Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

Extrait de Pétales des Fleurs de l'exil de Léopold Poungui Pindy

Fleur des tempêtes

 

Au-delà de ce contraste physique,

Existe une beauté inouïe

De cœur et d’esprit ;

Qualité de cœur, qualité d’esprit,

Qui sont lumières.

Sentez-vous son approche ?

Cette lumière vous saisit

Au plus profond de votre être.

Être insensible à une telle félicité,

C’est ne pas connaître

Les choses substantielles de la vie.

L’amour, l’équité, le bon sens

Sont en elle.

C’est elle, la femme,

La fleur des tempêtes

Qui au jour du désarroi

Vous est proche, vous console.

Fleur des tempêtes, tu es lumière,

Tu es vie, tu es espoir,

Tu es renaissance,

Ô fleur des tempêtes, tu es Fleur de demain

Et de toujours !

 

 

 

Minuit

Milieu, séquence du jour

Et de la nuit.

Tu révèles en toi,

Le passage de la vie à la mort

De la mort à la vie.

Heure sombre des sorciers !

Heure lumière des mages !

Heure de méditation spirituelle !

Minuit !

Tu me révèles,

La force de l’Être lié à l’Esprit.

La dualité de l’invisible et du visible,

La dualité de l’âme et du corps.

Minuit !

Heure de transition.

 


09/10/2019
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Nkul Beti: Comme un chapelet. Paris: Le Lys bleu Éditions, 2019.

Baltazar Atangana Noah, dit Nkul Beti, est écrivain, critique littéraire et chercheur au département de français de l'université de Yaoundé I. Comme un chapelet est son troisième fait littéraire après Mixture (2014) et Aux Hommes de tout... (2016).

Le titre du recueil renvoie au chapelet, objet de dévotion religieuse, composé de cinq dizaines de grains séparés par de grains, un peu plus gros que les autres, qui sont enfilés sur un cordon qui forme un cercle. Les extrémités de la chaîne s’unissent à une médaille à l’effigie de la vierge Marie, et de cette médaille pend une chaîne courte, avec une croix. Il est important de savoir, en outre, qu’au sein de la récitation du Rosaire, il y a une série de prières qui sont chargées de le dérouler. Nous nous référons au “NotrePère”, au “Ave Maria”, au“Gloria”, aux appels jaculatoires, au“Je vous salue Marie” et à l’ensemble des Mystères. Ces derniers se divisent en quatre grands groupes: les Mystères douloureux, les Mystères joyeux, les Mystères lumineux et les Mystères glorieux. Au regard de tous ces éléments, peut-on dire que l’auteur de Comme un chapelet nous livre-t-il une poésie religieuse?

Il est vrai qu’il y’a une forte présence des motifs religieux dans le recueil mais il peut facilement s’établir un parallèle entre le chapelet et les thématiques abordées dans le livre. La trajectoire vitale de l’individu intègre naissance (et dans le livre tout naît: personnes, amour, amitié, joie, rencontres, tristesse, maladie, etc.) et la fin avec la mort (aussi tout meurt dans le recueil: personnes, amour, amitié, joie, rencontres, tristesse, maladie, etc.). Comme récitant du rosaire, la voix lyrique du poète se situe dans le topos-espace du poème et se meut dans tous les lieux de l’action. Les pronoms personnels sujets ou compléments, les pronoms et adjectifs possessifs renvoient à la première personne du singulier:

 

« Moi, tout emmailloté

Par la chaleur de ses seins reposants,

Ses bons sentiments parfument de jasminum

Le jardin de mon philanthrope péricarde,

Je glousse d’amour ! »

(Page 13).

 

Les premiers mots (chant de douceur et promesse de sensualité) gagnent en intensité et insistent auprès de la femme aimée pour qu’elle s’abandonne à l’étreinte de l’amant. Voilà donc la naissance d’un amour ; mais tout commence avec la venue d’un enfant au monde qui est bercé et veillé par les parents :

 

« De ma patoche, me voilà qui

Essuie ses larmes, me voilà qui

La prends dans mes bras, me voilà qui

Passe mes doigts sur sa couenne

Comme si je lui passais de l’huile d’olive! »

(Page 15)

 

La berceuse est l’un des rares types de chansons pour enfants où le rôle d’émetteur est celui d’un adulte. Dans la tradition camerounaise, ce rôle est assumé par les femmes: mères, tantes, grand-mères, nourrices qui jouent le rôle de berceuses en chantant pendant le sommeil de l’enfant. Ce, afin de faire sentir leur présence. Il faut remarquer que même dans les cas où cette présence n’est pas explicite dans le texte, il est difficile de douter que la personne qui chante la berceuse soit  une femme. Chez Nkul Beti on observe une rupture dans la tradition et c’est le père qui va chanter au creux de l’oreille de son enfant:

 

« Toi,

Adorable gueule,

Si bien cagoulée,

Dors...Dors

Sans sanglots

Pionce! »

(Page 53).

