Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

Le Président Jojo sous le Microscope de la Fontaine , 2ème partie: un texte d'Eddy Cavé

LE PRÉSIDENT JOJO SOUS LE MICROSCOPE DE LA FONTAINE (Deuxième partie) eddycave@hotmail.com

Ottawa, le mercredi 6 février 2019

 

En ce début de février 2019, il y a au pays un « mal qui répand la terreur». Un mal qui pourrait prendre le nom de Maladi Jojo ou Maladi fèy bannan lan. Exception faite du personnel politique, des amis du pouvoir, de la petite oligarchie financière, économique et commerciale, les gens souffrent et meurent. Parmi les exceptions, il faudrait aussi mentionner les jeunes loups allergiques aux embouteillages et qui sillonnent les rues dans leurs luxueux tout-terrains équipés de gyrophares et de vitres teintées. Retournant à La Fontaine, l’historiende demain dira de la conjoncture actuelle : « Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient atteints ».

 

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Les animaux malades de la peste

En effet, ce mal frappe, à des degrés divers bien sûr, toutes les composantes de la société : petits industriels et commerçants, professionnels de tous les domaines, fonctionnaires, artisans, salariés de toutes sortes, chômeurs occasionnels ou chroniques, paysans propriétaires et paysans sans terre. Ils mouraient tous d’inanition, de désespoir et d’ennui. D’une pierre, Jojo veut faire trois coups en jetant en pâture son comparse de premier ministreJacques-Qui à la meute affamée des parle-menteurs : prolonger l’agonie des mourants;donner espoir aux sans-emplois et maintenir le suspense avec un spectacle de nuit à grand déploiement :

« Cela amusera la galerie, se dit-il, et occupera les désœuvrés. Surtout si les parle- menteurs en viennent aux poings et se mettent à renverser les bureaux et à déchirer les dossiers... Dommage que l’ineffable Arnel ait déposé sa cocarde, ajoute-t-il en jetant sur Titine un regard plein de nostalgie! Donc, du pain et des jeux, comme chez les Romains! »

Le scénario se déroule comme prévu, mais, une fois débarrassé d’un bras droit dont le seulcrime était de s’être blotti poliment dans son ombre en se remplissant les poches, Jojo se retrouve à court d’idées. Pendant qu’il épluche la longue liste de candidats que lui soumettentses bailleurs de fonds, ses mentors et ses courtisans, il échafaude la grande farce que seront le choix et la ratification de son deuxième PM. Comme cela se passe dans les sociétés secrètes,les San Pwèl, les Bizango, etc., la séance aura lieu la nuit, pendant que les non-initiés rentrent chez eux de peur de se faire avaler par les loups garous. En outre, le PM issu du compromis sera un ancien adversaire. Cohabitation, mariage d’amour ou de raison, coexistence pacifique, guerre ouverte, « toutes les options sont sur la table ». Le suspens ainsi créé fait le bonheur des journalistes et alimente indéfiniment les animateurs des lignes ouvertes.

Un fois Jean-Qui-Rit confirmé dans ses fonctions de PM, Jojo se retrouve à court d’idées. Aussidépêche-t-il un coursier aux Galeries La Pléiade avec ordre de lui apporter illico une édition complète, illustrée et en gros caractères des Fables de La Fontaine. En un rien de temps, la mission est accomplie et voici notre bon Jojo plongé comme un enfant dans la lecture des Animaux malades de peste et dans la contemplation des illustrations de Gustave Doré.

 

Soudain, il s’exclame : « Il faut à tout prix organiser sans tarder une grande consultation populaire sur le modèle de cette fable. Pas une conférence nationale, comme le préconisait Turneb Delpé, trop à gauche à mon gré. Pas un référendum non plus à la manière de Brexit ou de la Catalogne qui sont tous les deux trop dangereux et trop contraignants. » Manipulateur né, Jojo se perçoit comme le renard de toutes les fables qu’il relit. Il cherche et trouve une formule qui ne l’engage à rien : des états généraux comme ceux qu’on a tentés avant laRévolution française de 1789. La montagne ayant accouché d’une souris, il lui faut trouver autre chose.

