Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

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Extrait de " Mathématiques congolaises" par In Koli Jean Bofane

Morceau choisi de « Mathématiques congolaises » par In Koli Jean Bofane

 

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« Après un coup pareil, Makanda aurait du mal à se remettre. Le président n’en ferait qu’une bouchée, c’était couru d’avance. Célio ne voyait pas comment il pourrait s’en tirer. Déjà, à ce stade – ci de l’opération, son sort était scellé. Les images, une fois de plus, allaient accomplir leur œuvre de sape. Pauvre siècle où l’esprit des choses ne comptait plus. Seules les apparences étaient prises en considération. Un peu de son virtuel, un succédané d’images et le tour était joué. On parvenait ainsi à tromper le spectateur le plus averti. L’imagerie de synthèse, genre vidéo-game était la référence visuelle. Avec des images de cette qualité, Makanda aurait beau affirmer n’avoir jamais participé à quoi que ce soit, personne ne le croirait. Célio imaginait le programme télé interrompu brusquement, le tumulte, les uniformes. La mise en scène de Tshilombo allait glacer le sang de plus d’un et cela tiendrait tout le monde tranquille pendant quelque temps. L’opposition comme la population. Célio observait les images sur l’écran et se dit que, bientôt, Makanda Rachidi n’aurait pas plus de consistance que celles que l’on était en train de retoucher devant lui. Le jeune technicien les isolait et les façonnait digitalement, selon les directives du patron du bureau Information et Plans. Accentuant les ombres, jouant avec celles-ci, les animant autour de Makanda numérisé, pour faire croire à une intense activité qui ressemblait furieusement aux préparatifs d’un coup d’État. L’image imprécise, couplée au son approximatif, avait encore de beaux jours devant elle pour mentir aux peuples. Après quelques clics patiemment dosés, après quelques coupés-collés et autres tours de passe-passe, le miracle se produisit devant Tshilombo et Célio. Là, devant eux, les lèvres de Makanda Rachidi se mirent à prononcer les paroles qu’on lui prêtait à cet instant précis…À la façon qu’avaient ces ombres de bouger, on pouvait aisément supposer que Makanda et ses sbires étaient prêts à mettre le pays à feu et à sang et à commettre le pire. »

Mon frère Kaputu en lisant ces lignes de Jean Bofane remuera ciel et terre pour le trouver et lui poser cette question : « Yango boni koo, ba tindi yo ? » Sous-entendu : qui t’a envoyé pour dévoiler ainsi (même dans un roman) les pratiques secrètes des hommes au pouvoir dans une certaine Afrique centrale ?

Quand les secrets deviennent publics, la fin n’est plus loin.

LLK



20/10/2016
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