Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

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Rodney Saint-Eloi : un homme qui a foi en l'Humain

La préface, par Yasmina Khadra, du livre de Rodney Saint-Eloi «  Haïti, kenbe la ! » commence par ces mots : « J’ai rencontré Rodney Saint-Eloi en Guyane, lors du Salon littéraire de Cayenne en 2003. »

Faut-il croire que Rodney est l’homme des rencontres insolites, qu’il les provoque ou qu’il les attire! Dans un cas comme dans l’autre, ces rencontres sont les lieux de manifestation de ce que je serais tentée de nommer: «l'humanité de Saint-Eloi. »

Pour copier Yasmina Khadra, je dirasi tout simplement  « j’ai rencontré Rodney Saint-Eloi au Marché de la Poésie, place Saint Sulpice le dimanche 14 juin 2015. »

Déambulant dans les allées du Marché de la poésie accompagnée de mes deux petites filles j’aperçois  devant un stand un visage qui me rappelle bien quelqu’un de « déjà vu », un visage familier, en tout cas pas inconnu. Je m’arrête et décide de revenir sur mes pas. Un signe de la tête, un sourire et je pose ma question, vu que le doute n’a pas encore cédé sa place à la certitude :

-          M. Saint-Eloi ? Seriez-vous Rodney Saint-Eloi ? la réponse est un sourire affirmatif. Il se lève de là où il était assis et vient vers nous. Je continue :

-          J’ai lu votre livre « Haïti, kenbe la » le premier mois de mon arrivée à Port-au-Prince en 2010 !

-          Vous connaissez donc Port-au-Prince ? fait-il.

-          Bien sûr et pas seulement Port-au-Prince. Je connais quasiment tout le pays. Les petites que voici y ont été aussi! Je lui présente mes deux petites filles.

En guise de réponse, un sourire éclaire son visage confirmant que je ne me suis pas trompée de personne. Il prend de la table un recueil de poèmes pour enfants de Georges Castera et l’offre à la plus grande de mes petites filles. Pendant que ma main va d’un livre à l’autre sur son stand, il me tend un livre  d’Alain Mabanckou et me demanda si je le connais. Je lui réponds que je suis congolaise et qu’Alain est mon compatriote, tout comme lui-même aussi. Il sourit encore.

Mais la dévoreuse de livres que je suis, s’aperçoit soudain, qu’elle ne peut malheureusement pas acheter les livres des éditions « Mémoire d’encrier » qu’elle tient entre ses mains, tout simplement…parce que je viens de dépenser mes derniers euros sur les autres stands visités avant de passer devant celui de « Mémoire d’encrier ». Au moment de remettre les livres à leur place Rodney, toujours avec son sourire me dit : « Gardez-les ! Vous m’enverrez un chèque à cette adresse ! » Et il griffonne sur un bout de papier l’adresse de sa maison d’édition à Montréal.

Gênée, je refuse son offre ; mais il insiste : « Vous avez été en Haïti, vous me paierez plus tard ! Je vous fais confiance !»

Confiance ! Il y a encore des personnes qui ont confiance en d’autres ? Il ne me connaît pas ! Il ne connaît même pas mon nom puisque je ne me suis pas présentée et je n’ai même pas de carte de visite à lui laisser. Il insiste tant et si bien que je finis par accepter son offre. Et voilà qu’au moment de placer dans mon sac à main le bout de papier sur lequel il vient de noter les coordonnées de sa maison d’édition au Canada, une petite phrase de son livre « Haïti kenbe la » fait irruption dans mon esprit : « La feuille d’érable ça passe…Le palmiste ça reste. » Phrase puissante  en son essence -même pour une épreuve de philosophie morale et politique.

Merci Rodney.

Nyélénga



20/06/2015
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