 

En route pour le Pacte de gouvernabilité

Dans son désarroi, Jojo demande au nouvel occupant de la Primature de piloter une initiative brumeuse baptisée du nom pompeux de Pacte de gouvernabilité. Le travail est à peinecommencé qu’il confie à l’ange Gabriel un rôle évident de trouble-fête, celui de co-pilote d’unmonoplace. Ainsi, ce projet sera étouffé dans l’œuf par son propre concepteur. Échanges acerbes de mots et déclarations contradictoires des deux camps dans les médias. Dansl’amphithéâtre de la BRH rempli de dignitaires étrangers, des acteurs sans talent exécutent bientôt un scénario manifestement écrit à la va-vite, et le président se déclare insatisfait du résultat.

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Dans la guerre de mots qui s’ensuit, le PM se dira, par l’entremise de son brillant chef de cabinet, « insatisfait de la soi-disant insatisfaction du président. » À cette étape critique de la crise, seul le sacrifice d’un bouc émissaire pourra mettre un terme au jeu macabre qui commence.

 

L’entourloupette de la Cour de Cassation

Pendant que le torchon brûle entre la présidence et la primature, une enquête sur le détournement de plusieurs milliards de dollars épingle à son tour Jojo le renard par le biaisd’Agitrans. Il pense alors au lion de la fable qui a été absous de ses péchés après avoir confessé divers péchés véniels. Et avoué qu’il lui était même arrivé quelquefois « de manger...le berger ». Mais, Jojo refuse de prendre un risque pareil et préfère partir à la recherche d’unbouc émissaire ou d’un arbitre dévoué à sa cause:

Comme il a faim de loup et qu’il aime la cassave,

Il s’offre un juge suprême pour remplacer Cantave. Pendant ce temps, un élu du même nom

Qui a pris soudain du galon À la Chambre haute

Lui tient la dragée haute.

Et la partie s’éternise

Pendant que le pays agonise!

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 Le nouveau président du Sénat      Le nouveau juge en chef          

 

Donc, changement de garde à la Cour de cassation, pendant que sur le terrain on entend lescris d’une foule en colère, des décharges d’armes automatiques, des appels à la désobéissancecivique, des nouvelles d’assassinats de policiers. Et aussi et surtout les premières méringues carnavalesques de 2019. Sweet Micky est de retour et, avec lui, la promesse de défilés endiablés s’étendant jusque dans l’après-midi du mercredi des cendres. Perspective apparemment rassurante pour le pouvoir, mais qui cache bien des surprises!

 

Dans cette abominable réplique des Animaux malades de la peste, le renard semblait, jusqu’aumardi 5 février 2019, avoir gagné au moins la première manche. Malgré l’effondrementgraduel de la gourde, l’inflation galopante, la crise économique, les pénuries annoncéesd’essence, de vivres alimentaires et des produits de première nécessité, il avait perdu de puissants alliés, mais il avait survécu. Et soudain, un coup de théâtre sur lequel nous reviendrons dans la troisième partie. Jojo se retire un moment de la scène pour un mauvais coup, celui du chat.

 

Le chat et le vieux rat

Tandis que se joue le dernier acte des Animaux malades de la peste dans le climat d’accalmie relative de la période pré- carnaval, Prezidan Jojo, qui a plus d’un tour dans son sac, se souvient de la fable du Chat et du vieux rat et change brusquement de stratagème. 

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Après avoir été tour à tour lièvre, renard, loup et lion, il se met dans la peau du chat. Dans la fable, le chat fait le mort et, du haut d’un plancher, se pend la tête en bas. » Les souris accourus parla nouvelle sortent de leurs cachettes, se promettant de bien rire à son enterrement. Le chat se réveille, se jette au sol et avale en quelques instants les plus crédules et les moins alertes,Il répétera l’exploit peu de temps après en s’enrobant cette fois-ci de farine.

