Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

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Reve d'Elephant de Kristof Bilsen vu à l' Afrika Filmsfestival de Leuven

Le film « Rêve d’éléphant » « présente un portrait fragile du Congo (RDC). Le film vous emmène dans la vie de trois personnages au sein de trois institutions publiques : la gare de chemins de fer, le Grand Hôtel de la Poste et la caserne du service Incendie. Les histoires sont ancrées dans l’héritage colonial alors que l’ombre de Mobutu plane toujours. Mais le présent nous rattrape. Au travers du prisme des trois institutions publiques, on est face à une vision surprenante de l’état du Géant Congo. Aux côtés des travailleurs de la poste, des chemins de fer et des pompiers, on peut se demander comment (sur)vivre dans un Etat en échec. Mais surtout : comment peut-on remettre l’Etat sur pied ? Ce portrait des institutions de l’état postcolonial et post-dictatorial est une allégorie sur le rôle que joue encore le gouvernement, qui se voit de plus en plus surpassé par une crise globale où les pouvoirs mondiaux et la géopolitique ont un effet énorme sur la vie quotidienne. »

C’est en ces termes que le film de Kristof Bilsen que j'ai vu le vendredi 3 avril au Kinépolis de Leuven pendant 74 minutes est présenté dans la brochure Afrika Filmfestival goes youth. Le film a été projeté dans le cadre de la coopération entre l’association socio-culturelle Bana Leuven qui regroupe des jeunes d'horizons divers évoluant à ou autour de Leuven et l’Afrika Filmfestival, une initiative lancée il y a 20 ans  par deux Guido : Guido Hyusmans, décédé en 2014 et Guido Convents.

Au début du film, on se demande s’il s’agit d’un documentaire ou d’une histoire vécue que le réalisateur Kristof Bilsen veut partager. Le hall du Grand Hôtel de la poste avec en son milieu un escalier géant vous arrache un long « tchip » d’ennui à l’instar de celui qui pousse l’employée des Postes, Henriette, à s’accouder carrément (à défaut de s’allonger) sur le comptoir de son lieu de travail, attendant désespérément la venue d’un client. Ces « cheminots gradés » assis comme des statues figées à l’entrée d’une gare déserte ; des joueurs de trompettes qui passent et repassent devant la scène vous suggèrent qu’il s’agit, sans aucun doute, d’une fanfare kimbanguiste d’autant plus qu’au fond de la scène se détache une pancarte avec « Kinsantu» inscrit dessus. Les carcasses de ce que furent, autrefois, des véhicules des sapeurs-pompiers vous transportent sous d’autres cieux quelque part en Afrique, où des soldats du feu arrivent sur les lieux d’un drame pour se rendre compte que les citernes de leurs camions sont vides.

Puis d’image en image, les histoires s’enchaînent, se font plus captivantes, plus proches de la réalité. Les acteurs, pourtant amateurs jouent à merveille leurs rôles. Des pans de cette réalité congolaise pas toujours visible à l’observateur non averti défilent sur l’écran, jonglant entre les caricatures certes, mais des caricatures embellies à l’image de l’optimisme tenace mais irréelle d’une Henriette qui parcourt chaque jour des kilomètres à pied pour s’asseoir dans « son bureau » en attendant les dix pour cent de sa paye mensuelle. Ou encore l’amicale et sournoise compétition qui unit depuis des années Simon et son collègue Nzaï en proie tous les deux à une joyeuse nostalgie d’un passé que, Simon ramène au présent en doublant des chansons de « la belle époque » de la musique congolaise ou que Nzaï, quant à lui tient à faire revivre en donnant des ordres dignes de son grade de capitaine. Sauf quand, pour encourager son ami et collègue Simon, Nzaï se transforme en vrai « conseiller es débrouillardise ».

Le clou du film (selon moi) c’est la lutte des sapeurs-pompiers contre un incendie qui éclate dans un quartier populaire. Ils arrivent dans leur camion-citerne, sans équipement, ni combinaisons isolantes ni masques respiratoires, aucune protection adéquate, tête nue, et on se demande si c’est une blague ou autre chose ! On retient son souffle, on a envie de quitter la salle. Mais non, malgré les difficultés à faire monter l’eau du camion-citerne dans les lances et autres tuyaux alors que les flammes ont déjà carbonisé une grande partie du bâtiment, on voit l’eau jaillir, comme par miracle, de l’unique camion-citerne fonctionnel. On se surprend les bras tendus, transporté dans un élan comme si l’on voulait bondir pour embrasser ses héros débraillés.

Puis la réalité, la dure et triste réalité nous rattrape : la signature d’un accord pour la privatisation de l’Hôtel de la Poste. L’image à elle seule est un condensé de l’incapacité de l’Etat à sauver un secteur public aussi important que les Postes et Télécommunications, qu’il refile aux Chinois. Seuls quelques employés formés à la va-vite garderont leur boulot ; les autres n’auront qu’à se débrouiller (Article 15 : débrouilles-toi !!!)

A la fin du film, on croit rêver : Simon et Nzaï peuvent enfin (même pour une fois seulement) faire leur boulot car un train finit par entrer en gare de Kisantu ! Comme un message d’espoir ! Un espoir qui fait vivre ces hommes et ces femmes qui profitent du passage du train pour vendre qui du manioc, qui des légumes ! En attendant le prochain passage ! Le film aurait pu s’intituler : En attendant le développement !

Nyélénga !

 



08/04/2015
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