Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

La mer et moi

Papa Elie Hien m'a dit un jour: "Apprends à regarder la mer. Vas au bord de la mer, regarde- la. Confie-toi à elle. Ecoute-la. Elle te parlera. Sois attentive à sa voix."

 

Je me suis assise au bord de la mer.

J'ai regardé la mer le matin: l'eau était couleur de plomb.

J'ai regardé la mer à midi: l'eau était couleur azur.

J'ai regardé la mer à la tombée de la nuit: l'eau était chargée de déchets de toutes sortes qu'elle ramenait au rivage.

J'ai regardé la mer dans la nuit noire: alors j'ai entendu sa voix!

Elle m'a dit: "Regarde le ciel!"

J'ai levé les yeux vers le ciel. Une lumière scintillait dans l'encre épaisse de la nuit. 

Je me suis demandé s'il s'agissait d'un satellite tant son éclat était intrigant. C'est alors qu'apparut un deuxième scintillement. Puis un troisième. Alors, alors seulement, j'ai compris. 

Mon regard a tracé un trait reliant les trois étoiles dans le firmament. Un triangle a fait son apparition. Il était parfait. Il s'est posé sur mon front. Et, sur les rochers du rivage je me suis endormie.

 

Nyélénga

 


11/11/2018
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Dialogues imaginaires par Eddy Cavé

DIALOGUES IMAGINAIRES

SUR LE LANGAGE CLAIR ET SIMPLE

Par Eddy Cavé,

eddycave@hotmail.com

Ottawa, ce 5 octobre 2018

 

Eddy Cavé

PRÉSENTATION DU PROJET

 

Comme le suggère leur titre, les Dialogues imaginairessont un outil de sensibilisation qui se situe à mi-chemin entre la fiction et la réalité. Entre un produit de mon imagination, celle de l’auteur de De mémoire de Jérémien,  et l’évocation de souvenirs gravés dans ma mémoire de passant attentif à tous les bruits de la rue et de la foule.

 

Le texte porte aussi la marque de deux œuvres qui m’ont grandement influencé pendant mes années d’université : les Plaidoyers chimériquesde l’illustre avocat et académicien français Maurice Garçon, décédé en 1967,  et le  Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu du journaliste et polémiste Maurice Joly qui a mis fin à ses jours en 1878 après avoir perdu tous ses combats.

 

Les Plaidoyers chimériquessont un exercice de divertissement au cours duquel Maurice Garçon plaide devant des jurys imaginaires la cause de célèbres personnages de théâtre accusés de meurtre  ou de complicité de meurtre. J’en retiens deux : Électre,  personnage de  la mythologie grecque immortalisé par Sophocle et qui donne un glaive à son frère Oreste et le porte à tuer leur propre mère, Clytemnestre.  Le deuxième exemple est Othello, personnage de Shakespeare qui tue son épouse par jalousie pour se rendre compte par la suite qu’elle lui était fidèle.

 

Le Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu est d’un tout autre genre. C’est plutôt un pamphlet politique qui, sous Napoléon III,  vaudra des années de prison à son auteur à cause de son contenu séditieux. Joly y oppose, dans un duel virulent, ces deux penseurs aux idées diamétralement opposées sur tous les sujets, la démocratie, la tyrannie, la liberté de la presse, la légitimité du pouvoir politique, la corruption, etc.

 

En écrivant les Dialogues imaginaires, je n’ai  aucune prétention ou ambition  littéraire, mais l’objectif que je poursuis est tout aussi important. C’est celui  de mettre le savoir, la justice, le droit, la lecture en général à la portée de tous ceux et celles qui ont l’obligation de connaître quelque chose et qui sont disposés à apprendre. Qu’ils sont disposés également à faire l’effort nécessaire pour comprendre et retenir un texte d’importance capitale dans leur quotidien, Par exemple, une interdiction faite par la loi à un citoyen, le contenu d’un contrat de location d’automobiles ou de maisons, le code de la circulation.

