Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

Ma mère disait ...

Ma mère disait:

"Les amis, quand tu es débout

Ils sont des milliers autour de toi!

Dès que tu te couches

Ils se comptent sur le bout des doigts!"

 

LLK

 


20/08/2019
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Extrait de "MASI" un roman de Gary Victor

« Le président, ahanant comme un bœuf, s’était laissé choir dans un fauteuil, la braguette ouverte, la chose maculée gardant encore de son panache, les pans de sa veste ouverte pareils aux ailes d’un ange déchu. Il ajusta sa tenue et regagne son siège. Il considéra Dieuseul Lapénuri avec un regard glauque et fuyant. Il essayait de reprendre le contrôle de sa respiration, lui qui se vantait de pouvoir envoyer ses ministres à l’hôpital dans de longues marches en plein soleil quand il leur exigeait de le suivre.

—C’est la première fois ? demanda le président.

Dieuseul Lapénuri baissa les yeux, honteux. Il se sentait petit, minable, veule. Il se souvint d’une conférence qu’il avait lui-même prononcée devant l’assemblée des fidèles de son église. Mon Dieu ! Qu’avait-il fait ? Si on l’apprenait, dans cette cité avide de forfaitures ? Y avait-il des caméras au bureau du président ?

—Oui, arriva-t-il à dire.

Cela pouvait avoir de la valeur, pensa-t-il, pour se donner du courage, une excuse. La virginité, quelle que soit sa nature, dans toutes les cultures, est convoitée. Il pria Dieu pour que le président n’ait pas le désir d’aller plus loin. Dieuseul Lapénuri se jugea pour l’instant hors de danger.

 —Vous avez plu à votre président, donc à la nation. Vous êtes un bon citoyen, Dieuseul Lapénuri. Vous et moi entamons une franche et fructueuse collaboration pour le bien de notre chère patrie. Je suis convaincu que je pourrai compter sur vous.

—Certainement, Monsieur le Président, bégaya Dieuseul Lapénuri, la langue toute pâteuse.

Le président prit son stylo, signa le mémo, puis se leva pour lui serrer la main.

— Au nom des pères de la patrie, je vous fais ministre aux Valeurs morales et citoyennes.

Le pouce du premier mandataire caressa avec insistance la paume de Dieuseul Lapénuri.

Il quitta le palais, sur ses épaules et sur sa conscience le poids de tous les regards qu’il jugeait à tort ou raison fixés sur lui de façon accusatrice. Il eut la sensation que les agents de sécurité le scrutaient plus que de coutume. Il s’essuya machinalement le visage, s’attardant sur ses lèvres de peur qu’une goutte, une perle, une trace, échappée d’une remise en ordre à la va-vite, ne trahisse ce qu’il avait consenti pour obtenir ce poste auquel lui et surtout sa femme tenaient tant. »

 

Gary Victor: "Masi". Editions Mémoire D'Encrier

 


04/08/2019
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Ma mère disait....

Ma mère disait:

"Si tu ne connais pas encore le goût de la mer,

Goûte la larme qui coule de tes yeux!"

 

LLK

 


18/07/2019
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Ma mère disait...

Ma mère disait...

 

"Ne mords pas la main qui te secourt

Ne crache pas sur le visage qui te sourit."

 

Sacrée Maman, tu connaissais bien les actes des humains!

LLK

 


16/07/2019
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Grand-mère qui ne veut pas mourir ignorante

Après une journée entière passée à regarder couler, bondir, rebondir et se fracasser les eaux du Niagara, nous décidâmes de repartir pour Toronto où nous devrions passer la nuit dans une maison que Grand-mère s’était donné tant de mal à réserver sur AirBnB. La maison était tellement lugubre qu’en y arrivant mon frère décida de la purifier en pissant directement dans le talus de plantes situé à l’entrée principale, au grand dam de mon père et malgré les cris outrés de ma mère. Seule Grand-mère se réjouissait de cet acte de mon frère !

Une fois dans la voiture, notre père mit le GPS dont nous devrions suivre les indications jusqu’à Toronto. Le GPS proposa plusieurs trajets et notre père choisit le trajet le plus court.

Mal nous en avons pris. À notre insu, le GPS nous fit pénétrer dans le territoire des États Unis.

