Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

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Extrait de « Mets et merveilles » de Maryse Condé.

«  Ce goût pour le théâtre peut surprendre car dans toute mon œuvre ne figurent pas plus d’une demi-douzaine de pièces. C’est qu’un jour brusquement j’eus la révélation que je faisais fausse route et arrêtai net l’écriture dramatique. Si Gabriel Garcia Roy disait vrai, si le théâtre implique une communion immédiate et absolue entre auteur et spectateur, il devait être proféré dans une langue qui les réunissait étroitement. Dans un pays comme la Guadeloupe le théâtre ne devait pas faire appel à la langue de colonisation même si pour certains elle était devenue usuelle. Il devait être en créole, langue forgée par le peuple au cours de sa douloureuse histoire.

Quand ma mémoire revient à ces années-là, je suis frappée par ma boulimie de travail. À part les échappées au cinéma qui restait ma passion j’étudiais sans arrêt. J’avais toujours le nez fourré dans un livre, une revue, un journal. On aurait dit que je voulais rattraper tout ce temps passé à accumuler des expériences qui formeraient le terreau de ma créativité. Mes priorités absolues étaient bien sûr la rédaction de ma thèse et les révisions de mon roman Heremakhonon. Pourtant j’eus le temps d’écrire une nouvelle pièce de théâtre qui fut également publiée par les éditions Pierre-Jean Oswald et fut créée par une troupe sénégalaise de Dakar. Elle s’intitulait Mort d’Oluwemi d’Ajumako, Ajumako étant le nom d’un petit royaume du Ghana. Elle m’avait été inspirée par un fait divers qui avait fait grand bruit alors que je vivais à Accra. Rituellement après vingt ans de règne les souverains du royaume d’Ajumako devaient se suicider et laissaient place à leur successeur. Nana Prempeh III refusa de se plier à cette règle. Il emprisonna son héritier et fit bâtir un mur circulaire autour de son palais afin de se protéger de la colère de ses sujets. Or voilà qu’un moustique pénétra dans sa chambre, le piqua, lui inocula le microbe de la dengue hémorragique et qu’il mourut étouffé dans son sang. »

 

Toujours exquis les "Mets" concoctés par les mains de la grande Maryse! Et toujours envoûtants, les pays de "Merveilles" dans lesquels son écriture transporte le lecteur! 

 

LLK



02/02/2016
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