Dans l’après-midi du mardi 5 février, deux jours avant l’échéance fatidique du 7, le président réconcilié (?) avec son premier ministre annonce avec fracas une sorte de plan d’austérité en onze points qui désarçonne la tranche la plus naïve de l’opinion publique. Trop peu, trop tard, disent toutefois les vieux matois qui, comme dans la fable, répondent en chœur :

« Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille.»

 

Le controversé tandem Jojo- Céant

Ce plan d’urgence ressemble à s’y méprendre à ceux de Donald Trump et de François Duvalier, en ce sens qu’il néglige l’essentiel pour viser des accessoires. En ce matin du 6 février 2019, la donne a de nouveau changé au pays, et les citoyens sont moins crédules. Si Jojo change de peau selon les circonstances, il y a sur la scène nationale des milliers de citoyens

qui ont non seulement mémorisé comme lui les fables de La Fontaine, mais qui ont acquis une solide culture générale au fil des ans. Ils ne sont donc pas dupes de ses tours de passe-passe et attendent des résultats.

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Le débat sur le pacte de gouvernabilité est censé se poursuivre, et le délai donné au premier ministre par le président pour emmener toutes les parties à la table de négociation a expiré sansmême qu’on en parle. La journée du 7 février a été tragique à l’échelle du pays, et Jojo a fait lemort. En attendant, l’agitation se poursuit à l’échelle du pays. Les magasins ferment; les protagonistes fourbissent leurs armes, préparent adroitement leurs confessions et leurs plaidoiries.

 

Retour à la réalité

Dans l’univers de La Fontaine où loups, renards, lions et autres personnages tout aussi pittoresques défilent à longueur de journée dans des habits de circonstance, le sénateur Joe et son collègue Tortue, qui dans le quotidien est plus renard que tortue, occupent des places de choix. Il serait donc extrêmement intéressant d’examiner leurs alliances et leurs changements d’allégeance sous le microscope de La Fontaine. On verra alors s’ils sont renards, loups, chats ouagneaux ou tout cela à la fois. En tout état de cause, leurs prises de position sont devenues avec le temps des baromètres et des indicateurs précurseurs assez fiables du climat politique. Leur récent passage dans l’opposition a ainsi donné lieu, à tort ou à raison, à un commentaire qui n’arien de rassurant pour le président Jojo : « Quand le bateau coule, les rats partent les

premiers! »
 

Le duo Joe-Tortue

Personnellement, j’aurais tendance à prendre cette formule à rebours et à dire plutôt que lorsque les rats quittent le bateau, cela signifie que la catastrophe est proche.

 

FIN DE LA DEUXIÈME PARTIE

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28/02/2019
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Monoka et ma sainteté

—Allô Alfa ?

— Oui Monoka.

— Tu vas bien ? Tu as bien dormi ?

— Mais oui, mais oui !

— Hum ! Dis-moi un peu, avec ton histoire de cœur fier là, donc tu me dis que si une personne t’insulte ou te calomnie, toi tu ne vas rien faire ?

— C’est bien cela !

— Donc si j’ai bien compris, tu veux être une Sainte ?

— Euh….

— Laisse-moi te dire, tu connais combien de saintes aux cheveux crépus ?

— Euh…

— Tu ne dis rien ?

— Euh…

— Ok, continue avec ton cœur fier, continue avec ta sainteté, un jour tu iras au ciel. Moi, en tout cas je pars tout de suite dire un mot à ce con de mécanicien qui a mis de l’essence 95 dans la voiture de ma fille alors que sa voiture roule au diesel !

— Mais…

— Mais quoi ? (Tchiiiip! Sainte, sainte ! On te prend pour une conne, oui !)

— Qu’est-ce que tu as dit ?

— Non, oooo ! Tchiiiip !

—Quoi ?

—Ah ok, bon appétit Alfa ! Et continue bien avec ta sainteté ! Hum ! Tchiiip !

 


26/02/2019
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"Le Coeur trop fier"

—Allô, Alfa !

— Hé Monoka ! Bonjour, mon amie !

