Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

L'habit qui fait le moine

Quand on vit sur une île comme Haïti, le penchant est très accentué de se croire le centre du monde, ou encore que le monde commence et finit sur le pas de notre porte ! Et quand, à cela s’ajoute des affirmations du genre « Haïti est le pays le plus au monde » ou encore « Haïti est le pays le plus pauvre de l’hémisphère nord » etc…, on finit par se dire et par croire que tous les malheurs du monde ont trouvé refuge en Haïti et qu’à Haïti appartiennent toutes les misères du monde!

Que nenni ! Haïti est certes un pays en voie de développement ; un des pays les moins avancés ; un pays pauvre, un pays aux catastrophes récurrentes ! Mais, l’évidence est qu’Haïti n’est pas le pire des pays en voie de développement.

Il y a quelques mois, et plus précisément au milieu de l’année 2013, je débarquais à l’aéroport international de Brazzaville (République du Congo) quand, je me fis apostropher par un ancien camarade d’université qui, me regardant de haut, n’a pas mis de gants pour me tenir ces propos : « Mais dis donc, j’ai appris que tu es en Haïti maintenant ! Et avec ça, tu es convaincue que tu travailles dans l’International ! L’International chez les autres, c’est Paris, Londres, Rome, New York, Washington, Moscou ! Tu ne peux tout de même pas, en travaillant en Haïti, considérer que tu es dans l’International ! Un pays pauvre comme ça… ! » Je croyais entendre l’humoriste Mahamane qui ironisait sur l’ignorance de certains journalistes après le séisme du 12 janvier 2010 !

Cette déclaration de mon ancien collègue, faite d’une voix de ténor et avec cette arrogance propre aux sous-développés mentaux fit se retourner plus d’un. Tous les regards sur fixèrent sur moi. Incognito à la descente de l’avion, voilà que je devenais, tout d’un coup, un curieux phénomène !  Mon apostropheur conscient d’avoir produit l’effet recherché enfonça ses mains dans ses poches et fit gicler du fond de sa gorge un éclat de rire qui, il en était certain, aller m’achever !

Revêtant alors mon superbe sourire en coin, qui faisait dire à un collègue ivoirien du PAM : « Alpha, quand je vois ce petit sourire en coin apparaître sur les commissures de tes lèvres, je n’ai qu’une envie : c’est de disparaître, parce que ce sourire à lui tout seul en dire plus long que des paroles ! », je répondais tout simplement à mon apostropheur « Tu ne sais pas de quoi tu parles ! Viens me rendre visite en Haïti, puis après on se donnera rendez-vous chez nous et nous pourrons alors continuer cette discussion fort intéressante ! » Sur ce, je récupérais mes valises et me dirigeai vers la sortie de l’aéroport international de Brazzaville. Il y a de cela, exactement six mois !

Et, me voici de nouveau à Brazzaville, décidée cette fois-ci, à faire mentir l’adage qui dit que « l’habit ne fait pas le moine » pour affirmer avec forte conviction que l’habit fait bel et bien le moine et le fait très bien même !

En Haïti, malgré les dégâts causés par le séisme du 10 janvier 2010, j’ai la possibilité de me connecter à Internet 24h/24, 7J/7 ! Il me suffit pour cela, d’acheter une clef USB/ Modem auprès de l’une des compagnies de téléphonie mobile. Je peux ainsi me connecter à la toile, surfer sur la surface du globe (ce qui me rappelle un ami- technicien ICT qui me reprochait d’avoir disparue de la surface du globe, alors que c’était lui qui n’arrivait pas à me localiser sur le Net !!!), envoyer des messages à mes amis et amies de l’autre côté de l’Atlantique, leur dire que j’ai une rage de dent ou une indigestion causée par la consommation excessive des bâtons de manioc ! Ou encore que je viens de me faire piquer par un énorme maringoin. 

A Brazzaville, depuis deux jours que je suis là, je me suis déjà mise au Prozac (la pilule du bonheur), j’ai déjà prononcé 1273 jurons (et pas des moindres !) et j’ai déjà vidé 72.5 bouteilles de bière. Histoire de me préserver du pétage de plomb. J’ai jeté 10 000 Francs CFA dans la caisse d’une des compagnies de téléphonie mobile en croyant que, plus j’en mettrais plus j’en aurais ! Eh non, c’est ne pas connaître le sous-développement de mon pays à qui Haïti n’a rien à envier, même pas son sous-sol engorgé de pétrole ! Pourtant, en roulant dans les rues crevassées de ma ville natale, qui elle non plus n’a rien à envier aux nids de poule de Port-au-Prince, des panneaux géants ne cessent d’écraser ma rétine avec leurs publicités pompeuses : « L’Internet Haut Débit est à portée de main » !

Qu’est-ce qui différencie au final mon pays natal de mon pays d’adoption ? La seule différence entre mon Congo et mon Haïti, c’est l’habit : le Congo est riche de son pétrole, de ses forêts, de ses rivières, de sa faune, de sa flore, de ses grandes gueules, de son arrogance, etc… Haïti est riche de ses mornes dénudés et chauves, de ses « savanes désolées », du peu qui lui reste de forêts, de ses rivières asséchées en saison sèche et ravageuses en saison pluvieuse, de sa fierté mal placée, de ses grandes gueules aussi, etc…

Mais, en plus, Haïti est quand même RICHE de ses facilités de connexion à Internet. A quoi ça sert de produire XXXLLL barils de pétrole par jour quand on ne peut même pas offrir à ceux en ont les moyens, la simplicité de rester connecter aux amis du reste du monde !

Au final, Haïti et le Congo, c’est même bagay, c’est la même chose ! Ici on porte des pagnes. Là-bas on porte des robes. C’est peut-être ce qui fait la différence !

De toutes les façons, mon inspiration s’éteint, vu que je ne sais même pas quand je pourrai accéder à mon blog et poster ce nouvel article !

LLK (enragée)

 



21/03/2014
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