Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

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Nouvelle 2

Il l’a regardé avec ses yeux noirs Onyx, de personne égocentrique, égoïste et cynique et, a dit, en mauvais français, d’une voix voilée : « Il n’existe pas d’argent sale !» C’était, sans aucun doute, la traduction d’une phrase dans sa langue maternelle.

Elle a failli s’étrangler avec une goutte de salive qui s’est trompée de chemin. Elle ne parvenait plus à respirer. Une boule faisait son va-et-vient entre sa gorge et son estomac. Elle n’avait jamais entendu pareille déclaration. Dans sa vie à elle, dans son monde à elle, il y avait une morale. Elle qui a toujours cru en une morale des sociétés. Une morale universelle. Elle s’était trompée.

Elle se retrouvait sans voix, muette, s’enfonçant sans aucune résistance dans la tourbe de la noire réalité et se répétant au fond d’elle comme un mantra : « Ce n’est pas vrai ! Ce n’est pas vrai ! Ce n’est pas vrai ! ». Elle découvrait l’une des multiples facettes de l’humanité. Celle qui vit sans scrupule, sans foi ni loi. Celle qui ne porte pas de gants ni pour soi ni pour les autres. Celle qui frappe, celle qui vole, celle qui viole, celle qui jouit à longueurs des rencontres éphémères, celle qui ne se remet jamais en question, celle qui a toujours raison.  Celle qui consume, détruit et tue à petit feu. Celle qui fouille dans les poubelles putrides de la vie au fond des bas-fonds sans fond. Avec une apparente sérénité sous le vernis duquel se dissimule une extrême fragilité.

Elle continuait de s’enfoncer. Il continuait de la fixer. Un sourire à peine perceptible aux commissures de ses lèvres effilées. Elle le regardait. Il la fixait.

Pour elle, un monde s’effondrait.

Pour lui, le monde continuait sa marche vers la recherche effrénée d’un nirvana introuvable autre part si ce n’est dans les plaisirs passagers qu’offre une vie qui se vit au fil des désirs toujours inassouvis, toujours renouvelés, avec, en toile de fond,  la totale irresponsabilité qui rend l’existence plus facile que la vie elle-même.

Nyélénga



20/06/2014
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