— C’est qui ton amie ? Depuis plus d’un an tu m’as abandonnée sans même donner un soupçon de nouvelles et tu oses m’appeler ton amie !

— C’est…Ecoute-moi ! Tu ne sais pas ce qui s’est passé !

— Je ne t’écoute pas ! Et puis, il ne s’est rien passé, rien du tout ! Tchiiip !

— Mais laisse-moi au moins…

— Non, oooo non, j’ai dit non. D’ailleurs je t’appelle juste pour que tu récites pour moi cette phrase de Moundiléno Massengo qui commence par « J’ai le cœur trop fier… » Je n’arrive pas à me souvenir du reste de la phrase.

— Moi non plus !

— Attends, c’est pas toi qui écris des livres maintenant ?

— Si !

— Donc tu dois te souvenir de ce que tes camarades écrivains écrivent ?

— Pas forcément.

— Mouf ! J’ai entendu parler de ton livre là, Le rendez-vous de Mombin-Crochin ! On dit même que tu n’es plus Congolaise, tu es Haïtienne depuis que tu as vécu dans ce pays, et tu ne m’as même pas dit que tu avais changé de nationalité !

— Ah je me souviens à présent ! La phrase est : « J’ai le cœur trop fier et l’âme trop noble pour m’occuper des calomnies qui se disent sur moi. »

— Ah bon, c’est ce qu’il avait écrit, Moundiléno Massengo ?

— Non, c’est ce que je dis, moi !

— Wèèèh, donc tu copies Moundiléno Massengo ?

— Un peu oui !

— Bon alors, au revoir Alfa ! Je vais garder ta phrase à toi quand même, elle est belle comme ton âme.

— Au revoir Monoka ! 

— Tchiiiiip!

 


25/02/2019
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Le Président Jojo sous le Microscope de la Fontaine: un texte d'Eddy Cavé

LE PRÉSIDENT JOJO SOUS LE MICROSCOPE DE LA FONTAINE (Première partie)

Par Eddy Cavé eddycave@hotmail.com

Ottawa, le dimanche 3 février 2019

 

Dans notre beau pays d’Haïti Thomas, où « l’impossible est possible et le possible,impossible » et où « les gens marchent la tête en bas », l’affabulation présente un attrait presque irrésistible pour quiconque essaie d’en raconter certaines tranches d’histoire. Ésope et, dans son sillage, La Fontaine y ont eu recours pour peindre les mœurs de leurtemps, tout en divertissant leurs concitoyens. Un procédé qui permet de raconter enbadinant une présidence chaotique et menacée de toutes parts d’effondrement.

 

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Tout portait à penser, dès la proclamation des résultats des élections de 2016, que le jeune président avait appris les fables de La Fontaine et qu’il allait au moins en prendreles maximes comme boussole. Mais encore eût-il fallu les appliquer à la lettre et à bon escient!

 

Le lièvre et la tortue

 

De toute évidence, une de ses premières déclarations de président nouvellement élus’inspirait de la maxime de la fable du lièvre et de la tortue : « Rien ne sert de courir, ilfaut partir à temps.» Ainsi, Jojo n’avait pas encore prêté serment comme président qu’il effectuait un départ en trombe dans cette course d’obstacles. Pas seulement à temps,mais avant le temps, en faisant cette la déclaration fracassante : « Le carnaval national aura lieu aux Cayes. Point barre. » Le président avait parlé. Déclaration claire et simple àmon goût, mais annonciatrice d’un type de leadership pour le moins inquiétant !

 

Ainsi, le nouveau maître des lieux s’installait à la fois dans la peau de l’éléphant qui écrase tout sur son passage et du lion qui fait la loi, l’applique à sa manière et règne en maître absolu.