 

Venons-en au fait. LesDialogues imaginairessont une sorte de page retrouvée que j’ai publiée en annexe de mon livre de 2014 intituléLe langage clair et simple, un passage obligé. Mon intention en les rédigeant en décembre 2007 n’était pas de jouer les censeurs en critiquant le français exagérément savant écrit en Haïti et en diaspora. Je voulais seulement dénoncer certaines conceptions malsaines observées chez nous dans  la communication parlée et écrite, tout en essayant de dérider mes lecteurs. 

 Pour des raisons de commodité, j’ai découpé le texte en cinq  parties que je voudrais publier au rythme d’une par semaine. De préférence le vendredi ou le samedi.  Ces textes paraîtraient dans au moins un grand quotidien et  un hebdomadaire haïtiens et dans les médias sociaux d’outre-mer qui appuient la démarche. Je pense  notamment à Haiti Connexion Culture; au Coin de Carl; au site www.berrouet-oriol.comde Robert Berrouët Oriol. Je pense aussi à deux sites européens

tenus par des proches : « Le Monde du Sud// Elsie News »  et «  Qui vient de loin (Ewur'osiga), le Blog d'Alfoncine N. Bouya ».

Parmi les partenaires associés au projet, il y a pour l’instant les Éditions du CIDIHCA, le Centre international pour la promotion du créole (KEPKAA),Mosaïque Interculturelle d’Ottawa, le trimestriel haïtien de France Pour Haïtiet un grand nombre de stations de radio haïtiennes.

But et étapes prévues du projet

Le but ultime du projet est de promouvoir le langage clair et simple non seulement en Haïti, au Canada et en France, mais dans toute la francophonie. Précisons tout de suite qu’il ne s’agit pas seulement ici d’une manière d’écrire, mais aussi et surtout d’une manière de penser et de voir le monde, comme celle qui sous-tend leplain language anglo-saxon.

Les étapes du projet

 

La première étape, qui va d’octobre à décembre 2018, consiste à sortir ce projet de mes oubliettes et de le relancer avec une bonne couverture médiatique. Si cette initiative parvient à déclencher un débat, contradictoire je le souhaite, nous avons de bonnes chances de succès. Je voudrais alors mettre la dernière main à un projet de Déclaration haïtienne sur l’adoption du langage clair et simple dans l’administration, la justice, le droit en général.

 

La deuxième étape, qui s’étendra sur l’année 2019, sera celle de la promotion du concept et de sa mise en œuvre  en Haïti et dans la diaspora. Il faudra alors établir des partenariats sur le terrain en vue de transformer notre déclaration en résolution. Nous aurons alors besoin du soutien actif d’un grand nombre d’associations professionnelles et d’organismes publics compétents en la matière. Dans les derniers mois de 2019, nous devrions être en mesure de proposer aux grandes organisations de la francophonie un projet de Résolution déclarant  2020 l’Année du langage clair et simple.

 

Mentionnons au passage qu’il ne s’agit pas ici d’un vœu pieux. Un seul exemple. Dans le domaine juridique, largement considéré comme le secteur le plus réfractaire à la simplification de la langue, la révolution du langage clair a commencé depuis près de 20 ans au Canada. J’ai moi-même, à titre de jurilinguiste contractuel du Conseil des tribunaux administratifs canadiens, adapté en français un guide de promotion du langage clair et simple (2005) et une initiation à la justice administrative et  au langage clair (2007).

                            

    Disponibles sans frais en PDF à : www.ccat-ctac.org/view.asp?ccid=491

               

De son côté, le Barreau du Québec a affirmé avec force, dès 2010, son opinion sur le sujet dans une brochure gratuite  intitulée  Le langage clair : un outil indispensable à l’avocat,  dont il fait encore inlassablement la promotion.

 

La troisième étape, qui devrait commencer en 2020, sera celle de l’expansion à l’échelle de la francophonie. Il faudra alors tisser des alliances dans les régions les plus conservatrices et les plus hostiles au changement et se mettre à rêver… En couleur, cette fois-ci, s’il vous plaît!

