Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

Morceau choisi de: "La vie des hommes" de Bedel Baouna

 

 

 

"Dodo, seul

 

Franco par-ci, Franco par-là ! Ses chansons vont finir par faire se révolter ma femme, jusque-là crédule et soumise. Qui sait, d’ailleurs, si elle n’est pas déjà en pleine révolte ? Qui sait ?...Non seulement Franco était un grand macho, mais il était aussi un révolutionnaire secret. Ah ! Révolutionnaire ? Peut-être pas ! « Anarchiste » conviendrait bien à cet homme qui continue de causer du souci, du désordre, de la zizanie et de l’anarchie dans les couples ! J’ai peur que ma femme me traite de « Locataire » ou de « Mario » , des morceaux de Franco Luambo-Makiadi, très caustiques. Aucun homme n’aimerait être à la place de ce Locataire ou de ce Mario, c’est-à-dire dépendre de ma femme, c’est la pire des critiques que l’on puisse me faire ; c’est comme recevoir une flèche dans la poitrine. C’est bien que ce Franco soit passé par la case prison. Dans ses chansons « Hélène » et « Jackie », il attaque un ministre. Or un ministre est un grand, un dieu ; un ministre c’est quelqu’un qui peut avoir jusqu’à 15 bureaux. Mon ami le ministre Lambert Monoko Makassi ne dit pas le contraire. Mais la main sur le cœur, Franco avait juré que les deux chansons incriminées étaient dépourvues de double sens. Quel menteur ce monsieur !

 

La lumière soudainement baisse d’intensité. Apparaît dans un coin faiblement éclairé un homme en boubou tenant une guitare. Au fur et à mesure que monte à nouveau la lumière, on distingue une silhouette qui s’apparente à celle de Franco."

 

 

 


14/05/2020
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Morceaux choisis de Les Bûcheronnes de Abel Koumou Gousseine

 

La Bûcheronne !

Ses mains sont dures comme sont durs les efforts qu'elle fournit pendant les travaux champêtres

Sa démarche est lourde et pénible comme sont pénibles et lourdes ces choses qu'elle porte incessamment dans sa hotte

Son corps est maigre comme sont maigres ses revenus et ses repas au quotidien...

Sa vie est un fardeau comme le fagot de bois qu'elle porte impérativement sur la tête pour nourrir des bouches qui attendent au purgatoire...

C'est une femme "silenciée'' par les impératifs de la vie

C'est pourtant une bûcheronne qui peut tout oublier comme toute bonne mère oublie ses douleurs d'accouchement.

 

 

 

 

Monsieur et Madame Dubois 

Le bûcheron d'Oyoa

C'est Monsieur Dubois

Qui coupe du bois

Pour fabriquer des croix

A la dimension de ses bras

Et de ses pieds étroits

Le bûcheron d'Oyoa

C'est Monsieur Ibwa

Qui taille dans le tronc

De l'okoumé et du limba

Des variétés insoupçonnables d'objets

Utiles au sculpteur

Sensoriels au danseur

Essentiels au piroguier

La bûcheronne d'Iyélwa

C'est Madame Dubois

Qui amasse du bois perdu

Dans la prairie voisine

Pour en faire des fagots ardus

La bûcheronne d'Iyélwa

C'est Madame Ibwa

Bûcheron comme elle

Coupeur de bois de chauffe

Prêt à fabriquer des foyers à trois pieds

Qui supporteront ces marmites

Qui nourriront des bouches affamées.

 

 

 

 


09/05/2020
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Morceaux choisis de Coeur Tellurique de Lopito Feijòo

Introduisant le recueil de poèmes de Lopito, traduits pour la première fois en Français, le

poète Gabriel Mwènè Okoundji, précise que : « Le chant de Lopito Feijòo est celui …qui résonne gravement sur les territoires de l’Angola, s’indigne, interpelle, pointe du doigt l’évidence que l’œil peine à voir, témoigne avec vigueur et élan du mystère de la faune et de la flore que délivre la forêt touffue du Bassin du Congo, invoque à voix nue les bruissements qui détournent le murmure de l’homme, charrie les étoiles « à - soif des fleuves africains » sur les cours du Niger, du Congo, du Kwanza, du Zambèze…. Il s’agit avant tout ici d’initier le lecteur à entendre battre autrement le pouls de l’identité nègre. »

 

Lisez et savourez !

