Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

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Faut-il avoir peur de l’évaluation ? par Wilfrid Azarre

En cette période des examens et autres évaluations des connaissances des élèves, Bric-a-Brac Ewur'Osiga donne la parole à Wilfrid Azarre du Ministère de l'éducation nationale et de la formation professionnelle d'Haïti, actuellement Doctorant à l'Université Laval au Canada.

I-                    Introduction

Les êtres humains sont porteurs d’un ensemble de valeurs qu’ils ont acquises au cours de leur existence et qu’ils utilisent pour porter un jugement sur la valeur des objets, des situations, des comportements, etc. L’évaluation est présente dans toutes les sphères de la vie quotidienne et permet de mesurer, de contrôler, de vérifier et d’interroger des domaines variés dont les politiques éducatives, sujet qui nous intéresse particulièrement. Faut-il avoir peur de l’évaluation ? Ma réponse est non. L’examen qui suit se propose de projeter un éclairage sur cette problématique.

II-                  Développement

Pourquoi nous ne devons pas avoir peur de l’évaluation ?

a)-L’évaluation d’un dispositif éducatif comme démarche aide les acteurs à connaître l’état d’avancement du processus de l’éducation. Elle renseigne évaluateurs et évalués sur leur progrès et leurs échecs et permet de revenir en arrière à des fins de remédiation. Elle peut éviter que la routine s’enracine dans les pratiques de l’évaluation ainsi que la mise en application d’un programme si on ne dispose pas d’informations pertinentes. Elle une source d’information qui oriente le jugement des acteurs (gouvernants, communauté et gouvernés).

Selon Bégin, Joubert et Turgeon (1999) et le Conseil scientifique de l’évaluation (1996) cités par Potvin (1998), l’évaluation des politiques consiste à produire des connaissances dont la visée est d’appuyer les processus de gouvernance et de gestion des politiques.  Cette définition rejoint en quelque sorte celle donnée par Pierre Stoecklin (n.d), directeur général des services de l’INSA de Toulouse. Pour celui-ci, l’évaluation des politiques est une opération qui vise à produire des connaissances sur les actions publiques. Généralement, on évalue toute sorte de chose et cette évaluation peut prendre deux formes, selon Nadeau (1978) : informelle et formelle. L’évaluation informelle réfère au jugement porté, par exemple, sur un déjeuner, sur le service d’un garagiste, sur un produit que l’on veut acheter. L’évaluation formelle, plus systématique, utilise des instruments élaborés qui servent à fournir des informations pertinentes afin d’apporter les améliorations nécessaires. C’est le cas des évaluations des travaux d’élèves, de l’évaluation de la réussite d’une classe sociale, de l’évaluation des résultats des établissements scolaires, de l’évaluation des phénomènes sociaux comme la délinquance juvénile ainsi que de l’évaluation des politiques éducatives.

 

 Généralement, nous avons besoin d’apprécier la rentabilité que génèrent les investissements des actions publiques. Les actions publiques sont des enjeux d’une extrême importance sur le plan de la cohésion sociale, de la compétitivité (Stoecklin (n.d). En tout état de cause et en tant qu’acteur social, les citoyens ont le droit de connaître si ces actions sont convenables pour l’État mais aussi si elles s’accommodent aux attentes des utilisateurs qui espèrent voir l’utilité de l’action publique.

 

b) -En connaissant l’état de la situation des politiques éducatives, en ayant les informations pertinentes, les acteurs peuvent prendre les meilleures décisions. Il peut s’agir de redéfinir une future politique ou d’améliorer une politique ancienne. L’évaluation peut également fournir les informations qui permettront ou participeront à la redéfinition d’un programme ou à la cessation d’une intervention dépassée, donc, ne répondant plus aux attentes (Hadjab et Vollet, 2008). En ce sens, elle aide les acteurs à poser des actes éclairés et informés. Ainsi, Baribeau (2012) mentionne que Hadji (2012) soutient la légitimité de l’évaluation dans la mesure où elle éclaire les acteurs sociaux pour qu’ils puissent décider en tout état de cause. L’évaluation des politiques éducatives, en fournissant des informations précises sur des critères définis, peut contribuer à harmoniser les actions de tous les acteurs qui interviennent dans le processus et favorise la mise au jour des enjeux liés au cheminement des élèves dans le processus de scolarisation (Morissette, 2009).