 

Eddy Cavé,

Auteur, promoteur du langage clair et simple

 


06/11/2018
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Morceau choisi de « SILENCE DU CHOEUR » de Mohamed Mbougar Sarr

Enfin la fin de la lecture de ce roman qui m’a tenue en éveil des nuits durant, me poussant à fausser compagnie à la lune. En voici un extrait qui guidera vos pas dans la première librairie que vous verrez !

 

 

 

« L’espace du monde n’est cependant pas qu’un aide-mémoire pour les hommes ; il n’est pas qu’une surface qui reçoit la lumière terne et incertaine de nos souvenirs pour ensuite la réfléchir et nous la rendre claire et nette. Non, il est aussi une mémoire propre, autonome, la grande archive du temps, des choses, des hommes qui passent. Banal ou éclatant, oublié des hommes ou retenu par l’histoire, ordinaire ou exceptionnel, tragique ou heureux, tout événement s’inscrit quelque part, en un espace qui aura été son théâtre, son ventre, son sexe, et qui en sera à jamais le gardien. Une grande révolution. Une épidémie de peste. Une quelconque bagarre entre d’anonymes frères. Un génocide massif. Un tendre baiser entre deux amants. Une éruption. Un viol. Le premier cri d’un nourrisson. Un meurtre. Une déclaration de guerre. Un accord de paix. Un suicide. Un geste d’amitié. La pendaison d’un Nègre. Tout fait trace. Le lieu n’oublie rien. C’est son malheur. Mais c’est aussi là sa grandeur : il ne peut se permettre d’être amnésique devant l’histoire et certaines de ses tragédies. Contrairement aux hommes...(page 84).

 

« Cette subite manifestation du volcan faisait plaisir au poète. Il aimait l’Etna. Elle était en fin de compte la seule femme à être demeurée près de lui, et il ne l’adorait jamais autant qu’en de semblables moments, lorsqu’avec superbe, dans un accès de douce colère ou, plus rarement, de furie vengeresse, elle se rappelait au souvenir des hommes. Ceux-ci, il est vrai, la négligeaient de plus en plus, la trompant même sans vergogne avec les fausses idoles que l’effondrement de leur conscience du mythe avait consacrées. Pour beaucoup d’entre eux, l’Etna n’était plus qu’une vieille femme qu’ils prostituaient au tourisme, aux photos, aux guides, au commerce, à la laideur du kitsch. Elle avait tout perdu de la crainte sacrée qu’elle inspirait naguère. » (page 87).

 

LLK.

 


02/09/2018
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Note de lecture par Nkul Beti: « La France et ses tirailleurs » : les héros oubliés !

Charles Onana est l’auteur de cet ouvrage publié, en 2003, aux éditions Duboiris. La trame de l’enquête de ce journaliste d’investigation, est de rétablir l’histoire.

 

10 Mai 1940.La « Wehrmacht »(armée de l’Allemagne nazie) attaque la France et «  déclenche une offensive militaire de grande envergure sur tout le territoire national ». L’ambition des troupes hitlériennes, est de soumettre toute l’Europe et de construire la grande Allemagne. Dans l’incapacité de tenir tête aux allemands, les vichystes entreprennent de capituler. En revanche, les gaullistes sont optimistes. Ils entendent combattre l’ennemi. Mais face à la crise en ressources humaines, ils sont contraints de se tourner vers l’Afrique. En fait, « De Gaulle constatant qu’il ne pouvait pas recruter massivement sur le territoire français, s’est alors tourné vers les villes et les villages africains ».L’Afrique deviendra donc le quartier général des opérations de la résistance et de la libération de la France. Des tirailleurs « français » venant d’Afrique noire et du Maghreb seront recrutés et défendront l’empire colonial. Nonobstant leur implication dans la libération de la France lors de la seconde guerre mondiale, les tirailleurs seront méconnus par les français et l’histoire. 

