Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

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Dix ans de CongoForum

Le samedi 6 juin s’est tenue au KVS (Théâtre Royal Flamand) de Bruxelles la célébration des dix années d’existence de Congoforum. Outre des passionnés du Congo et de l’Afrique comme Guy de Boeck, Thierry Michel, réalisateur des films « Mobutu, roi du Zaïre » et « l’Homme qui répare les femmes » son dernier film sur le Dr Mukwege encore dans les salles de la Belgique, on pouvait côtoyer des personnalités comme Thierry Delforge rentré de la Côte-d’Ivoire depuis peu, Peter Verlinden, journaliste très connu de la Radiotélévision Flamande , Suzanne Monkasa, Hélène Madinda, Denis Bouwen respectivement présidente d’honneur, présidente et vice-président de CongoForum.

Du côté de Bana Leuven (enfants de Leuven), association co-organisatrice de l’événement (et décidément très sollicitée dans ce genre d’activités), il y avait sa Présidente, l’incontournable Rina Rabau, accompagnée de deux autres tout aussi incontournables membres de cette association que sont Nadia Nsayi et la très discrète mais toujours présente Mwayé Essomè.

Dans cette énumération, il serait injuste de ne pas citer les deux jeunes rescapés des événements de janvier – mars 2015 à Kinshasa : Floribert Anzuluni et Franck Otété, tous deux leaders du Mouvement FILIMBI, organisateur de l’atelier du 14 mars 2015 qui valut l’arrestation des membres des mouvements -amies « Y en a marre » du Sénégal et « Balai Citoyen » du Burkina Faso. Des informations sur ces deux mouvements sont nombreuses sur la toile.

Au cœur de la rencontre du 6 juin, une question capitale : « Les relations belgo-congolaises », question autour de laquelle se sont articulées deux autres interrogations non moins importantes : « L’information rapproche-t-elle les populations belges et congolaises ? » et, « Regards croisés sur l’information, la sensibilisation et l’éducation au développement de la RDC, cas de Congoforum ».

Il n’est jamais facile d’aborder les relations belgo-congolaises sans se référer au passé commun de ces deux pays c’est-à-dire à la colonisation de l’un par l’autre. Bien que la plupart des orateurs aient voulu laisser de côté cette question épineuse et douloureuse, celle-ci s’est invitée elle-même par la voix d’un des intervenants depuis la salle, tant l’histoire des deux pays est intrinsèquement liée. Que ce soit hier ou aujourd’hui. Et on ne saurait parler d’aujourd’hui sans se référer à hier.

D’ailleurs, le premier thème abordé par Suzanne Monkasa n’avait –il pas pour mot-clé « le rapprochement », par l’information, des populations belges et congolaises ?

Malgré les efforts des uns et des autres pour éviter de jeter un coup d’œil sur le passé, une intervenante n’a pas manqué de rappeler qu’on ne saurait parler de rapprochement sans mentionner l’éloignement, la cassure, la rupture ou l’interruption qui ont dû, d’une manière ou d’une autre se produire à un moment donné de l’histoire ! Car, en vérité, on ne peut rapprocher que ce qui est éloigné. Le rapprochement implique aussi la reconnaissance, l’acceptation de l’autre et par-dessus tout une communauté d’intérêts. Or, peut-on dire aujourd’hui que la RDC et la Belgique en qu’états ont encore des intérêts communs surtout dans le contexte actuel de la globalisation et l’attrait qu’exercent de plus en plus l’Amérique du Nord plus que la Belgique sur les « cerveaux congolais » qui s’y retrouvent mieux reconnus et mieux intégrés que dans le pays de « l’oncle » ! Quand l’oncle ne veut plus du neveu, ce dernier va travailler dans le champ du voisin, augmentant ainsi sa production !!!

Alors que Suzanne Monkasa a beaucoup insisté sur l’existence réelle des « espaces de communication » belgo-congolais à l’instar de la plateforme Be. Gender à laquelle elle participe activement, Nadia Nsayi , vice-présidente de Bana Leuven et chargée des politiques chez Pax Christi et Broederlijk Delen a préféré camper sa grille de lecture des relations belgo-congolaises en cinq points à savoir les relations d’ordre politique, les relations militaires, les relations de développement, les relation économiques et les relations socio-culturelles.

Sans langue de bois, Nadia Nsayi a mis en exergue les défis auxquels fait face la Belgique « petit ami (du Congo) parmi les grands » qui ne saurait aujourd’hui « peser sur un dossier sans provoquer la colère de Kinshasa » ou encore « le manque d’ambition, de vision, de courage et de cohérence interne » d’une Belgique membre de la communauté internationale qui, n’utilise pas tous les atouts dont elle jouit par sa situation centrale en Europe et en tant qu’hébergeur de l’Europe pour se rendre plus visible et plus forte sur la scène internationale (NDLR).

Les débats ont atteint une « passion supérieure » lorsque la question de la réforme de l’armée congolaise, introduite par Nadia Nsayi dans son exposé a débouché sur l’épineuse et très douloureuse question des viols continuels dans l’Est du Congo et de l’impunité dont jouissent les auteurs souvent connus de ces viols, de ces actes barbares, mais  que personne, ni les congolais, ni la communauté internationale ne semble savoir comment y mettre fin. Pendant ce temps, ces criminels montent en rang et en grades dans des institutions d’un état géant mais fragilisé à l’extrême.

En tout cas, félicitations à CongoForum pour cet événement réussi et un grand bravo à la petite mais très dynamique équipe de Bana Leuven.

LLK



08/06/2015
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