Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

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L’Homme qui répare les Femmes : un film à voir

Son nom est Denis Mukwege. Il décide de faire des études de médecine à la suite d’une discussion avec son père : « Très jeune déjà, j’aimais accompagner mon père dans ses tournées. J’avais huit ans lorsque ce dernier fut appelé au chevet d’un enfant malade. Alors que celui-ci allait très mal, je vis mon père s’incliner, prier longuement, puis saluer la famille et s’en aller. Stupéfait, révolté, je l’interpellai : « Vous ne lui faites pas d’injection, vous ne lui administrez  aucun médicament alors qu’à la maison, lorsque je suis malade, vous me donnez des cachets. Vos prières, cela sert à quoi ? » Mon père me regarda longuement, et expliqua « je suis pasteur, je ne peux que prier. C’est tout ce que je peux faire pour ce garçon. » Ma décision était prise, j’expliquai à mon père que lui, il allait continuer à prier, mais que moi, j’allais devenir médecin, et que j’administrerais des injections aux malades. »

Ce paragraphe est tiré du livre de Colette Braeckman « L’homme qui répare les femmes. Violences sexuelles au Congo. Le combat du Docteur Mukwege .» livre à partir duquel un film, pas une fiction, un documentaire du même nom a été réalisé par Thierry Michel.

Le film a été tourné dans la zone de Bukavu (Sud-Kivu), entre collines verdoyantes et lac aux eaux couleur de plomb. Un paysage d’une beauté paradisiaque, qui, pourtant, cache  tant d’horreurs visibles par les uns, invisibles par les autres. Un film qui vous arrache des larmes de colère, d’indignation, de honte aussi. Dans la salle du cinéma Vandôme à Ixelles, ma voisine de droite m’a tendu un mouchoir pour essuyer mes larmes, tandis que celle de gauche a simplement éclaté en sanglots tant la réalité de ce documentaire dépasse de loin la fiction !

C’est dans son hôpital de Panzi que le Dr Mukwege traite les femmes victimes de viols, de mutilations et autres atrocités commises à leur endroit par des hommes sans foi ni loi vêtus de l’uniforme de combattants qui sèment la terreur dans l’est de la République Démocratique du Congo depuis des décennies.

Pendant les 112 minutes du film, on voit le Dr Mukwege, tantôt souriant ou carrément riant au milieu des femmes qu’il a réussi à « réparer », ces femmes qui s’étaient mobilisées en mettant dans une cagnotte leurs maigres, très maigres revenus pour faire revenir de son « exil involontaire » celui qui désormais était devenu pour elles « leur père, leur sauveur ». Tantôt on le retrouve, transformé en psychologue, dans une salle où sont filmées de dos des jeunes filles victimes de viols, chassées de leur famille, de leur village, à qui il essaye de redonner espoir, l’espoir d’une vie à reconstruire, une vie à faire renaître, tenter d’obtenir un petit sourire qui percerait la lourde chape de souffrances, de traumatismes, de barbarie  qui s’est abattue sur ces vies à peine écloses à la vie. Une barbarie dans laquelle nous plongent ces mots du Dr Mukwege : « Je constate des lésions totalement inhabituelles, des plaies qui ne peuvent résulter que de positions très particulières dans lesquelles les femmes ont été placées. Les femmes n’ont pas seulement été violées, elles ont été mutilées à l’aide de différents outils. Des viols collectifs ont été commis, les maris, les voisins, les enfants ont été obligés d’assister aux opérations. Des clitoris ont été coupés, des seins sectionnés. Les viols se sont déroulés sans autre motivation que faire souffrir, humilier : après l’acte, parfois collectif, des soldats ont déchargé leur arme dans le vagin de leur victime… » No comment !

Un des moments forts du film est celui où l’on voit un Denis Mukwege, révolté, au bord de la crise de larmes et de désespoir, sortant de la salle d’opération d’où il vient de tenter de « réparer » une petite fille de 8 ans victime d’un viol perpétré par un groupe d’hommes en uniforme. On y voit le Docteur retirer ses gants de chirurgien, prononcer d’une voix étranglée : « Même à 20 ans, elle n’aura pas de vie sexuelle ! »

 

A lire absolument : « L’homme qui répare les femmes. Violences sexuelles au Congo. Le combat du Docteur Mukwege » par Colette Braeckman.

A voir absolument : « L’homme qui répare les femmes. La colère d’Hippocrate. » Le film fait en ce moment le tour de la Belgique et sera en salle durant tous les mois d’avril et de mai.

A visionner absolument : www.Mukwege-lefilm.com

Nyélénga

 

 

 



22/04/2015
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