Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

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DIEU, LES ESPRITS ET LE FOOTBALL

Je ne suis pas une fanatique du ballon rond, mais en mémoire de ma mère qui adorait le football et le « catch » au point qu’elle était toujours scotchée devant la télévision pendant toute la durée de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) et du Mondial, il m’arrive de temps en temps, quand la nostalgie due à son absence me poignarde les triples, que je me mette à suivre certains matchs.

Ce que j’ai constaté, c’est qu’au début de chaque match, la plupart des joueurs pour ne pas dire tous adressent une prière à Dieu, créateur du monde, pour que ceux d’en face qui sont aussi des créatures du même Dieu perdent !  Une façon de l’obliger à faire un choix, le mettant ainsi dans l’embarras !

Le match commence. On marque un premier but. Une des réactions immédiates est de pointer l’index et les yeux vers le ciel comme pour dire : « Il est vraiment Grand et Présent !», « Il existe ! » On fait le signe de croix pour remercier Dieu qui a permis ce but. On court, on hurle, on s’agenouille, on baise le sol,  on devient fou de joie ! En face, les autres, ceux qui encaissent le but, tombent-ils dans le doute de l’existence de ce Dieu qui n’a pas entendu leurs prières ? Ils se prennent la tête entre les mains. Que se passe-t-il dans leur esprit. Intensifient-ils leurs prières à Dieu ? Puis, voilà, eux aussi marquent un but. Même doigt levé vers le ciel ! Même baiser à la terre, le ciel étant trop éloigné pour un baiser ! Même regard de remerciement ! Dieu est juste, doivent-il se dire au fond d’eux-mêmes ! Il est là !

Pauvre Dieu, tiraillé entre les camps de Ses créatures qu’Il aime tant, de la même façon ! Porterait-il un habit que celui-ci serait en lambeaux mille et une fois tant chacun le tirerait de son côté !

Et il y a les autres ! Ceux qui ne font pas appel à Dieu mais aux Esprits et aux fétiches ! On raconte même qu’il y en a qui, la veille d’un match s’enferment dans une pièce noire, hermétique, histoire de faire appel aux Esprits ! L’image d’un criquet accroché au maillot d’un joueur pendant ce Mondial a fait le tour du monde sur Internet! Le criquet, cet insecte qui saute de branche en branche, qui ravage tout sur son passage. Les Egyptiens de la Bible comme les paysans agriculteurs du Sahel se souviennent du passage d’une nuée de criquets sur leurs plantations. Plus dévastateurs que le criquet, y a pas. Tout le monde l’avait compris ou du moins, moi je l’avais compris ! Le criquet était là ! Mais l’équipe a –t-elle gagné ce jour- là ? Je ne saurais le dire ! J’ai vu le criquet mais je n’ai pas suivi le match !

Il me revient à l’esprit, ce match de football lors des Premiers jeux africains organisés à Brazzaville par Jean Claude Ganga du 18 au 25 juillet 1965. J’étais enfant ! Il ne m’était pas permis d’aller au stade ! Mais, avec mes camarades, nous étions scotchés à la radio pour écouter les commentaires de Papa Henri Pangui, un coup déçu « ah yayayayayaya ! », un coup jubilant « regardez-le Mbono, Mbono, mwana moké (petit enfant), c’est ça vas-y Mbono !» Mbono était un des meilleurs joueurs et buteurs du club « Etoile du Congo ». Petit de taille, un peu comme Maradona ! On dit que les joueurs de petite taille sont souvent les meilleurs. Sauf le Grand Pélé Do Nascimento et Zinédine Zidane, le Zizou des Français ! L’homme au coup de boule historique !  Mais, revenons à nos moutons ! Lors donc de ce match resté historique dans mes souvenirs d’enfant, Papa Henri Pangui, voyant l’équipe du Congo menacée, passa son micro de commentateur au féticheur qui, sans doute suivait le match à côté de lui. Et on l’entendit hurler en direct : « Le charbon ! Monsieur l’entraineur faites donc comme je vous l’avais dit ! Mettez le charbon entre les deux poteaux du goal ! L’équipe adverse n’y verra que du noir ! Le charbon ! Mettez donc le charbon !!! » Ce qui n’empêcha pas la balle d’aller rebondir contre le filet ! Qui avait gagné ce match ? Je ne saurai le dire ! Ma mémoire n’ayant retenu que l’histoire du charbon !

A chacun ses croyances ! Au début de ce Mondial, on a vu en gros plan à la télé, ce féticheur africain paré de tous ses atours dont un énorme chapelet et marmonnant ses prières à Dieu ou aux Esprits. Ce qui n’a pas empêché son équipe de perdre et toutes les équipes africaines d’être éliminées ! Mais bon, comme je viens de l’écrire : à chacun ses croyances ! Même les plus saugrenues !

Un match de football, surtout lors des différentes compétitions internationales, ça rend vraiment fou !  Que le Brésil ou l’Argentine gagnent, tous les bidonvilles d’Haïti et d’ailleurs se vident de leurs habitants qui prennent en otage les rues, espaces publiques ! On bloque toute circulation ! On oublie la faim ! On oublie la misère ! On est heureux ! Le temps d’une victoire ! C’est quand même ça !

A chaque Mondial, son phénomène ! J’attends encore celui de ce Mondial-ci qui marquera mon esprit et mes souvenirs comme le coup de tête de Zidane ou le pas de danse de Roger Milla à chaque fois qu’il marquait un but ! Ne désespérons pas ! Aujourd’hui ou demain, se manifestera sans aucun doute le phénomène inoubliable du Mondial 2014.

Dieu sera au rendez-vous, c’est certain ! Les fétiches aussi ! Il fera jubiler les uns et pleurer les autres ! Pour Lui comme pour moi, après tout ce n’est qu’un jeu !

LLK



12/07/2014
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