Qui vient de loin (Ewur'osiga). Le Blog d'Alfoncine N. Bouya

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Morceau choisi de « SILENCE DU CHOEUR » de Mohamed Mbougar Sarr

Enfin la fin de la lecture de ce roman qui m’a tenue en éveil des nuits durant, me poussant à fausser compagnie à la lune. En voici un extrait qui guidera vos pas dans la première librairie que vous verrez !

 

 

 

« L’espace du monde n’est cependant pas qu’un aide-mémoire pour les hommes ; il n’est pas qu’une surface qui reçoit la lumière terne et incertaine de nos souvenirs pour ensuite la réfléchir et nous la rendre claire et nette. Non, il est aussi une mémoire propre, autonome, la grande archive du temps, des choses, des hommes qui passent. Banal ou éclatant, oublié des hommes ou retenu par l’histoire, ordinaire ou exceptionnel, tragique ou heureux, tout événement s’inscrit quelque part, en un espace qui aura été son théâtre, son ventre, son sexe, et qui en sera à jamais le gardien. Une grande révolution. Une épidémie de peste. Une quelconque bagarre entre d’anonymes frères. Un génocide massif. Un tendre baiser entre deux amants. Une éruption. Un viol. Le premier cri d’un nourrisson. Un meurtre. Une déclaration de guerre. Un accord de paix. Un suicide. Un geste d’amitié. La pendaison d’un Nègre. Tout fait trace. Le lieu n’oublie rien. C’est son malheur. Mais c’est aussi là sa grandeur : il ne peut se permettre d’être amnésique devant l’histoire et certaines de ses tragédies. Contrairement aux hommes...(page 84).

 

« Cette subite manifestation du volcan faisait plaisir au poète. Il aimait l’Etna. Elle était en fin de compte la seule femme à être demeurée près de lui, et il ne l’adorait jamais autant qu’en de semblables moments, lorsqu’avec superbe, dans un accès de douce colère ou, plus rarement, de furie vengeresse, elle se rappelait au souvenir des hommes. Ceux-ci, il est vrai, la négligeaient de plus en plus, la trompant même sans vergogne avec les fausses idoles que l’effondrement de leur conscience du mythe avait consacrées. Pour beaucoup d’entre eux, l’Etna n’était plus qu’une vieille femme qu’ils prostituaient au tourisme, aux photos, aux guides, au commerce, à la laideur du kitsch. Elle avait tout perdu de la crainte sacrée qu’elle inspirait naguère. » (page 87).

 

LLK.

 



02/09/2018
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