saoudite.

Chronologie des actes du groupe : (tirée du Courrier International qui reprend l’article de L’Observateur Palaga) :

22 décembre 2003 : Premières offensives de Boko Haram contre les forces de sécurité (du Nigéria).

Juillet 2009 : Les forces de sécurité affrontent les activistes du Boko Haram pendant cinq jours. Bilan : 700 morts dont 300 terroristes. Mohamed Yusuf est tué par l’armée.

Juillet 2010 : Abubakar Sheku se proclame nouveau leader de Boko Haram. Escalade de la violence qui fait plusieurs milliers de morts.

Août 2011 : Attentat de Boko Haram contre le siège des Nations Unies à Abuja. Bilan : 23 morts.

Mai 2013 : L’état d’urgence est instauré dans le nord-est du Nigéria. L’armée bombarde les villages suspectés d’abriter des membres de Boko Haram. En réponse, la secte rase des villages entiers, soupçonnés de soutenir l’armée.

14 avril – 15 avril 2014 : Boko Haram fait 70 morts dans un attentat à Abuja et enlevé plus de 200 lycéennes.

4 – 5 mai 2014 : 11 autres lycéennes sont enlevées. Attaque de Gamburu, ville du nord du pays, faisant plus de 300 morts.

Etc, etc, etc !!!!!

Et ça continue ! Mais jusqu’à quand ?

Le Colosse aux pieds d’argile

Les autorités nigérianes autour du Président Goodluck (Bonne chance) Jonathan semblent réduites à un immobilisme impuissant, voire néantisant ! On se serait attendu à ce que son prénom de Goodluck lui porte vraiment bonne chance ! Hélas, tout laisse croire qu’il devrait plutôt changer de prénom pour, désormais, porter celui de Badluck (Mal chance)!

Du coup, le monde entier découvre que le Géant de l’Afrique n’est autre qu’un colosse aux pieds d’argile. Car, comment comprendre que ce pays qui envoie des centaines de troupes dans toutes les missions de l’ONU dans des pays en guerre ou en situations d’instabilité chronique, ne soit pas capable de mobiliser ses troupes, toutes ses troupes pour affronter Boko Haram ?  Goodluck dont l’arrivée au pouvoir avait suscité bien des espoirs,  a perdu toute crédibilité sur le plan international et donne aujourd’hui raison à ceux qui étaient sceptiques lors de son élection. L’homme s’est avéré pas du tout à la hauteur pour diriger le Géant de l’Afrique ! Il n’a même pas su tirer les leçons de l’expérience de ses prédécesseurs. Il a cru que gouverner, c’est simplement s’installer au pouvoir, s’entourer d’une équipe (bonne ou mauvaise, peu importe), s’enrichir et ignorer les Damnés de la terre ! Au Nigéria, pays d’environ 168,8 millions d’habitants, le nombre des Damnés de la terre est loin, très loin supérieur à la moitié de cette population. Que dire du pétrole dont regorge le sous-sol du pays ? Pour un pays aussi riche mais tout aussi fragile, exploité par les plus grandes compagnies pétrolières du monde, on en est réduit à accepter que Ken Saro Wiwa fut assassiné pour rien ! Que son rêve ne deviendra jamais une réalité ; en tout cas pas dans les prochaines décennies !

Honteuse impuissance de la Communauté Internationale

Tout comme les autorités du Nigéria, la communauté internationale se contente de Déclarations qui ne font ni chaud ni froid aux adeptes de Boko Haram ! Des rumeurs ont même circulé sur le Net, d’un certain appui des Puissants de ce monde à la secte islamiste. Les questions qui reviennent à l’esprit de tous sont celles que pose Alain Saint Robespierre dans son article « La soif de sang » paru dans le Courrier International de mai 2014 : d’où provient « l’impressionnant arsenal de guerre dont la secte dispose, le nombre de combattants qu’elle entretient et les moyens de communication sophistiqués qu’elle utilise ? » La réponse à cette question se trouve dans le même article : Boko Haram « bénéficie des fonds secrets. De la même manière qu’elle bénéficie de complicités aussi bien au sein de l’armée nationale qu’auprès  de certains leaders religieux locaux. Sinon comment comprendre que, dans l’Etat du Borno, son fief, Boko Haram puisse cacher tous ces véhicules blindés et toutes ces armes automatiques sans qu’on s’en aperçoive ? » Pourtant, les moyens de localiser cette secte ne manquent pas à la Communauté internationale ! Faudra-t-il que le Nigéria bascule dans le chaos le plus total comme ce fut le cas dans certains pays pour que les Puissants de ce monde se réveillent ? Quand on voit tout l’arsenal déployé par les Puissants de ce monde dans certains pays, on est en droit de croire que le sort des victimes de Boko Haram ne les intéresse pas pour des raisons purement économiques. Que représentent 270 fillettes enlevées pour être données en esclavage ou mariées de force. Certes, des protestations se sont élevées partout, qui n’ont même pas fait à Boko Haram l’effet d’une piqûre de moustique !