Au grand dam d’une opposition morcelée, épuisée par une campagne électorale de plus d’un an et endormie par le délai de grâce des 100 premiers jours, Jojo se mit à marquerdes points : réussite spectaculaire du carnaval national des Cayes; caravanes del’espoir(et du désespoir) dans le Sud, et l’ Artibonite; révélations tapageuses sur les prixde l’asphalte et ses miracles de magicien au service de la Patrie commune; promesses inconsidérées faites avec l’assurance d’un chef d’État qui n’a pourtant pas les moyensfinanciers de ses politiques. On découvrira plus tard que, tout en suivant les préceptes de La Fontaine, Jojo appliquait une consigne prêtée à Voltaire par un adversaire peu scrupuleux : « Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose. » Soit dit en passant,Voltaire n’a jamais prêché pareille ineptie.

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Dans la foulée des promesses d’argent dans les poches du citoyen, de nourriture dans toutes les assiettes et d’emplois pour tous, Jojo lancera aussi le slogan Elektrisite nan 24 mwa qui est en train de lui éclater au visage en ce début de février 2019.

 

Le corbeau et le renard

 

Dans l’euphorie du carnaval national des Cayes et du concert de louanges qui accueille lecouple Jojo-Titinne au Palais national, le président oublie très vite la leçon de la fable du corbeau et du renard : « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute ». Aussi distribue-t-il à tour de bras les largesses du pouvoir aux « hypocrites caressants » quil’encensent sur tous les tons à longueur de journée. Les grands bénéficiaires sont ceux etcelles qui chantent le plus fort et se rasent et se cirent le crane le plus souvent possible enguise de serment d’allégeance.

Les contrats juteux pleuvent alors sur l’oligarchie qui a financé sa très coûteuse campagne électorale et qui attend à bon droit les retours d’ascenseur. Adulé par ce beau monde du milieu des affaires, l’ami Jojo flotte sur un nuage.

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 Il sillonne le pays à la tête de sacaravane, concentrant entre ses mains les fonctions d’un premier ministre invisible et des ministres introuvables des Travaux publics, de l’Agriculture, etc. La réussite est totale, lebonheur parfait! Mais personne ne voit que les prix montent, que la gourde coule et que le marasme s’installe insidieusement. Un seul refrain :

« Que vous êtes joli! Que vous me semblez beau!»

Amateur de formules simplistes, Jojo oublie toutefois celle-ci : « Qui trop embrasse mal étreint. » Il accumule ainsi gaffe sur gaffe en un temps record : constructions demauvaises routes sans études préalables; improvisations dangereuses dans l’agricultureavec la promesse de création de dix zones de production; nominations partisanes dans tous les secteurs, diplomatie comprise; projet de téléphérique dans le Nord; gestion catastrophique du budget dont le déficit croissant entraîne la gourde dans un trou sans fond. Jojo se bat sur tous les fronts et adore les bains de foule dont les inaugurations les plus insignifiantes lui donnent l’occasion.

 

Le loup et l’agneau

 

Jojo avait appris en mémorisant Le loup et l’agneau que la raison du plus fort est toujours lameilleure. Comme il n’a jamais oublié cette maxime qui fait le bonheur des puissants de cemonde, il fonce tête première dans l’exercice solitaire du pouvoir et dans une prise dedécision autocratique et complètement aberrante. La griserie du pouvoir aidant, il oublie très vite qu’il a été propulsé au pouvoir sans préparation adéquate et il ne fait aucun effort pours’initier à la pratique de la délégation.

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 Il sait qu’il est le plus fort et que tout ce qui est bonpour lui est bon pour son entourage et pour le pays.

Chaussé de ses solides, mais peu esthétiques, bottes de construction, il se fait en outre bon papa, stratège, tacticien, gestionnaire, directeur de chantier et occupe à lui seul tout l’espace médiatique. Ce faisant, il s’entoure d’une armée de courtisans qui applaudissent à tout rompre à ses initiatives les plus saugrenues. Une seule promesse mirobolante manque à son programme de gouvernement : la création de murs à la Trump entre les zones de non-droit et les beaux quartiers de sa capitale bidonvillisée. Bravo Jojo, clament à l’unisson les courtisans accourus de toutes parts! Bali bwa, chofè!