 

  Le chant constitue une modalité qui intègre ruptures et subversions. Dans un premier temps, le personnage du poème continue de chanter les charmes de sa bien-aimée et l'invite à vivre l’amour : “-Ce matin, comme jamais, /Viens-là que je te sers contre mon cœur” (page 17). Le côté transgressif va ressortir et s’intensifier dans la chanson à travers l’évocation de l’homosexualité. Le sujet homosexuel émerge dans les poèmes, dans un contexte dominé par des dispositifs disciplinaires. La diversité sexuelle devrait être acceptée et tolérée par les autres dans la société: “Je sais que tu sauras boire et accepter mon nouveau genre, /Mon entre-deux sexuel, /Le voir” (page 21). Le couple homosexuel cherche sa place au soleil et se sent prêt à défier le regard moralisateur et réprobateur plein de rejet et de mépris: “Nous regarderons les foules rouspéter sur la sexualisation de/ nos intimités” (page 23). L’homophobie est source de persécutions : “Je ressens ton infortune/ Et j'ai honte de mon adynamie/ Devant cette houe mâle homophobie” (page 79). Cependant, cela n’empêche pas de vivre ces amours que la société trouve bizarre: “Cachons-nous, /Pour mieux nous caracoler d'amour/ Comme ces cul-de-jatte” (page 25).

Le tissu poétique recrée la rencontre de l’altérité homosexuelle qui porte dans son corps les marques d’une transgression intolérable pour les pouvoirs hégémoniques qui cherchent à réguler les comportements sexuels.

Le chant s’accompagne aussi de quelques instruments tels que le tam-tam (page 71), le balafon (page 69), le Djembé(page 29). C’est un concert de louanges qui s’élèvent en l'honneur d’un monument de la littérature africaine, Bernard Dadié: “hommes de tous les continents/ nous te célébrons!” (Page 57). Auteur d’une production littéraire considérable parmi laquelle on peut citer des titres comme Afrique debout (1950), La ronde des jours (1956), Climbié (1956), Un nègre à Paris (1959), Béatrice du Congo (1970), Les jambes du fils de Dieu (1980), Bernard Dadíé est décédé en 2019. Pour conserver la mémoire de ce grand écrivain dans le panthéon de la littérature universelle, Nkul Beti fait recours, dans une démarche intertextuelle, aux noms et titres des écrivains africains et afrodescendants qu’il combine avec des phrases et des livres de l’auteur ivoirien :

 

« Les soufflent s’envolent et s’enchantent...

Le sanglot de l’homme noir se meurt tout doucement,

Il fait un temps de chien dans cette ville cruelle:

Heureusement

Dans ton cahier d'un retour au pays natal,

Wa-toi, l’enfant noir,

Condamne les testaments trahis de la petite bijou ! »

(Page 63)

 

Si dans cet extrait l’on identifie les allusions à Mongo Beti, Aimé Césaire, Toni Morrison, Camara Laye, etc., le lecteur retrouve d’autres phrases et titres associés à Alain Mabanckou, Francis Bebey, Hemley Boum, Engelbert Mveng, Aké Loba, entre autres. Il s’agit d’un bouquet de voix qui se hissent pour dire à René Dumont que l’Afrique noire n'est pas mal partie.

La société est mise en examen et les problèmes qu’on y rencontre sont passés au fil comme les grains d’un chapelet: d’abord l’incompétence des dirigeants politiques qui ne se soucient guère du bien-être des populations. Lors des campagnes électorales, le changement est souvent promis aux populations, mais après les élections, on se rend compte que “Rien a changé/ Même pas les sifflements/ Des palinodies des poltichiens et gouvernuls qui déglinguent” (page 73). La poésie se sert de son souffle créateur pour instaurer un jeu de mots qui sert à dire le manque de vision et de projets des politiques pour leurs nations. Parfois, ce sont ces dirigeants qui détruisent même leurs propres pays. L’autodestruction qui culmine avec le suicide est considérée comme “Auto-euthanasie” (page 43). L’hypocrisie dans les relations humaines peut aussi causer des préjudices: “Dans ce monde, /Tout n’est que arlequinade humaine/ Où le faux-semblant se taille la part du dragon” (page 49). Il semble y avoir une association malsaine entre le pouvoir politique et la religion. Ces deux institutions s’associent pour défendre des intérêts et ne se préoccupent en aucun cas des gens: “Devant l'idylle incestueuse/ Du politique et du religieux” (page 95).

La violence est un travers dénoncé avec l’assassinat d’un prélat:

 

« Dans l'eau...

Monseigneur le Benoît,

Corps ivre-vide, poumons secs

Thèse mutilée, soutane immergée

Sandales inversées, bras-jambes cassés

Cabinet non moins ouvert-saccagé,

Assassinat, noyade »

(Page 85)

 

Cet assassinat dont on ignore les véritables motifs et circonstances reflète un peu la part de mystère que contient la mort : “J’ai demandé aux fumerolles et à la mousson, /Où tu es partie après ta mort, / Tous ignorent!” (Page 35). La mort des êtres chers provoque la tristesse et la fin de l’amour plonge le poète dans la mélancolie qui s’apparente dans son esprit à la mort: “Fausse quiétude, /Mort dans les reins, /Mort dans les os” (page 93). La vie n’a plus de saveur et les jours se déroulent dans l’amertume: “La vie, sans toi, / N’a plus le même goût sucré de l’ananas” (page 91). Malgré le chapelet de difficultés rencontrées dans la vie, le poète croit aux lendemains meilleurs car il porte en lui la vision : “D’un monde chantant espoir et résilience” (page 77). C’est bien avec la fin de tout, la mort qu’on comprend que le titre du recueil de Nkul Beti ne traite pas vraiment de poésie religieuse. Le chapelet est juste un symbole sur le quel l’auteur prend appui pour développer son humanisme.

