Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

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Simple comme Bonjour?

L’expression « simple comme bonjour » laisse penser que saluer une personne est une chose simple. Que nenni ! Il y a des fois où l’on se demande si le « bonjour » a un poids que la langue ne peut soulever. Et pourtant, dire bonjour est la chose la plus élémentaire que l’on nous a apprise lorsque nous étions enfants.

-          Dis bonjour à Monsieur ! Dis bonjour à Madame ! Telle a toujours été l’injonction des parents. Le premier pas dans la voie de la socialisation d’un enfant.

Hélas, force est de constater que de nos jours la valeur du « bonjour » est en voie de disparition. Dire « bonjour » est devenu une charge que l’on évite de soulever. J’en ai fait les frais, il y a quelques années au marché Château Rouge à Paris où je m’étais rendue pour me procurer certains produits venus d’Afrique. J’étais dans une des ruelles de ce grand marché africain quand je vis venir en face de moi, une jeune femme tenant par la main une petite fille.

-          Bonjour ! fis-je, il me semble que je te connais !

-          Tu ne me connais pas ! rétorqua avec hargne la jeune femme en tirant de côté son enfant et en me bombardant d’un regard plein d’animosité.

Je restais là, debout sans voix, à la regarder s’éloigner. Pourtant, j’étais certaine que je ne me trompais pas. Je la connaissais, sauf que ma mémoire avait commencé à me jouer des tours de cache-cache qui devenaient de plus en plus déplaisants.

La leçon était apprise et, depuis ce jour-là, je fais un peu plus attention avant d’offrir mon « bonjour. »

Il y a quelques mois, à Ottawa, un ami haïtien qui m’accompagnait faire des courses s’en étonna, lorsque nous croisâmes trois africaines en grande conversation en Lingala:

-          Ce sont des africaines, me fit-il remarquer. J’ai toujours constaté que les Africains ne se disent pas bonjour !

-          L’Afrique est un continent mon cher ! On ne peut pas dire bonjour à tous les africains qu’on croise !

Je m’étais certes, bien tirée d’affaire face à l’instance de cet ami, mais sa remarque ne faisait pas moins son chemin dans mon esprit. J’ai alors décidé d’observer comment se comportaient les Africains qui se trouveraient sur mon chemin.

A Washington D.C., chaque fois que je croisais un jeune Black, j’étais gratifiée d’un « Hi Ma’am » qui me surprenait. J’étais convaincue que mon statut de senior y était pour quelque chose.

A Paris, j’ai beau croisé des Blacks, ils continuent leur chemin et ne se gênent pas de me bousculer pour passer sans le moindre mot d’excuse.

A Port-au-Prince, j’étais, à chaque fois, étonnée par les « Kouman ou yé »  (comment vas-tu) que me servaient à tout bout de champ les personnes y compris des inconnus que je croisais dans ma rue. Peut-être qu’eux me connaissaient ou avaient remarqué que j’habitais le quartier, puisque là-bas, « vwazinaj se fanmi » (le voisinage c’est la famille).

A Bruxelles, oh, à Bruxelles, dans le quartier Matongé où se trouve le plus grand marché africain de la capitale, ça se passe comme à Château Rouge à Paris : saluer une personne est suspect !

Dernièrement, j’ai salué, deux Blacks, agents municipaux, qui faisaient leur travail (mettre des contraventions aux véhicules qui n’avaient pas de tickets de stationnement), la réponse fut : « C’est à vous cette voiture ? » «  Non, pourquoi ? » Ils ont dû penser que mon « bonjour » était intentionné et que je voulais qu’ils ne me collent pas la contravention.

Dernièrement encore, j’entre chez l’épicier du coin, deux jeunes gens (un jeune homme et une jeune femme) sont là. Je salue : « Bonjour ! » Silence. Regards froids ! L’épicier qui me connaît répond à mon salut en Lingala : « Héé, mboté mama !» Surprise sur les visages des jeunes gens. Ils me dévisagent. Puis l’un deux (le jeune homme) : « Oh Mère comment ça va ? Oh c’est donc notre Mère ! » Moi : « Donc si je ne parlais pas le Lingala vous n’auriez jamais réagi à mon bonjour? » -Rires ! La jeune dame : « Pardon maman, par les temps qui courent on ne sait pas qui vous salue ! » Nouveaux rires ! Enfin tous détendus !

Autres expériences vécues : A Douala (Cameroun) : « Bonjour ! ». Réponse : « C’est quoi ? C’est ton bonjour là que je vais manger ! Bonjour, bonjour, comme si c’était du makabo ! » (tarot, malanga)

A Brazzaville (Congo) : « Bonjour ! »  Réponse : « Est-ce que je suis sur un toit pour que tu me salues de si loin ? »

Un simple bonjour ? Aujourd’hui, il tombe comme un pavé dans la mare !

LLK



27/11/2015
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