D’aucuns ont avancé la thèse selon laquelle Boko Haram serait la résultante des inégalités entre le Nord et le Sud.  Cette thèse ne devrait pas être banalisée car, comme on le sait, les intégristes recrutent souvent sinon toujours dans les milieux les plus démunis. Tenter, non disons tendre vers une certaine répartition équitable des richesses du Nigéria ne pourrait que faire du bien aux deux immenses parties du pays et n’appauvriraient pourtant pas les Grotos (gros homme riches comme on les nommait en Cote-d’Ivoire !). Maintenir une inégalité fragrante entre le Nord et le Sud du pays ne fait que fertiliser une terre dans laquelle s’implantent les mécontentements et s’organisent les « laissés pour compte », ceux qui n’ont plus à perdre ni attendre de la vie et qui rejoignent ou rejoindront Boko Haram.

Le Nigéria a beau fait de nous produire des films Nollywood toutes catégories confondues, distribués dans plusieurs pays africains, il échoue honteusement face à Boko Haram et ne saurait plus servir ni d’exemple ni de référence aux autres pays africains !

Hydre Boko Haram

Que l’on ne se trompe point : les pays africains qui semblent ne pas se soucier de l’hydre Boko Haram et continuent de croire qu’il s’agit d’un phénomène purement nigérian jouent à la politique de l’autruche. Tous les pays frontaliers de ce géant aux pieds d’argile sont menacés ; le Cameroun en premier. On l’a vu lors de l’enlèvement des touristes français dans le parc de Waza ! Mais, il y a aussi le Tchad et la République Centrafricaine, déjà disloquée par la guerre civile provoquée par Bozizé et Djotodia et leurs milices, les Seleka et les Anti-Balaka.

A partir du nord du Cameroun, Boko Haram peut facilement atteindre le Tchad, la République Centrafricaine, et de là les deux Congos, et le Gabon ! Un jeu d’enfants pour Boko Haram qui pourrait coûter cher, très cher aux populations de ces pays, à l’instar de ce qui se passe au Nigéria !

Au-delà du Nigéria et de ses voisins immédiats, c’est toute l’Afrique centrale qui est ou devrait se sentir menacée.  Cependant, tout se passe comme si les dirigeants de ces pays étaient tous ignorants de la stratégie de l’hydre, surtout quand l’on considère la porosité des frontières de ses  pays

L’émission « La Grande Interview » de l’éminent journaliste camerounais installé au Congo, Elie Smith, a permis de faire la lumière sur la présence sur le sol congolais de la branche salafiste de triste renommée. A la question très directe du journaliste, l’Imam congolais Mohamed a répondu clairement qu’il est  « sur la piste des salafs » et l’autre imam congolais Oumar s’est exprimé sur la « pureté » de la branche islamique (salafiste) au Congo. Un jeu de mots qui ne saurait tromper personne quand on connaît les modes d’actions de ces groupes ! Un projet de construction, par le Qatar, de la plus grande mosquée de l’Afrique centrale serait en cours au Congo. Selon les deux Imams, un terrain aurait même été mis à disposition pour cette œuvre ! Qui plus est, pour eux, le Congo ayant abrité la capitale de l’Afrique Equatoriale Française (Brazzaville), il serait bon que le Congo abrite également la capitale de l’Islam (salafiste) ! Le questionnement d’Elie Smith (qui a dit tout haut l’inquiétude silencieuse de plus d’un congolais)sur une telle initiative dans un pays à majorité chrétienne et « animistes » (je n’aime pas ce mot mais je l’utilise quand même pour les besoins de la cause) ne peut que susciter l’inquiétude, voire l’angoisse de millions de congolais devant ce qui pourrait être considéré comme une décision « d’une insoutenable légèreté » de la part des autorités congolaises. Comment imaginer, dans ce pays qu’est le Congo, où l’on assiste à un retour en force des croyances et pratiques ancestrales, où de plus en plus de cadres supérieurs ou moyens et même des citoyens lambda repartent vers les initiations traditionnelles, comment donc imaginer que ce pays ouvre grandement ses portes à la branche musulmane la plus décriée de par le monde ?