 

Dans un premier temps, Jojo, le plus fort parmi les forts, est gratifié de tous les honneurs, mais quand, au bout de quatorze mois de mauvaise gestion, les émeutes éclatent, il estcontraint de congédier son premier ministre et d’écarter, du moins officiellement, certains proches devenus trop encombrants. En ce début de 2019, les manifestations de rues ont gagné en importance et inquiètent de plus en plus. Dans le dialogue de sourds qui commence, la rue devient l’interlocuteur le plus fort, tandis que les changementsd’allégeance se multiplient.

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En hommage à la vérité, il faut toutefois dire qu’en rusé compère, il se voit aussi en renard.Admirateur silencieux de cette engeance sortie des fables de La Fontaine, il a, avec la complicité de Titine, leurré durant toute la campagne électorale les Gwo Soso, Anne-Valérie, Christine et autres grandes dames du PHTK. Une fois installé dans ce qui reste du Palais national, le terrible duo les écarte habilement de cette officine d’intrigues et il fait place nette pour les nouveaux invités au banquet du pouvoir.

 

Qu’il s’agisse des maîtres chanteurs et « parle-menteurs » Jacques le sauveur et Gracia Delta,de l’homme d’affaires Edo Zucchini, du tout-puissant shérif levantin ou de Micky lui-même, on observe maintenant que le vent a tourné. Et, avec lui, les girouettes accrochées au mât du navire. Le jeu de la chaise musicale a repris : Ôte-toi que je m’y mette! Pas surprenant que les deux anciens présidents du Sénat qui avaient appuyé Myrlande contre Micky en 2010 aientrepris leurs places dans les rangées de l’opposition. « La politique haïtienne est byzantine! », se plaisait à répéter le professeur et ex-président Leslie Manigat. Jojo est en train del’apprendre à ses dépens.

 

Le laboureur et ses enfants

 

Le laboureur mourant exhorte ici ses enfants à ne pas vendre la seule propriété qu’illeur lègue, car« un trésor est caché dedans ».

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La publication, fin janvier, du rapport de la Cour supérieure des comptes sur la dilapidation des fondsde Petro Caribe a remis sur le tapis le scandale d’Agitrans et donné une nouvelle vie à cette fable de La Fontaine. Autrement dit, de l’abandon des installations de la gigantesque exploitation agricole qui a propulsé Jojo sur la scène nationale en 2015-2016. Après avoir coûté plus de 6 millions de dollars aux contribuables du pays et servi de rampe de lancement de Jojo au timon des affaires, Agitrans a simplement été fermée et sa plantation de bananes, abandonnée à elle-même.

 

La seule opération d’exportation connue de cette arnaque est un trompe-l’œil qui finalementn’a trompé personne : l’embarquement de quelques caisses de bananes pour l’Allemagne surun convoyeur pratiquement vide. Et la vie a repris son cours dans ce pays où les scandales ont la réputation de durer 17 jours, soit deux semaines et un week-end additionnel.

 

Dans un article publié dans l’édition du 20 mars 2017 du Nouvelliste, l’auteur Patrick Saint-Pré offrait des funérailles de première classe à Agitrans :

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La spectaculaire expédition de bananes de 2015. Crédit photo : Le Nouvelliste

 

« Du projet officiellement lancé en grande pompe en octobre 2014 dans le département du Nord-Est, il ne reste qu’un véritable champ de ruines surveillé de près par des gardiens sur le qui-vive empêchant les journalistes [...] de visiter, de filmer ou de photographier la plantation.[...] »

 

Enfonçant le dernier clou dans le cercueil de l’entreprise défunte, l’auteur ajoutait :

Si Jojo avait appris la fable du laboureur et de ses enfants et s’en était souvenu, il auraittout fait pour sauver la bananeraie. Il aurait retenu surtout que, les héritiers n’ayant pas trouvé le trésor prétendument enfoui dans le terrain légué par leur père et qu’ilspassèrent une année complète à labourer, il était tout à fait logique et très rentable del’ensemencer et de récolter.