 

« JE TEMOIGNE

 

Je témoigne pour tous les carrefours morts inégaux de leur faute. De leur seule et unique faute. Je viens. Je fais de mes propres chairs les épées de nos ancêtres pour l’heure en un lieu au nord-ouest de Kush sur les rives du noble Nil partageant des ibundos d’ici. Je sais qu’ils arriveront par la route d’Upemba accompagnés par quelque coq, - qui avait été pour cause de destin, victime de la faim à l’époque de la première de toutes les sécheresses dont nous avons été gratifiés.

 

Viens mon frère fils d’Afrique de nos nations. Porte dans ton ossature la force géante de la racine transcendante. Que ta main soit la mienne. Que ces mains nôtres soient nos mains les seules détentrices de synchronies serties aux mosaïques de l’Histoire Universelle.

 

Sers-toi du cadre de l’occulte sans préjugés. Présente-toi à l’être le plus cultivé. Elimine les dieux diurnes dans le sein de leur Etre. Les prophètes connus de l’abus du pouvoir qui règne par ici. Pour qu’ils ne t’interdisent point de faire de la chair à l’aide des chairs de tes voisines. Pour que règne la poésie de leur poésie. Produit d’esprits élevés, mémorables et bien dits. »

 

« RAISON MIXTE

 

Vide évasé comme dans un vase

sec comme dans un sac

 

vague j’avance solitaire sans nord

toujours de l’avant au vent de l’esprit

 

chauffé au sud sans sort

sans prochain ni rêves rien qu’esprit

 

rasé vide évasé vaste vol mixte

oraison voilà ma dimension. »

 

 

« SUR LA ROUTE DE BANGUI

 

Gît un cadavre aux yeux vivants sur la route de Bangui

il lévite esprit léger pour la cause des ancêtres

de la sépulture sa ère salue le tout-puissant

NSINGUI

KA-HALLA

 

Le Kilimandjaro est très près

bois mieux les eaux dans la zone des grands lacs

c’est si bien je vais ailleurs…

- BENIS-MOI KALUNGA NGOMBE

SUR LA ROUTE DE BANGUI !

 

 


03/05/2020
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Noms des personnages dans « Sérénade à Island no Law » de Cédric Mpindy

S’il y a un livre qui donne envie de goûter à la saveur de la langue Lingala, c’est bien « Sérénade à Island no Law ». A chaque page du livre, non seulement (i) on a besoin d’une demi-heure pour essayer de saisir la subtilité de tel ou tel nom de personnage, (ii) on rit tout son saoul tant le choix des noms colle parfaitement aux personnages, mais surtout (iii) on se bat contre l’irrésistible envie d’appeler le Professeur Bienvenu Sene Mongaba auteur du « Dictionnaire Lingala, Kikongo, Swahili, Anglais, Français » pour obtenir l’explication / la traduction exacte de tel ou tel autre nom.  Sans plus tarder, voici un échantillon de ces noms sortis droit de l’imagination de l’écrivain Cédric Mpindy, (avec des tentatives de traduction ):

 

  1. Roslie Mobimba Yamwasi = Rosalie Femme entière/ complète
  2. Servais Eluka-Makambo = Servais Qui cherche les problèmes
  3. Georges Dorival Elombé = Georges Dorival (l’) Audacieux
  4. Alexis Mobali Yasolo = Alexis (le) Vrai Homme
  5. Elvire Buaka-Nzonto = Elvire Jette ton Corps; Elvire Fonce ou Elvire Laisse-toi aller
  6. Diane Motema- Mabé = Diane Mauvais Cœur (Diane la Méchante)
  7. Chancelvie Koka-Makambo = Chancelvie à qui sied les problèmes ????
  8. Brigitte Kuiti-Yalibéla = Brigitte Bourrée (d'alcool, saoule) pour de Vrai

  9. Horty Bikumba – Kumba = Horty qui porte à tout va ????
  10. Rosette Mayélé-Mabé = Rosette (à) l’intelligence fine ou à l’intelligence mauvaise
  11. Roland Lokuta- Efutaka = Roland (le) mensonge paie
  12. Armand Lobi- Yaékolo = Armand Demain pour l’Ethnie
  13. Dany Ekolo-Libosso = Dany l’Ethnie avant tout
  14. Christian Monoko-Bololo = Christian Bouche Amère
  15. Gilbert Aléla-Mosolo = Gilbert pleura le fric
  16. Albert Junior Khoxa-Banghô = Albert Junior Trompe-les
  17. Georgette Meka-Okangama = Georgette teste (essaye) et tu ne peux plus t’en sortir
  18. Gervais Ataka-Alékissaté = Gervais qui ne laisse pas passer ce qu’il voit.

