Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

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"Vous mourrez dans dix jours", roman de Henri Djombo

« Mon bourreau ne se trouverait-il pas parmi ces gens apparemment attendris quand ils me quittent et prêts à m’insulter, derrière mon dos, à la première occasion ? La plus grande ingratitude vient souvent de ceux que l’on a le plus assistés ! Jeunes et vieux, ceux que l’on sauve de la misère ou de la maladie, que l’on tire, comme des rats, des trous, des marécages infestés de crocodiles redoutables et de la gadoue, que l’on entretient et place en bonne position dans la vie, se retrouvent souvent sur la ligne de front pour vous combattre et vous détruire.

Lorsque je rends visite à de hautes personnalités, chaque fois ou presque je trouve dans leurs salons des personnes qui me fréquentent, parfois assidûment. Souvent elles marquent de la gêne à ma vue et quittent les lieux en s’excusant de mille façons. Il est alors facile de deviner que ce sont ces gens-là mêmes qui sèment le mensonge et tissent l’intrigue. D’autres, que je ne connais ou ne reconnais pas, ont le regard fuyant, et donnent l’impression de détenir des informations « importantes » à monnayer à prix d’or. Les uns et les autres vont de place en place dire ce qu’ils savent ou ne savent pas, convaincus que ce sont les histoires les plus cocasses et les mensonges les plus crus qui aguichent les hommes politiques. Et ceux-ci s’en serviront un jour ou l’autre pour nuire, pour me nuire.

Deviendrai-je paranoïaque ? Non, je ne le crois pas. J’ai souvent affaire à certains visiteurs exigeants qui n’ont de cesse de solliciter des faveurs et des aides mais ne témoignent jamais la moindre trace de solidarité et de générosité envers qui que ce soit. Même envers femmes et enfants dont ils ne s’occupent point.

Mes détracteurs, blessés par ma réussite alors qu’eux-mêmes jouissent de bonnes places au soleil, n’ont d’amis que les forces du mal et un sentiment de haine implacable. Ils disent qu’ils épuiseront jusqu’au dernier sou pour me nuire et m’effacer de la surface de la terre. »

« Vous mourrez dans dix jours » est un roman qui vous plonge dans le tourbillon d’un homme qui reçoit une missive anonyme lui annonçant sa prochaine mort. Cette lettre, qui n’est pas une menace en soi mais une affirmation solide entraîne son destinataire dans un long décorticage minutieux et sans ménagement des pans de la réalité congolaise. Tout le monde y passe : des membres de la famille avide d’héritage avant, pendant et après le décès d’un homme,  aux  hommes politiques friands d'informations mensongères et dénigrantes colportées par des flatteurs et autres cireurs de pompes, aux astuces des jeunes femmes à la recherche d'un bien-être facile avec pour seul moyen d'y parvenir, la vente de leurs charmes.

Henri Djombo, dans ce roman prouve tout simplement qu’il est un très bon observateur d’une société congolaise qui a perdu ses repères et ses valeurs depuis belle lurette, et qui va à la dérive sans espoir de récupération ni de sauvetage.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                Nyélénga.                                                                                                                                                                                                          

 



25/02/2015
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