Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

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Extrait de "La couleur du vent" de Aïchetou Mint Ahmedou

« …Elle avait lu quelque part, elle ne se rappelait plus où, quelque chose dans ce goût-là, elle en avait peut-être inventé une partie, elle ne sait plus : «  La foi (ou la religion, elle ne se souvenait pas non plus) accorde l’incommensurable recours de se laver les mains des malheurs que la vie assène et de les mettre commodément sur le dos de la destinée. » Destinée transcrite des millions d’années avant la naissance de chacun, dans le grand Livre et sur laquelle personne n’a de pouvoir.

Le croyant n’a pas à culpabiliser ni à souffrir longtemps au sujet de ce qui a eu lieu et il n’a pas non plus à regretter ce qui n’a pas eu lieu. Quelle aubaine ! Il n’a qu’à déposer toute responsabilité aux pieds du Destin et s’en sortir satisfait de sa petite personne…

…Et si Ahmed la quittait maintenant ? Éventualité à laquelle elle ne songeait, malgré toutes ses belles résolutions, qu’avec une profonde souffrance. Et alors Reprends –toi la belle et garde ton sang-froid. Dans ce monde ici-bas, tu n’es qu’une fourmi, parmi des milliards de fourmis, dont la brève existence, en regard de l’éternité et de l’immuable, ne creuse pas la plus infime ride sur le visage impassible et impénétrable du destin. « Nous passons et la vie demeure. » Celui qui avait dit ça (elle ne se rappelait plus qui non plus) devait être aussi intelligent et aussi sage que Confucius.

Quand tu seras vieille et que tu repenseras) tout ça, ta détresse d’aujourd’hui te paraîtra bien puérile, vaine et sans mobile. Tu auras compris que dans la vie, le plus important, c’est d’assister au lever du soleil, de boire et de manger sans douleur et de profiter au maximum de la présence de ceux, parmi les gens que tu aimes, qui sont encore vivants.

Quand Taala est en proie à de telles pensées morbides, cela veut dire invariablement qu’elle a atteint les abîmes les plus insondables du découragement et de la lassitude. État d’esprit qu’elle avait en horreur. Elle fait alors tout pour s’arracher à l’étreinte de ces tentacules malsains.

Elle entreprit donc de réaménager sa chambre. Elle sortit l’armoire et l’entreposa dans le couloir desservant les chambres et le salon. Ensuite, elle s’attaqua aux matelas que, quitte à dormir par terre, elle remplaça par des zarbiyas rouges, que sa mère gardait pour les grandes occasions, dans un réduit situé au fond de la cour. Taala mettait tant de cœur à l’ouvrage, que tout le monde mit la main à la pâte, pour lui faire plaisir. Leur chaleur et leur entrain communicatif lui procurèrent un réel réconfort. Sa chambre s’en trouve considérablement agrandie. »

 

Originaire de Boutilimit (Mauritanie), la ville de Moktar Ould Daddah, premier président de la République islamique de Mauritanie, Aïchetou Mint Ahmedou est professeur de formation scientifique qui a embrassé l’écriture à travers des poèmes, des nouvelles et des articles sociaux dans divers journaux locaux. Mère de trois enfants et grand-mère, elle écrit aussi des contes pour enfants. Elle est aujourd’hui directrice d’un lycée de Nouakchott.

Son roman « La couleur du vent » a été publié aux Éditions de la Librairie 15/21 à Nouakchott, Mauritanie.

 

LLK



03/09/2016
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