 

c)- Malgré tout, même si nous n’avons pas besoin d’avoir peur de l’évaluation, il faut faire attention aux choix des critères qui seront utilisés pour poser un jugement (efficacité, efficience, cohérence, impacts). Le choix des critères de l’évaluation doit être opéré avec prudence. L’évaluation sera utile et pertinente si elle est faite avec éthique. Et comme généralement l’évaluation des politiques amène des décisions, les évaluateurs doivent se préoccuper des conséquences de l’évaluation et des décisions qui en découlent et porter une attention particulière à ceux qui risquent de vivre une conséquence négative. Aujourd’hui, comme le soulignent plusieurs auteurs  dont Duru-Bellat et Jarousse (2001), Langlois (2004) et Hadji (2012) cité par Baribeau (2012), les responsables politiques mettent l’accent  sur l’efficience du système éducatif c’est-à-dire, sur la production de services et l’atteinte  des objectifs à moindre coût, sur son efficacité, c’est-à- dire l’impact de de la politique éducative sur les élèves issus de milieux défavorisés ou souffrants de handicap et sur son coût-efficacité, combien dépense-t-on pour mettre en œuvre l’évaluation de ces politiques. Il est juste, à ce propos, de faire la promotion d’une réflexion éthique pour pouvoir saisir les enjeux de l’évaluation dans le contexte scolaire actuel Et s’assurer que les politiques soient évaluées à des fins justes et de façon rigoureuse.

 

III- Conclusion

Bien que l’application de l’évaluation des politiques exige de la rigueur et de la probité des personnes qui la mènent, à défaut de quoi elle est susceptible de ne pas servir les fins pour lesquelles elle est mise en place, il reste que l’évaluation des politiques reste essentielle et positive. Elle amène les acteurs à opérer des choix en tout état de cause, grâce à des informations précises, pertinentes, choisies pour leur capacité à informer sur des critères utiles plutôt que de procéder sur la base d’un jugement arbitraire, à partir d’informations informelles et subjectives.  L’évaluation des politiques, en elle-même, est une pratique utile et importante.  Pour s’assurer de sa valeur, cependant, il reste essentiel de porter attention aux motivations et aux pratiques des évaluateurs.

 

 

Références

  Baribeau, A. (2012). Recension de [Hadji, C. (2012). Faut-il avoir peur de l’évaluation ? Bruxelles, Belgique : De Boeck.] Revue des sciences de l'éducation, 38 (3),  661-662.

Duru-Bellat, M., & Jarousse, J.-P. (2001). Portée et limites d'une évaluation des politiques et des pratiques éducatives par les résultats Éducation et Sociétés, 8(2), 97-109.

Langlois, L., & Lapointe, C. M. (2004). Gérer la réussite éducative : un processus responsable. Moncton, N.-B: Éditions de la Francophonie.

Nadeau, M. A. (1978). L’évaluation de l’apprentissage en milieu scolaire : un modèle d’évaluation continue. Revue des sciences de l'éducation, 4 (2), 205-221.

Morissette, J. (2009). Manières de faire l'évaluation formative des apprentissages selon un groupe d'enseignantes du primaire: une perspective interactionniste. Thèse de doctorat inédite.  Québec : Université Laval.

Stoecklin, P. (n.d). L’évaluation de politiques publiques. Directeur général des services de l’INSA de Toulouse. Extrait de : http://www.insa-toulouse.fr/bordeau/Rapport2009/pages/INSA_RA2009_OK180610.pdf

 

 

Wilfrid Azarre

Faculté des Sciences de l'Education

Université Laval.

Canada

 



28/06/2016
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