 

« Quoi de plus simple, Eddy, me répondent tous les jours les gens quej’interroge sur ce sujet et qui prétendent détenir la clé de l’énigme? L’objectif du projet n’était pas de faire d’Haïti un grand exportateur de bananes biologiques. C’était de propulser Jojo la banane à la présidence, et cet objectif a été atteint. »

En gestion de projet, m’explique-t-on, comme si je venais d’une autre planète, laréalisation d’un projet ne va pas au-delà de l’atteinte de ses objectifs. Point barre!

 

 

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE

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« Le spectacle de ce vendredi 17 mars dernier est sinistre, avec des bouts de tuyaux cassés du système d’irrigation qui pendent, des vaches qui broutent allègrement une bonne partie de la terre remuée.»

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La plantation abandonnée en 2017 pour des raisons non dévoilées. Crédit photo : Le Nouvelliste

 

 

Eddy Cavé, Ottawa, Canada.

 


25/02/2019
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Dialogue de sourds de Me Serge H. Moïse

Depuis trente ou quarante ans, des démarches sont régulièrement entreprises afin d’attirer au pays des investisseurs étrangers dans la perspective de relancer notre économie. De temps à autres des voyages extrêmement coûteux sont organisés par des délégations pléthoriques, qui reviennent avec des promesses mirobolantes, lesquelles hélas n’arrivent jamais à se concrétiser. Pourtant, gouvernement après gouvernement, l’on assiste au même scénario inutile, avec toujours le même résultat.

Il ne suffit pas de s’accrocher à un rêve pour qu’il devienne réalité. Encore faut-il de manière rationnelle et pragmatique, en tenant compte des besoins de la population, toutes classes confondues, préparer le terrain à cet effet.

Attirer des investisseurs étrangers, et à ce chapitre, il y a loin de la coupe aux lèvres, à cause de l’insécurité grandissante, les tracasseries administratives pour enregistrer une compagnie commerciale, le non respect du droit de propriété et des lois en général, l’état de délabrement de nos routes et du système judiciaire, la pénurie en matière d’électricité, autant de facteurs négatifs qui ne peuvent que décourager d’éventuels affairistes en quête de profits plus ou moins juteux. L’humanitaire se révèle donc plus intéressant que toute autre forme d’investissement, faisant de notre coin de terre l’industrie de la misère humaine sous toutes ses formes.

Nous devons donc apprendre à d’abord compter sur nous-mêmes. Nous l’avons fait à une époque où nous ne disposions pas dans nos rangs de cette kyrielle d’analystes, de théoriciens, d’intellectuels de belle eau et de techniciens aux connaissances les plus pointues et ce dans tous les domaines.

Il nous a fallu un peu plus de trois cents ans de tentatives avortées, d’essais mal planifiés, de trahison entre nous, de revers et de mauvaise fortune. Mais nous n’avions pas baissé les bras. Nous avons recouru à des ruses témoignant d’une perspicacité et d’une intelligence supérieure. Nous avons inventé le marronnage et qui plus est, nous avons utilisé la force de l’ennemi pour le combattre et le terrasser.

Certaines chaînes de notre esclavage furent donc rompues, celles visibles à l’œil nu évidemment. L’indépendance nationale fut donc proclamée à grand renfort de tambours et de trompettes au grand dam de tous les « bwanas ». La preuve venait d’être faite que l’homme noir avait lui aussi une âme susceptible d’atteindre la cime des dieux tutélaires.

Á partir de cette geste héroïque à nulle autre pareille, nous sommes devenus le phare de la race tout entière. Ceux qui ont voulu nous imiter furent systématiquement éliminés. Les bourreaux ont juré que cet exemple ne se reproduirait plus jamais et ils ont tenu parole, bien souvent, avec la complicité consciente ou non de certains de nos congénères.

La vie étant une lutte perpétuelle, il ne faut donc pas s’attendre à ce que la nôtre prenne fin aujourd’hui ou demain. Si comme le célèbre pied noir Enrico Macias, nous pouvons chanter « Rien n’est plus beau qu’un fusil rouillé », il n’en demeure pas moins que pour avoir baissé les bras, et ce à plus d’un titre, nous avons nous-mêmes contribué largement, à nous retrouver dans ces profondeurs abyssales du laxisme, de la corruption et de la misère.

