Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

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Extrait de "Cyclone" d'Emilie Flore Faignond

«  Un cyclone qui a tout dévasté après son passage ! Que va-t-il se passer dans les jours, les semaines, les mois, les années à venir pour sa famille anéantie ? Que sera notre destin après Samantha ? Pour le moment je porte ma vie comme on porte un fardeau ; il y a des jours où cette existence me révulse ; je me dis que nous ne sommes rien que de la chair destinée à la putréfaction ! À quoi bon se battre pour respirer, alors que nous serons tus livrés à cette putrescence. Samantha se décompose déjà dans les entrailles sonégiennes parmi tant d’êtres inconnus dans ce cimetière lointain. Ma fille, si jeune, si belle livrée aux vers ! L’horreur !

Que sommes-nous venus faire sur Terre ? Que sommes-nous venus faire sur cette Terre, sinon souffrir. Toujours et encore plier sous le poids des épreuves auxquelles vous confronte la vie. Comme il me semble irréel, le monde de mon enfance, celui d’une enfant qui pensait que la vie était un cadeau et la terre un paradis. Il me semble que j’ai rêvé mon enfance ! Le monde enchanteur de cendrillon d’ébène.

Quand les idées morbides me traversent l’esprit, je m’efforce de juxtaposer à son beau visage figé ceux vivants de mes trois fils, de mon époux et de mes deux petits-enfants. Je les aime aussi d’un amour puissant, incommensurable, mais d’une façon bien différente de celle dont j’aime ma fille. Avec Samantha, mon unique fille, nous avions tissé des liens différents, ceux que tissent  dans la plus grande complicité une fille et sa mère. Toutes les mères vous le diront, toutes les mères comprendront si elles lisent mes mots. Quelle belle trame d’amour ! Elle était mon autre. Au fil des années, elle était devenue, en plus de mon enfant, mon amie, ma confidente, ma complice, la légataire de ma mémoire, de mes racines africaines combien précieuses. Nous étions les deux femmes de notre foyer. Quand mes yeux se posaient sur elle avec tendresse, c’était comme si je me retrouvais plus jeune à travers elle. Notre ressemblance, le reflet de l’une dans le miroir de l’avenir. Miroir brisé ! Visage balafré !

Comme elle me manque, ma Samantha ! Où est-elle ?

Si son âme a le don de nous voir vivre humainement, elle doit encore mieux se rendre compte de mon amour infini pour elle et connaître la lutte que je dois mener pour ne pas céder à la tentation d’aller la rejoindre là où j’espère la trouver…là où elle m’attend peut-être. »

 

 

Si pas toutes, en tout cas beaucoup de mères comprennent ce cri du coeur!

 

"Cyclone" est paru aux éditions Paulo Ramand.

 

LLK

 



20/10/2017
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