 

Mais, Cédric Mpindy ne se contente pas de servir au lecteur des noms de son invention en lingala, une langue qu’il maîtrise avec dextérité, il nous invite également à découvrir les subtilités de la langue Kongo à travers des noms comme :

 

  1. Nanard Béto-Nikhanda = Nanard Nous c’est le Clan
  2. Marguerite Buzoba-Nimpasi = Marguerite l’Idiotie est une souffrance.

 

 

 

 


23/04/2020
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Iwélé lé léya nga Yhomby-Opango Ma lamentation pour Yhomby-Opango

Ikangà ikogi é !

L’heure est arrivée !

 

Ikangà ikogi, wàà Yhomby mwana Bondo !

L’heure est arrivée, ô Yhomby fils de Bondo !

 

Mwana amba Yombi wa l’Opango

Fils de Yombi , neveu d’Opango !

 

Efurisi y’aborà!

Unificateur des parentés !

 

Ndàà amba Oniangué a Yombi, ngòlòmi amba Yombi wa l’Opango.

Petit fils d’Oniangué a Yombi, oncle de Yombi et Opango.

 

Mwana bolà amba Assagna m’Osinga, l’Ingoba wà l’Apéndi a Yandza.

Neveu d’Assagna m’Osinga, d’Ingoba et d’Apéndi a Yandza.

 

Bolà amba Mbwalé Emii Pendo, l’Okâga a Ngoya, l’Ingoba l’Ekòba

Frère de Mbawlé Emii Pendo, Okâga a Ngoya, Ingoba l’Ekòba.

 

Tâ a bana ikama la tsambo !

Père des soixante-dix- sept fois sept !

 

Ngòlòmi ya bana m’abolà kama la kama!

Oncle de la multitude des neveux et nièces !

 

Yè kògò a bana ikam’isàro!

Grand-père des trois cent trente-trois !

 

Nga li léa nò mbi’bo wàà ngòlòmi ?

Comment te pleurer, ô mon oncle ?

 

Nga li léa nò o nzwé ndé ?

Dans quelle langue te rendre hommage ?

 

Ng’onongò waré otandi l’époro !

Ma bouche a égaré son parler français !

 

Wàà Oniang’ a Yombi nò là bolà , là bana mà bolà,

Ô Oniangué a Yombi, toi, tes sœurs, tes neveux et nièces,

 

Lé yambaga bisu wa la ndzèlè!

Accueillez -le nous avec élégance !

 

Ndzèlè y’andzaga y’ékoga là wâ !

Cette élégance qui lui seyait si bien !

 

Asì Mwémbé la Nyérèboumba lé yamba bisu wa m’òbwè !

Vous de Mwémbé et de Nyérèboumba accueillez-le nous dans l’art !

 

Lé yambaga olomi a baro amba Marie Noëlle m’òbwè !

Accueillez l’époux de Marie Noëlle avec élévation !

 

Ikang’ikogi é, ikang’ikogi wàà nògò Yhomby-Opango,

L’heure a sonné, l’heure a sonné ô Oncle Yhomby-Opango,

 

Bisu waré la nyinga!

A nous la tristesse !

 

Tâ la waa, oli la ngolomi,

Quand le père s’en va, l’oncle est là,

 

Nògò n’òdzwé, bisù l’ébugi mpénza.

Oncle tu es parti, nous laissant seuls.

 

Bana wàré andzandzi, wââ ngòlòmi !

Tous tes enfants en désarroi, ô Oncle !

 

Nògò n’odzwé la bana olagina !

Tu es parti sans nous dire au revoir !

 

Olom’a bàro amba Marie Noëlle !

Epoux de Marie Noëlle !

 

Ng’émò béyà li nò Gaspadine ?

Dois-je te nommer Gaspadine ?

 

Ebonda y’élingi wamènè l’abéya nò !

De la façon dont elle-même t’a toujours nommé ?

 

Péna nò l’oyòga nga ?

Peut-être alors m’entendras-tu ?

 

Gaspadine, nò dzwé obòbò !

Gaspadine, tu t’en es vraiment allé !

 

Bana abugi la nyinga, wâa ngòlòmi !

Laissant toute ta descendance dans la tristesse, ô Oncle !

 

Odzwaga m’obwè wâa nògò, odzwaga m’obwè !

Va en paix, ô Oncle, va en paix !

 

Ndia yungu, ndia ya bar’atsò !

Cette voie est la voie de tous les humains !

 

Odzwaga m’obwè !

Va en paix !

 

Bisu waré l’ébugi la nyinga !

Nous restons dans l’affliction !

 

 

 

(Mwana bola amba nò

Ta nièce)

 


10/04/2020
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