 

Le «  scandale de Thiaroye »a du mal à être oublié. Les pensions des tirailleurs ont été embrouillées et cristallisées. Charles Onana s’insurge contre cette injustice criante. Il rétablit l’histoire à la lumière des preuves irréfutables : archives et correspondances. L’enquêteur revendique la reconnaissance et l’indemnisation des tirailleurs. Il crie également haro sur la France, qui a brillé par sa capacité à écrire l’ «… histoire de façon sélective… » et«  … à coups de gomme et de ratures ». Ladite technique d’écriture a égaré des générations entières. Sa déconstruction s’impose.

 

Le présent ouvrage est à la fois, un plaidoyer et un réquisitoire. Il clame la réhabilitation des héros ignorés et réprime l’ingratitude qui leur a été servie. À demi-mots, l’ouverture des documents relatifs à l’histoire de la résistance et de la libération de la France, jouerait un rôle important dans l’exhumation de la vraie histoire et l’inhumation de la philosophie du dédain, qui qualifie l’africain de : spectateur de l’histoire.

                                                                                                                            Par Nkul Beti.

 


16/06/2018
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« Un nègre à Paris » : Journal d’un voyageur désillusionné ! Note par Nkul Beti

«  Un nègre à Paris »de l’écrivain ivoirien Bernard Dadié est la première œuvre d’une trilogie que complète «  Patron de New-York »et «  La ville où nul ne meurt ». Ce roman a été publié en 1959 aux Editions Présence Africaine. Le lire autrement aujourd’hui est d’une importance capitale pour la survie de la « colonial library »dont les œuvres devraient être étudiées sur le terreau d’une approche comparative avec les œuvres contemporaines afin de proposer une approche nouvelle à l’esthétique de la littérature Africaine, mieux francophone.

« Je vais voir Paris, moi aussi, avec mes yeux ».S’exclame Tanhoe Bertin. Le petit Africain a bénéficié d’un billet d’avion aller-retour pour Paris. Ce voyage est l’aboutissement d’un projet hardi longtemps caressé. En effet, il a toujours rêvé de toucher du doigt les réalités parisiennes, dont il avait jusque-là une connaissance essentiellement livresque. C’est donc après avoir caressé «…les murs, les arbres, croiser les hommes »de Paris, qu’il adresse une si longue lettre à son ami resté en Afrique. Dans ladite si longue lettre, il met en balance les réalités parisiennes et africaines sans toutefois les opposer.

                     L’auteur de « Climbié »met en exergue la dialectique de « l’ici »et de « l’ailleurs »comme Fatou Diome. Il confronte le rêve et la réalité dans cette monodie épistolaire. En effet, Dadié démonte le complexe d’infériorité qui incite le « …Nègre… »  à calomnier son environnement et à béatifier l’Europe, dont il n’a parfois qu’une connaissance par ouï-dire. Voire, superficielle. Autrement dit, l’écrivain ivoirien chante l’ancrage chez soi et n’applaudit guère l’errance chez l’autre qui engendre pour la plupart des cas l’acculturation.

                     A travers son écriture parsemée du comique du rire illustré par la drôlerie et l’ironie, Dadié démêle la toile du mythe de l’Europe : Un paradis terrestre. Aussi, ôte-t-il le voile qui cache les réalités européennes aux Africains.  En espérant que ceux-ci prendront conscience, qu’ils n’ont pas besoin de migrer pour se réaliser matériellement et spirituellement, étant donné que les réalités d’« ailleurs »et celles d’« ici »sont plus ou moins similaires.

                     De plus en plus, les populations africaines migrent vers l’occident. Ce mouvement est causé soit par l’instabilité sécuritaire dont souffrent plusieurs pays Africains, soit parce que plusieurs migrants continuent à croire que l’occident est un eldorado. Hélas !

                     En fin de compte, «  Un Nègre à Paris » laisse entendre que le voyage ne devrait plus être l’équivalent de la fuite pour l’Africain. Mais, plutôt un moyen pour lui de se découvrir en découvrant l’autre. Car, selon Dolisane-Ebossè, «… la fuite, pour l’Africain, mène à une impasse… » : La crise identitaire !

 

                                                                                                                      Nkul Beti !

                                                                                                          (noahatango@yahoo.ca)

 

 


29/05/2018
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