Puisque nous en sommes conscients, tout n’est pas encore perdu, la rédemption demeure donc possible à condition de respecter les lois de la nature que les anciens n’ont pas manqué de nous enseigner et qui s’expriment à partir de sages adages tel :

« Une famille divisée est une famille affaiblie, appelée à disparaître ».

La zizanie, les luttes mesquines et fratricides, les inégalités sociales et l’analphabétisme maintenu à dessein ne peuvent conduire qu’à ce chaos que nous avons échafaudé patiemment et inlassablement depuis l’ignominie du dix-sept octobre mil huit cent six au pont rouge.

« Ventre affamé n’a point d’oreille ».

L’éducation gratuite pour tous, certainement et dans les plus brefs délais. Toutefois, il faut éviter de mettre la charrue devant les bœufs. Ne confondons pas scolarisation et éducation car en reproduisant des générations d’acculturés, la nation risque de ne jamais émerger de son gouffre actuel. De plus, les besoins primaires doivent être pris en compte avant les besoins secondaires, tertiaires et ainsi de suite. Les parents qui ne travaillent pas ne peuvent pas loger, nourrir et habiller leurs enfants et les rendre aptes à recevoir le « pain de l'instruction ». La création d’emplois demeure le point de départ incontournable à partir duquel tout le reste devient possible.

« Il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre et pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir ».

Vouloir à tout prix faire comme les autres, les singer autrement dit, nous maintiendra irrémédiablement dans cette situation d’assistanat qui fait le bonheur de tous, sauf le nôtre.

« Pour pratiquer la vertu il faut un minimum de bien-être »

Demander à des gens qui ne travaillent pas et qui n’ont aucune chance de le faire, de respecter la morale et le droit, dépasse l’entendement humain. Une maman dont les trois ou quatre rejetons crèvent de faim ne saurait résister à la tentation de se prostituer afin de nourrir ses poupons, au risque d’attraper le virus du sida. Désespérée, elle n’hésite pas!

« Il n’y a rien de nouveau sous le soleil »

En effet, les cataclysmes tant naturels qu’humains ont jalonné, sous différentes formes, notre histoire sur cette minuscule planète. Nous avons tout vu et pourtant…!

« Les défaites du Droit sont toujours provisoires »

Puisqu’il est encore question de changement, la modernisation de la législation haïtienne, lentement mais sûrement, sera amorcée sous peu aux fins de nous permettre de rejoindre le cercle des nations dites civilisées.

Nous invitons nos aimables lecteurs à poursuivre ce bel exercice et à réaliser qu’en effet, tout a été dit, mais qu’entre le dire et le faire, il y a souvent un fossé difficile à franchir. Nos propos sont simplement, pour souligner à l’eau forte cette fois-ci, que la solution à nos problèmes ne se situent pas aux antipodes de nos capacités. Bien au contraire, l’important pour nous est d’arrêter de chercher midi à quatorze heures. Il nous incombe de créer notre propre modèle de développement qui commencera par l’instauration de cette grande chaîne de solidarité, pas au niveau des discours et des interminables palabres, mais de manière concrète à travers le (FHS) Fonds Haïtien de Solidarité.

Travaillons tous ensemble à éliminer, autant que faire se peut, les inégalités sociales, par la création immédiate d’emplois sur toute l’étendue du territoire national. C’est possible avec le Fonds Haïtien de Solidarité.

Mettons un terme à notre dialogue de sourds séculaire, faisons une réalité de notre maxime nationale : L’union fait la force. C’est nettement possible avec le Fonds Haïtien de Solidarité.

Faisons franchement appel à la participation active de toutes les filles et fils de la nation, tant ceux de l’intérieur que ceux de l’extérieur dans le cadre de cette grande kombite nationale. C’est certainement possible avec le Fonds Haïtien de Solidarité.

 

Me Serge H. Moïse av.

 

 

 


21/02/2019
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