Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

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Non à la Zombification

Dans son « Manifeste pour l’Egalité », Lilian Thuram écrit : « Maman était un roc sur lequel la famille s’amarrait. Sa parole valait plus qu’aucune autre. On ne pouvait échapper à son regard, ni à son autorité…J’ai compris bien des années plus tard que l’origine de ce mode de fonctionnement remontait sûrement à l’époque de l’esclavage, quand le rôle de l’homme était réduit à celui de simple géniteur, comme les articles 12 et 13 du Code Noir de 1685 régissant l’esclavage dans les colonies françaises le stipulaient clairement: - Les enfants qui naîtront des mariages entre esclaves seront esclaves et appartiendront aux maîtres des femmes esclaves et non à ceux de leurs maris, si le mari et la femme ont des maîtres différents… nous voulons que, si le mari esclave a épousé une femme libre, les enfants, tant mâles que filles, suivent la condition de leur mère et soient libres comme elle, nonobstant la servitude de leur père, et que si le père est libre, et la mère esclave, les enfants soient esclaves pareillement ».

Lilian Thuram continue en se posant les questions suivantes : « Pourquoi continuer à réduire, associer systématiquement le multiculturel à des problèmes de couleur de peau ou de religions ? » Et d’affirmer : «  Quand j’ai vécu en région parisienne, j’ai baigné dans un métissage de cultures et de langues avant de m’imprégner de la culture provençale, italienne et catalane au fur et à mesure des équipes de football auxquels j’ai appartenu…L’identité est-elle figée ? N’évolue-t-elle pas en fonction du lieu, du milieu familial, social, professionnel, et de l’enseignement que l’on reçoit, de nos rencontres et de nos lectures aussi ? De nos jours, les stigmatisations liées à la couleur de la peau véhiculent encore cette idée d’infériorité et engendrent nombre d’exclusions, de mises à l’écart et de conflits. »

Citant un article de Bruce Clarke dans son livre Dominations (Homisphères, 2006), Thuram note ceci : « A chaque étape, chaque période, un alibi, une justification, avec une profusion de textes et d’images, de discours officiels pour présenter cette nouvelle domination comme annonciatrice d’un « ordre nouveau » relevant lui-même d’un « ordre naturel »… Le racisme, les théories au sujet de la supériorité des « races », les doutes sur l’humanité de certains peuples ont été la justification et l’alibi de l’esclavage pendant des siècles. Des « mystifications fondatrices », pour ainsi dire. »

Ce qui se passe en République Dominicaine aujourd’hui avec la « dénationalisation » des centaines de descendants de « migrants » essentiellement d’origine haïtienne peut s’analyser à partir de  ce qui se trouve ci-dessus.

Jean –Michel Caroit s’exprimant dans Le Nouvelliste, un quotidien haïtien souligne ceci : «  Dénoncée comme un « génocide civil », cette décision a converti les descendants de migrants en apatrides, alors que le droit du sol était en vigueur jusqu’à la Constitution de 2010. Le prix Nobel de littérature péruvien Mario Vargas Llosa a qualifié cette sentence d’ « aberration juridique qui semble directement inspirée des fameuses lois hitlériennes. Critiquée lors d’une réunion de l’Organisation des Etats Américains (OEA), fin octobre, la République Dominicaine a fait valoir que les décisions du Tribunal Constitutionnel étaient sans appel… Sur la défensive, face aux réactions internationales, le gouvernement dominicain a tenté de minimiser l’impact de la sentence. Alors que le Tribunal constitutionnel dénombre 668 145 personnes d’origine haïtienne susceptibles d’être affectées, une révision des registres menée au pas de charge début novembre ne fait plus état que de 13 672 descendants d’Haïtiens » inscrits avec un document non valide. » (Le Nouvelliste du vendredi 15 novembre 2013)

Qu'à cela ne tienne! Nier ses droits même à un seul être humain est inacceptable. Car:

« Article premier

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Article 2

1.Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.
2. De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée sur le statut politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté.

Article 3

Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.

Article 4

Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude; l'esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes. »

LLK



17/11/2013
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