Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

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« N’être » : le roman de Charline Effah

Le titre du roman de Charline Effah est, à lui tout seul une invite à la philosophie.  Entre le « être ou ne pas être » de Shakespeare au « N’être » de Charline Effah, on se retrouve à un carrefour.  Le carrefour de la vie qui s’accroche aux parois d’un ventre qui n’en veut pas : « Tu avais tout essayé : de la douche vaginale aux racines de papayer, l’introduction de fibres végétales, tu t’étais même assise, jambes entrouvertes, sur une pierre brûlante. Et le sexe en feu, tu avais attendu, pleuré, espéré et guetté que quelque chose sorte de là. Quelque chose qui ressemblerait à une boule de sang, à un début de vie. Une vie. » (p.11).  La vie, quand elle doit vivre, elle vit ! Quoi que l’on fasse !  On ne le sait que trop bien !

« N’être » est le récit de la vie de millions d’enfants,  non désirés, nés malgré eux ! Mais ne naissons-nous pas tous malgré nous ? La vie s’impose à nous comme elle s’est imposé à Lucinda Bidzo, petite « tache indélébile marquée sur le fronton de cette famille fière et peuplée de magnifiques petits êtres dans les rires desquels j’entendis l’écho, fait de railleries et de sarcasmes, de ma différence » (p.22). La différence ? La noirceur de sa peau  (J’étais beaucoup trop noire, p.21) qui la distinguait des autres nés du Père (dont le nom n’est pas cité) et de la mère, Medza, à qui le roman s’adresse à la fois comme une longue accusation, un long plaidoyer, le cri ininterrompu d’un amour inexprimable mais réel.

On avance dans le livre comme on évolue dans la coriacité de la vie. De courbe en courbe, de méandre en méandre, de station en station. Comme dans le poème Desiderata de Max Ehrman, « malgré les vicissitudes et les désenchantements » la vie de Lucinda Bidzo vaut la peine d’être vécue !

« Oublier la moue sur ta bouche, le regard assombri par les regrets. Oublier ta voix éteinte, atone, dissoute dans le vide et l’attente. Oublier de passer inaperçue. Oublier ma couleur. Oublier ma différence. Oublier d’aimer. Oublier qu’aimer, c’est savoir se perdre une fois, deux fois, trois fois, autant de fois que le cœur en décidera, c’est-à-dire toute la vie » P.32.

Du rejet par l’autre à son acceptation finale, de la découverte de soi, de sa finitude à la rencontre avec  sa plénitude; du déni de l’amour au triomphe de celui-ci. Un amour fait de violence, de pudeur. Un amour qui trouve son expression dans le pardon, qui n’est autre que la rencontre avec soi et avec l’autre par la magie du pardon unificateur :

« Pour la première fois de ma vie, je sentis l’absence laissée par ma mère. Ce n’était pas comme cette absence que j’avais ressentie dans la chambre de bonne lorsque j’étais enfant. Cette absence n’était ni abandon, ni rejet. Elle était la voie. Celle qui allait me mener vers une vie plus sereine. ..Je ne veux pas oublier. J’ai décidé seulement de pardonner. Me pardonner et te pardonner. Pardonner pour les vides et les façons égoïstes dont on cherche à les combler. Pardonner pour les larmes creusées par l’attente et les silences. Pardonner pour les peines infligées et les peines reçues aussi. Pardonner pour les promesses non tenues. Pardonner pour les mensonges. Pardonner pour ne pas avoir compris qu’en laissant faire, je nous tuais. Pardonner d’avoir joué avec le feu, avec l’amour et les cœurs. Pardonner pour le temps perdu à se perdre. Pardonner pour les plaisirs volés, les baisers à la sauvette. Pardonner pour les chantages, les manipulations et les menaces. Pardonner. »

Avant de tourner la dernière page de « N’être », le roman de Charline Effah, on se surprend à chantonner, malgré soi le « Ho’ oponopono hawaïen :

« Je suis désolé,

S’il te plaît, pardonne-moi

Je t’aime

Et je te remercie ! »

Je te remercie Charline pour la profondeur de ce voyage à travers ton roman ! Je te remercie de m’avoir prise par la main. Je te remercie de m’avoir tendu ton livre comme un miroir dans lequel  je me suis perdue avant de me retrouver !

Nyélenga



11/05/2015
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