La mort n’est pas la fin de tout: dans la mémoire des survivants, il restera le souvenir de ceux qui sont partis: “Ton adorable visage et ton sourire chatouilleux/ Tant que je vivrai encore!” (Page 39). La vie et la mort se rejoignent donc, comme dans ce cycle, ce cercle qui se trouve dans le chapelet. Il est hors de question de croire ou d’attendre le salut de la part d’un hypothétique sauveur. Pour inviter le lecteur à sortir du sommeil de la résignation et de l’inaction, il est rappelé que: “Tout ce que Dieu fait n’est pas bien, et tout n’est pas grâce!” (Page 9). Pour l’homme il est impossible de saisir l’essence de Dieu dans son immensité et il faut donc s’approcher de lui de manière personnalisée. Sur le chemin de la dévotion, chacun s’adresse à Dieu comme il peut, comme il veut et comme il préfère. Alors il revient à chaque personne de prendre son destin en main. La foi est une affaire personnelle, il faut donc chercher ses propres voix pour le salut de son âme. Le secret se trouve dans les lignes de Comme un chapelet:

 

« Tiens:

Sauve-toi de bas en bas

Christ ne reviendra pas demain

Sauve-toi seul...

Ni prières ni onction nécessaires

Sauve-toi en solo! »

(Page 97)

 

Alain Atouba alias Dernie Negro.

 


07/10/2019
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Ma mère disait ...

Ma mère disait:

"Les amis, quand tu es débout

Ils sont des milliers autour de toi!

Dès que tu te couches

Ils se comptent sur le bout des doigts!"

 

LLK

 


20/08/2019
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Extrait de "MASI" un roman de Gary Victor

« Le président, ahanant comme un bœuf, s’était laissé choir dans un fauteuil, la braguette ouverte, la chose maculée gardant encore de son panache, les pans de sa veste ouverte pareils aux ailes d’un ange déchu. Il ajusta sa tenue et regagne son siège. Il considéra Dieuseul Lapénuri avec un regard glauque et fuyant. Il essayait de reprendre le contrôle de sa respiration, lui qui se vantait de pouvoir envoyer ses ministres à l’hôpital dans de longues marches en plein soleil quand il leur exigeait de le suivre.

—C’est la première fois ? demanda le président.

Dieuseul Lapénuri baissa les yeux, honteux. Il se sentait petit, minable, veule. Il se souvint d’une conférence qu’il avait lui-même prononcée devant l’assemblée des fidèles de son église. Mon Dieu ! Qu’avait-il fait ? Si on l’apprenait, dans cette cité avide de forfaitures ? Y avait-il des caméras au bureau du président ?

—Oui, arriva-t-il à dire.

Cela pouvait avoir de la valeur, pensa-t-il, pour se donner du courage, une excuse. La virginité, quelle que soit sa nature, dans toutes les cultures, est convoitée. Il pria Dieu pour que le président n’ait pas le désir d’aller plus loin. Dieuseul Lapénuri se jugea pour l’instant hors de danger.

 —Vous avez plu à votre président, donc à la nation. Vous êtes un bon citoyen, Dieuseul Lapénuri. Vous et moi entamons une franche et fructueuse collaboration pour le bien de notre chère patrie. Je suis convaincu que je pourrai compter sur vous.

—Certainement, Monsieur le Président, bégaya Dieuseul Lapénuri, la langue toute pâteuse.

Le président prit son stylo, signa le mémo, puis se leva pour lui serrer la main.

— Au nom des pères de la patrie, je vous fais ministre aux Valeurs morales et citoyennes.

Le pouce du premier mandataire caressa avec insistance la paume de Dieuseul Lapénuri.

Il quitta le palais, sur ses épaules et sur sa conscience le poids de tous les regards qu’il jugeait à tort ou raison fixés sur lui de façon accusatrice. Il eut la sensation que les agents de sécurité le scrutaient plus que de coutume. Il s’essuya machinalement le visage, s’attardant sur ses lèvres de peur qu’une goutte, une perle, une trace, échappée d’une remise en ordre à la va-vite, ne trahisse ce qu’il avait consenti pour obtenir ce poste auquel lui et surtout sa femme tenaient tant. »

 

Gary Victor: "Masi". Editions Mémoire D'Encrier

 


04/08/2019
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Ma mère disait....

Ma mère disait:

"Si tu ne connais pas encore le goût de la mer,

Goûte la larme qui coule de tes yeux!"

 

LLK

 


18/07/2019
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