À peine avions nous franchi la frontière qu’à notre grand étonnement nous fûmes arrêtés par agent des services frontaliers américains. Il nous demanda où nous allions. Notre père qui conduisait la voiture lui fit comprendre que nous nous rendions à Toronto. L’agent nous fit remarquer que nous venions de pénétrer aux États-Unis et exigea de voir nos passeports. Tout le monde obtempéra et les passeports se retrouvèrent entre ses mains. Du fond de la voiture où j’étais assis coincé entre ma mère et ma tante, je crus que le policier allait s’évanouir. Je pense qu’il découvrait pour la première fois de sa vie, une famille aussi disparate que la nôtre : d’abord une grand-mère congolaise, un père camerounais, une tante belge, une mère congolaise comme la grand-mère, mon frère italien et moi – même canadien. Le policier n’en croyait pas ses yeux. Il se pencha vers notre père et ne put s’empêcher de poser la question qui lui brûlait les lèvres : « C’est vous le père des enfants ? »

C’était sans compter avec Grand-père qui ne laissa même pas à notre père le temps de répondre ! « I am the Grand-mother of all this people » fit-elle dans un Anglais à l’accent de Gambie à faire braire un âne !

Le policier cligna des yeux et murmura : « Avancez votre voiture, parquez-la là (il montra l’endroit) et attendez-moi ! »

Il s’en fut dans un des bureaux de la police des frontières avec nos papiers.

Au bout de cinq minutes, Grand-mère ne tenant plus sur place, décida qu’elle devait se faire photographier avec un des policiers en faction devant les bureaux du service des frontières. Elle décida de la voiture avant que les autres membres de la famille l’en empêchassent. Nous la vîmes s’approcher du policier avec son appareil photo. Nos yeux étaient tous rivés sur Grand-mère et le policier. Quand nous vîmes le policier secouer la tête de gauche à droite, nous comprîmes que la requête de Grand-mère venait d’être rejetée. Elle revint nous rejoindre dans la voiture, penaude ! Tout le monde riait, se moquait d’elle et de sa tentative échouée.

Mais c’était méconnaître notre Grand-mère dont le leitmotiv que nous avions déjà intégré à l’esprit depuis le berceau était : « Je ne veux pas mourir ignorante ! »

Aussi, devant le refus du policier de se faire photographier avec elle ; elle visa une policière qui eut le malheur de passer juste à côté de notre voiture.

Grand-mère la héla et lui demanda pourquoi on nous faisait attendre. La policière lui répondit que nous étions en territoire américain. Et comme notre Grand-mère avait des yeux qui furetaient partout ; elle vit un panneau où il était écrit County of New York. Elle bondit sur l’occasion pour sauver sa dignité bafouée par le refus du policier de se photographier avec elle.

« Are we in the real New York?” fit-elle. Comme s’il y avait un faux et un vrai New York ! Non pas qu’elle ne sache pas faire la différence entre New York City et the County of New York, mais elle avait décidé de se venger du premier flic pour son refus de la photo souvenir !

La policière écarquilla les yeux : « Yes you are in the County of New York”

Et Grand-mère de renchérir : « Really ? Is Manhattan not far from here ?”

À l’arrière de la voiture mes parents, ma tante et mon frère ne purent s’empêcher de la « ramener à la raison » : « Mais enfin maman ! Arrête avec tes histoires et concentre-toi sur nos passeports ! »

Sur ces entre-faits, le premier policier resurgit du bureau et remit les passeports à mon père tout en gratifiant Grand-mère : « Congratulations Ma’am ! » plein de sous-entendus !

« I know, my family is international ! We are à l’heure de la globalisation ! »

Mon père ne put que dire « Maman ! Toi vraiment !

Ma mère : « Maman, tu as raison ! »

Ma tante : « Maman, tu ne changeras donc jamais »

Et mon frère et moi : « Mais oui, Grand-mère ne veut pas mourir ignorante ! »

Notre voiture s’ébranla pour retraverser la voiture et retrouver la route de Toronto sans avoir à pénétrer par effraction involontaire dans le territoire des États-Unis d’Amérique !

 

Z...Le Petit Fils de Grand-mère.

 


19/05/2019
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