Il ne saurait être question de contester les liens entre le Qatar et le Congo, entre musulmans et chrétiens si ce type de relations pouvaient s’arrêter aux différents caractères économiques et sociaux ! Cela se voit dans plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest à majorité musulmane.  Les autorités congolaises ne voient-elles pas ce qui se passe au Nigéria et au Mali ? Que l’on ne me comprenne pas mal ! Je n’ai rien contre l’Islam : j’ai vécu 8 ans au Sénégal où j’ai pu étudier en autodidacte les valeurs de cette religion abrahamique ; j’ai pu lire le Coran d’un bout à l’autre, ainsi de nombreux livres sur la tradition islamique. Sans parler de tous mes amis et frères musulmans de par le monde ! Ceci ne m’empêche pas de m’interroger sur les vrais raisons, les non-dits de cette poussée salafiste (qui n’a rien à voir ou très peu avec les principes l’Islam professé par la Prophète  Mohamad (Paix et Salut sur Lui) !

Intégrisme ! Pas seulement musulman !

Et, il faut le dire, il n’y a pas que l’intégrisme musulman ! Le Congo est un pays « FRAGILE » sur le plan religieux et sur le plan de la laïcité. Des quelques religions se réclamant du Christianisme, reconnues il y a environ 40 ans (le Catholicisme, le Protestantisme, le Kimbanguisme, les Témoins de Jéhovah, l’Armée du Salut et, dans une certaine mesure le Matswanisme), on a vu éclore des dizaines, pour ne pas dire des centaines de petites églises et sectes se réclamant du christianisme elles aussi, et d’autres religions importées : Shintoisme, Mahikari, Ekankar, etc. Dans leur prosélytisme, ces sectes ne connaissent aucune limite et ont fait toutes les preuves de non –respect des droits d’autrui à la tranquillité. Les autorités congolaises qui déjà ne parviennent pas à imposer la laïcité au Congo et à faire respecter la liberté et le droit des citoyens au repos sauront-elles endiguer les débordements et les actions de toutes ces sectes ? On connaît les nuisances sonores des sectes chrétiennes  qui, jour et nuit empoisonnent la vie des voisins avec des hauts parleurs hurlant des « Alléluia ! Amen ! » On connaît les appels à la prière des muezzins entre 4h et 5h du matin sans aucune considération pour les voisins. Sans qu’aucune force de l’ordre, aucune autorité ne prennent des mesures appropriées ! Et tant pis pour ceux qui souffrent d’hypertension ou autres maladies nécessitant le repos ! Le gouvernement congolais s’est montré carrément impuissant devant la multitude des Nzambé Malamu ! Saura-t-il empêcher les salafistes d’agir ? L’intolérance, caractéristique de ces multiples sectes aux prêches parfois d’une violence qui mettrait à rude épreuve la patience de Jésus Lui-Même ou la sagesse du Bouddha, ne mènera-t-elle pas un jour le Congo à une guerre des religions. Ça n’arrive pas qu’aux autres !!!

Au-delà du Congo

 L’éclosion et l’expansion des sectes chrétiennes n’épargnent pas bien d’autres pays. Si, en Europe, les possibilités existent de louer des salles insonorisées pour chanter et hurler des prières à Dieu, dans plusieurs pays sous-développés (le mot est utilisé à dessein) ceux qui ont le malheur de voir une de ces églises ouvrir ses portes à côté de chez ceux, vivent un calvaire inimaginable. Et l’on n’a pas le droit de protester. On subit sans rien dire. Dernièrement, en visite chez une amie dont la maison est mitoyenne d’une secte chrétienne dans le Nord d’Haïti, j’ai eu l’impression de me retrouver à Brazzaville où les « Alléluia – Amen » de Nzambé Malamu (église dont mon frère est Pasteur) m’empêchaient de dormir au point qu’un jour ma tension est montée à 19/9. Protester comme l’a fait mon amie (tandis que la direction d’une école située juste en face de l’église dont les hurlements pour demander au Seigneur d’exaucer leurs prières empêchent les élèves de suivre les leçons de l’enseignant qui beugle dans le vide) c’est oser accepter que les adeptes de ces églises vous accusent d’être l’incarnation de Satan.

Comme quoi, il n’y a pas que Boko Haram !

La différence est que chez moi à Brazzaville, c’est la résignation totale, aussi bien de la part des membres de ma famille que des voisins, tous victimes de Nzambé Malamu et que mon amie, elle, est bien décidée à aller jusqu’au bout pour harceler les autorités afin que son droit au calme diurne et nocturne soit respecté. Dusse-t-elle y laisser sa vie !

Nyélénga.



30/06/2014
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